M. le maire de Montluçon, en acceptant le muezzin, vous humiliez votre pays

Monsieur le Maire,

J’ai, en tant qu’ancien vice-Président de Médecins sans Frontières (Prix Nobel de la Paix 1999), exécuté, quelque fois en risquant ma peau, pas mal de missions en terre d’Islam, notamment en Afghanistan.

C’était dans les années 80. Porteur de vie et d’espoir, je me suis toujours fondu dans les sociétés où j’exerçais la médecine, évitant de provoquer, par mes actes ou par mes paroles, le moindre choc entre cultures radicalement différentes.

Cela m’a valu le respect et, souvent, l’amitié de mes hôtes, en Iran, au Kurdistan, au Liban aussi. MSF, la fierté de la France, vous vous souvenez sans doute…

J’ai soigné des gens, j’en ai protégé par mon témoignage, j’en ai empêché de périr dans des situations extrêmes. J’ai su également que sous l’appel des muezzins, au nom de Dieu, des femmes et des jeunes filles que nos équipes auraient pu sauver sont mortes faute de soins et ce malgré nos tentatives de négociation avec des religieux-murailles obtus, bornés, stupides et en fin de compte assassins. Ce fut le cas en Afghanistan. Ces reîtres sans la moindre pitié étaient exactement les mêmes que les dogues haineux qui prêchent inlassablement dans un grand nombre de mosquées, ici même en France, en 2011, après l’appel à la prière. Les Talibans, Monsieur le Maire, ces tueurs esclavagistes, s’inclinent avec respect devant ces hommes-là. Et ces hommes-là prédisent ouvertement la fin de ce à quoi nous sommes tous attachés. La liberté de dire et de penser, l’égalité des êtres, la justice et la démocratie entre autres valeurs vitales.

Lorsque je rentrais en France à l’époque, au bout de ces périlleux voyages, j’éprouvais, croyez-le, le réel bonheur de remettre le pied dans un pays où le seul bruit religieux audible était l’heure donnée aux horloges de nos clochers. Je retrouvais la paix de l’âme, passées les peurs, les angoisses et la fatigue.

Alors, Monsieur le Maire, lorsque je lis que cet appel à la miséricorde divine, le même mot pour mot, qui couvrait de sa clameur l’agonie de ces pauvres Afghanes auxquelles je pense souvent, va retentir, fut-il « discret », dans votre ciel montluçonais, je me dis que quelque chose est cassé non seulement dans la moralité de la France mais aussi dans son être profond, dans son essence fruit de l’Histoire et des grands principes. Vous me direz « c’est lointain, personne n’entendra » mais le symbole, Monsieur le Maire, le symbole! Une victoire! Qui sera fêtée, sachez-le, à l’égal d’une mêlée militaire.

Je prétends qu’en travaillant de cette pitoyable manière pour l’offensive islamique en France, vous commettez une lourde, très lourde faute contre la République et contre vos compatriotes.

La lecture des multiples avis sur un dogme éminemment guerrier qui, par nature et par esprit, avance historiquement sans cesse jusqu’à ce qu’il soit arrêté dans son élan, vous serait, je crois, grandement profitable. Elle est d’une facile accessibilité de nos jours. Un week-end de démêlage et d’étude vous suffirait pour en savoir suffisamment. Hélas, je crains que vous ne refusiez de la faire, comme tant et tant de vos pairs désormais. Ainsi ouvrez-vous la porte, au-delà d’un respect normal pour toute religion autre, à ce qui n’est plus du tout, mais vraiment plus du tout de l’ordre de la simple piété.

Si vous le savez, alors voilà qui alourdit votre faute.

Quoi qu’il en soit, vous entrez à votre manière dans l’Histoire de votre pays.
Ce pays dont vous participez à la violence sournoise qui le force, qui le plie, qui l’humilie et le saigne jour après jour, portera sur vous jugement.
N’ayez, Monsieur le Maire de Montluçon, aucun doute là-dessus.

Dr Alain Dubos,
républicain et démocrate,
membre en aucune façon d’un quelconque mouvement extrêmiste ou supposé tel,
écrivain-Médecin

image_pdfimage_print