1

Macron à Beyrouth : pas si mal, finalement, la colonisation française !

Tout le monde connaît le dicton : « c’est la poêle qui se moque du chaudron ». S’agissant de ce qui vient de se passer à Beyrouth, on devrait plutôt dire : « c’est l’hôpital qui se moque de la charité » ou plus exactement encore, « c’est l’hôpital qui vient au secours de la charité ». Car finalement, si la situation est désespérée au Liban, on ne peut pas dire que la France va mieux car la France – je l’ai dit à plusieurs reprises sur Riposte Laïque – est, elle aussi, bien malade à se comporter depuis des années comme une vraie pute qui accepte de se faire baiser par les envahisseurs (sans rémunération par-dessus le marché ! et en ouvrant son porte-monnaie ! ) ; mais aussi à refuser de prendre en compte la détresse de ses citoyens comme on a pu le constater avec les Gilets jaunes. Et d’ailleurs, après son déplacement là-bas, il y a tout lieu de croire que Macron, le proxénète en chef, va ouvrir ses portes (enfin bien sûr, pas les siennes, celles de la France) par milliers, aux Libanais. Si encore elle limitait son choix aux chrétiens, sans doute pourrions-nous accepter sa décision mais avec Macron, on peut être certain qu’une priorité sera donnée aux musulmans… du Hezbollah ?

Par contre, il y a une chose qui m’a interpellé avec ce déplacement. La France, qui est à l’origine du Liban et qui y a exercé un mandat, a quitté le pays le 3 janvier 1944, soit il y a 76 ans ! Or, on a vu hier des gens dans la rue, et notamment des jeunes, se mettre presqu’à genoux devant Macron, implorant la France de revenir pour y mettre de l’ordre mais aussi pour y rétablir les libertés, si tant est qu’elles aient un jour existé dans ce pays. Le même phénomène s’est également produit sur les réseaux sociaux libanais ! Il m’est alors revenu un souvenir. C’était en 1980, si ma mémoire ne me joue pas des tours. J’étais professeur de droit à la faculté de droit de N’Djamena au Tchad. À cette époque Hissène Habré et Goukouni Oueddei s’affrontaient sans merci dans une guerre civile. Les étudiants africains aimaient beaucoup converser avec moi à la sortie de mes cours. Et je me souviens parfaitement qu’un jour, un petit groupe d’entre eux m’avaient demandé, désespérés : « Monsieur, mais qu’attend donc la France pour revenir au Tchad et rétablir la paix ? ». Auparavant, en 1978, alors que j’étais à Dakar pour étudier le fonctionnement d’une mission de coopération près l’ambassade de France dans le cadre de la rédaction de ma thèse de doctorat d’État, et que je me baladais, je ne sais plus dans quelles circonstances exactes, je me mis à sympathiser avec un vieux Sénégalais et à marcher avec lui une bonne vingtaine de minutes. À un certain moment, levant la tête, il me dit : « Ah ! Du temps des Français, elle marchait cette horloge ! ».

Les hommes sont des bêtes immondes et l’histoire ne se résume qu’à l’accumulation désespérée de leurs affrontements violents et cruels. Or, la colonisation ne constitue qu’un des éléments ordinaires de cette histoire. Hier, nous étions des colonisateurs et je ne pense pas m’aventurer en disant que nous n’avons pas été spécialement de vulgaires brutes, malgré, il faut être honnêtes, quelques événements malheureux. En témoignent les faits que je viens de rapporter et tout ce que nous avons construit et laissé quand on nous a foutus à la porte. D’ailleurs, pourquoi nous accuser nous-mêmes et accepter les accusations qu’on nous crache à la figure ? PUISQUE C’EST NOUS MAINTENANT QUI SOMMES COLONISÉS !!!

Philippe Arnon