M. Ries, depuis quand la laïcité ne s’appliquerait-elle qu’aux non-musulmans ?

A des parents d’élèves qui lui demandaient pourquoi on servait de la viande halal dans les cantines scolaires, et pas du poisson le vendredi, le maire de Strasbourg, Roland Ries, a répondu ceci : «Nous servons de la viande halal par respect pour la diversité, mais pas de poisson par respect  pour la laïcité» (11 avril 2011).

Et voilà comment la peur de l’islam d’une part, et celle de déplaire en parlant de l’islam d’autre part, se meut en incohérence majeure, pour ne pas dire plus.

Car si servir de la viande halal est une marque de respect pour la diversité, servir du poisson en est une également : si l’on ne servait que du halal ou que du poisson, où serait la diversité ?

Le problème est que le mot «diversité» ne désigne pas ici la «pluralité », telle que la conçoit une société démocratique, ni même la «variété» susceptible d’agrémenter le quotidien de chacun, mais l’uniformité musulmane, car, malgré ses divisions internes, l’islam est monolithique par le Coran !

Evidemment, notre maire se garde bien d’utiliser les mots «musulman» ou «islam», ces derniers risquant de le faire tomber dans le camp des racistes, des fascistes et des xénophobes ! D’où l’émasculation par laquelle il a répondu aux parents d’élèves.

Il semble même que cette émasculation l’ait amputé du simple bon sens, car prétendre respecter la laïcité en ne servant pas de poisson tout en servant de la viande halal défie l’entendement !

En effet, si le «jour du poisson», à savoir le vendredi, est un jour religieux, il n’a pas à entrer, comme tel, dans la cantine scolaire d’un Etat laïque. Mais alors, il en va de même pour la nourriture halal, car le mot halal (qui signifie «permis», «licite») désigne ce qui est autorisé par la loi islamique. C’est donc un mot religieux Or, depuis quand le religieux dicterait-il, en France, ce que l’on doit manger ou non ?

Objectera-t-on que la loi islamique ne s’adresse qu’aux musulmans ?

Dans ce cas, que devient la laïcité ? Ne doit-elle s’appliquer qu’aux non-musulmans ? Y aurait-il une laïcité à deux vitesses ? Est-ce cela la laïcité «bienveillante», «ouverte», «tolérante»,  «apaisée» dont on nous rebat les oreilles ? Est-ce cela l’intégration ? Est-ce cela «l’islam de France» ? Est-ce cela notre avenir de citoyens libres et égaux devant la loi ?

Qu’est-ce que cela, en vérité, sinon le comble d’une lâcheté dont les conséquences sont mortifères ? Comment ce maire ne voit-il pas qu’il bafoue les valeurs qu’il a le devoir de défendre ? Et s’il le voit, pourquoi le fait-il ? Pour éviter tout conflit avec ceux qui, au nom du religieux, défient la laïcité ?

La peur n’a jamais été bonne conseillère, et la bêtise non plus. Quand les deux se donnent la main, il faut s’attendre au pire, et c’est ce pire qui s’avance à grands pas sur le sol de France !

Maurice Vidal

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