M. Joffrin, qui êtes-vous pour vous permettre, depuis Paris, de traiter Moubarak de « crétin » ?

2ème lettre ouverte à Monsieur Joffrin

Cher Monsieur Joffrin

J’ai toujours pensé que votre réflexion politique était, disons un peu limitée .mais votre dernier éditorial concernant M. Moubarak, atteint le sommet d’un manque de discernement que l’on peut mettre au choix, soit sur une méconnaissance totale de la situation, soit sur un désir de ne pas dire la vérité.

J’ai envie de vous retourner le compliment que vous adressez au chef de l’état égyptien : « Depuis Nasser, dites vous ,chaque raïs est remplacé par un raïs plus bête que lui ; et s’il est toujours en place, c’est qu’il n’aurait pas trouvé plus bête que lui. » J’ai envie de faire une analogie avec la situation à Libération, mais aux dernières nouvelles, vous avez trouvé un remplaçant : la valse des « petits marquis « du paysage médiatique a commencé !

Vous vous autorisez à traiter le chef de l’état égyptien de « brutal crétin ». Qu’est-ce qui vous autorise à parler de la sorte ?On peut ne pas être d’accord et condamner un régime qui a brimé la liberté d’expression, qui n’a pas donné les moyens à une grande partie de la population d’ atteindre un niveau de vie convenable.C’est vrai, mais votre jugement péremptoire montre que vous vous contentez de jeter des anathèmes qui ne peuvent plus être pris pour vérité incontestable , même par vos lecteurs, car ils ont maintenant la possibilité de trouver ,ailleurs, d’autres sources d’information.

Vous vous félicitez du nouveau mot à la mode repris « dégage » par certains manifestants dont la maturité politique est un peu courte ;mais elle correspond à votre propre analyse et c’est certainement la raison pour laquelle vous la relayez avec une telle admiration !

Vous terminez dans un envol qui, risque de vous déconsidérez dans les jours qui viennent :qui vous autorise à dire que « les combattants de la liberté manifestent au nom des valeurs qui sont les nôtres , qu’ils méritent l’admiration et le soutien de tous les démocrates dans le monde ? »

Pas un mot sur le retour de Mohamed El Baradey, dont j’avais dénoncé , il y a plusieurs années,le manque de clarté et c’est un euphémisme, lorsque président de l’AIEA, il avait montré pour l’Iran plus que les yeux de Chimène ! Ce même El Baradey qui fait alliance avec les islamistes pour s’emparer du pouvoir. Cela ne vous dérange pas ? Ce qui s est passé en Iran , lors de la prise de pouvoir par Khomény ne vous pose pas de problème ?De même que, plus de 30 ans plus tard, la confiscation du pouvoir en Iran par Ahmadinejad aux dernières élections? Et le Liban ? cela ne vous intéresse pas ? La prise du pouvoir par un pion du Hezbollah au mépris de la constitution , cela ne vous intéresse pas ?

Alors au risque de choquer je préfère un Ben Ali qui a continué sur les traces de Bourguiba et un Moubarak qui a une véritable stature de chef d’état, qui a continué sur les traces de Sadate plutôt que l’arrivée au pouvoir des Frères Musulmans .Car ceux qui minimisent le danger comme Foucault qui, en son temps penseur très écouté, avait soutenu la « révolution iranienne », avec enthousiasme et sans aucune clairvoyance( !Il avait déclaré « : il n’y a pas lieu de s’inquiéter ; il n’y aura pas de parti de Khomeyni et il n’y aura pas de gouvernement khomeyni ! »), ceux-là feraient bien de « brider « leur enthousiasme de « révolutionnaires romantiques en chambre » ;de même que Barak Hussen Obama et les pays européens qui exigent un « processus de transition dès maintenant ».

Les Islamistes sont tout de suite revenus en Tunisie comme en Egypte. Ils sont très présents dans tout le Moyen Orient. Est-ce ceux-là nous devons soutenir ? Nous les voyons à l’œuvre en Iran où rares sont les journalistes français qui font état régulièrement des crimes commis par une bande qui a usurpé le pouvoir ! Avons-nous envie de voir revenir dans nos pays des pratiques moyenâgeuses, redoutables ? Ils essaient de nous imposer ces pratiques par un grignotage permanent, et sournois ?les petits marquis de l’information sont –ils vigilants pour tirer les sonnettes d’alarme ? Non, ils minimisent les « accomodements raisonnables », ils défendent des pratiques inadmissibles telles que le mariage forcé, le port de la burqua, les prières dans la rue, au nom de prétendues identités culturelles ..

Alors la véritable question qui se pose est la suivante :est-ce qu’au nom de la démocratie , l’on doit tolérer,dans nos pays, un régime qui, s’il parvient au pouvoir grâce à elle, la confisquera ? Et bien, et malgré toutes les réticences alimentées par une tradition humaniste, la réponse est non.

Quant aux pays où la démocratie a été dès le départ confisquée par des dictateurs soutenus par nos démocraties, il ; faut les aider à une transition vers la démocratie qui sera peut-être aussi longue qu’elle l’a été en France (presqu’un siècle) mais ce qui est certain c’est qu’elle doit se faire en tenant à l’écart les islamistes !

Mireille Kukawa

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