Macron a raison : il n’a pas fait de grandes écoles, juste l’ENA

Publié le 14 novembre 2018 - par - 14 commentaires - 3 216 vues
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Macron a affirmé à une vieille dame qui l’invectivait qu’il n’avait jamais « fait » de grandes écoles. Peut-on qualifier de « grande école » une école d’où sortent des abrutis, telles Sciences politiques ou l’EN ? Voici un extrait de mon livre « tant pis pour la VIe République ».

« L’ENÂ

« Ce n’est pas une école, c’est un moule, un laminoir sémantique qui vous broie : vous y entrez avec trois mille mots, vous en sortez avec trente seulement, le cerveau formaté, hors de vos neurones et le cœur vide ». (Philippe De Villiers)

L’ENA est une école de luxe pour fils et filles de familles aisées. Il n’est ici question que de l’ENA à titre d’exemple, mais on peut y joindre l’X, l’École Centrale, Sciences Politiques et d’autres grandes écoles aux critiques qui sont faites ici. Qu’il ne soit tout de même pas question de supprimer ces autres écoles.

Celui ou celle qui arrive à entrer à l’ENA est tranquille pour le reste de ses jours. Il est vrai que le concours est difficile et que seule une élite intellectuelle peut accéder à cette école destinée à former les grands commis de l’État qui devraient rester exclusivement à son service. Mais comme maintenant ce sont eux qui le dirigent et le façonnent, il est clair qu’ils sont les serviteurs d’eux-mêmes d’abord, et des autres s’il en reste (des largesses de l’État, donc de l’argent du contribuable et de l’augmentation de la dette, puisque l’argent du contribuable ne suffit plus depuis longtemps).
Une fois sorti de l’école, l’énarque est casé quelque part et n’aura pas à faire beaucoup d’efforts, puisqu’il fait désormais partie de la Nomenklatura. Il agira dans la logique étatique qui lui a été enseignée, car il est dorénavant au moule. Il est devenu un apparatchik. Il agira en fonction, non pas de sa faculté à trouver des solutions adaptées aux problèmes qui lui sont proposés quand il sortira de son rôle d’exécutant pour devenir décideur, mais de ce qui lui a été inculqué, outre son propre intérêt. Il verra dorénavant les choses à travers l’écran de sa formation, dressé entre lui et la réalité qui lui parviendra distordue.

Partir toujours de la même base quand elle évolue en permanence dans le monde ne peut pas mener à la réussite. Un énarque est capable d’appliquer ce qu’il a appris dans le cadre de l’école, mais quand il s’agit de trouver une solution adaptée à une situation donnée, non enseignée par l’école dont les programmes ne suivent pas les changements du monde au fur et à mesure, ça craint.
L’enseignement à l’ENA est dispensé, en ce qui concerne l’Administration et la politique, par des gens venus eux-mêmes de l’ENA et/ou fortement influencés par la politique des énarques. L’ouverture au monde, voulue prétendument dans les programmes, n’est en fait qu’une vision du monde avec des lunettes de fonctionnaires formatés, incapables de tenir compte d’autre chose que ce pour quoi ils ont été façonnés. Le système se perpétue ainsi sans pouvoir être réformé. Ce qui a été sera, et se perpétuera, sans le changement complet du personnel politique par un personnel exempt de formatage.

Des gens, arrivés de différentes écoles, seront formés en deux ans à diverses et nombreuses spécialités autres que la leur, entrecoupées de stages. À la sortie, nous aurons donc des touche-à-tout, susceptibles de devenir ministres ou conseillers. C’est rassurant. À l’ENA, on forme des têtes parlantes, alors qu’il nous faudrait des têtes pensantes.

À la fin de leur cursus, ces gens seront parfois plongés dans les eaux glauques de la politique politicienne, où ils apprendront à nager, c’est-à-dire critiquer et si possible démolir les opposants au parti dans lequel ils auront échoué. C’est là qu’on peut vérifier la validité de l’apprentissage sur le tas. Les campagnes électorales nous montrent qu’ils le font bien. Ils apprennent même à fouiller dans les poubelles bien remplies de leurs concurrents.

Les conditions d’admission pour le concours d’entrée montrent que les candidats doivent d’abord avoir été préformés par une autre école (Sciences Politiques ou Économiques, par exemple) ou avoir été préparés au concours par divers moyens d’études. Ils arrivent donc quasiment tous à l’ENA avec des connaissances scolaires ou livresques. L’ENA n’est en fait qu’un atelier de polissage de connaissances déjà acquises et de survol des autres. La dernière mise à jour des programmes datait de 1999. Y en a-t-il eu une autre depuis ? Le temps que des fonctionnaires en refassent une nouvelle sera long. La crise est survenue depuis. Les programmes l’ont-ils prise en compte ?

Avoir acquis de l’instruction, donc des diplômes, c’est avoir eu d’abord la possibilité et ensuite la faculté d’enregistrer des données dans les tiroirs de la mémoire. L’intelligence, pour quelqu’un d’instruit, consiste à ouvrir le bon tiroir au bon moment. Ça n’est pas donné à tous, loin s’en faut. (« Carnaval des ombres » Guy Tassigny citation 2).

Rabelais n’a-t-il pas dit fort justement qu’il valait mieux avoir une tête bien faite plutôt que bien pleine ? Les têtes bien faites se forment dans la vie, celles bien pleines, à l’école. (Citation 6). Ces jeunes énarques ont la tête tellement chargée au cours de leurs études qu’ils ne savent plus faire la différence entre le possible et un imaginaire qu’ils voudraient réaliser. La confusion est non seulement entre eux, mais dans l’esprit de chacun d’eux.

Voici un exemple à ce propos : « Pourquoi ne pas partager le travail… En diminuant de 10 % le temps de travail de quatorze millions de salariés français, on récupère un million quatre cent mille emplois. Pour tenir compte des gains de productivité, divisons ce chiffre par deux ». « C’est comme ça qu’ils sont arrivés à sept cent mille emplois, ça ne pouvait sortir que d’un cerveau d’énarque », rigole Blondel (Marc de FO). « Après plus de deux ans, le gouvernement se rend compte enfin, que les 35 heures vont avoir un coût. Incroyable, personne parmi l’armée d’énarques n’avait pensé à le chiffrer ! » (« La dame des 35 heures » de Philippe Alexandre et Béatrix de l’Aulnoit, Ed. Robert Laffont 2002, p.101). Pour décider de cette idiotie, ils sont restés entre eux. Ils auraient été conseillés par des gens de bon sens, peut-être auraient-ils compris qu’ils divaguaient. Cet exemple montre l’incurie de nos grosses têtes bien pleines (de vide). Quant au gain de productivité, la suite a montré ce qu’il en est advenu dans la réalité. La production s’en est allée avec les espoirs envolés de productivité accrue.

Remarquons que le gain de productivité prévu dans leur calcul, un élément selon eux, en faveur de l’emploi, va à l’encontre de l’intérêt des travailleurs. En effet, si la productivité augmente en créant seulement 700 000 emplois au lieu du double, c’est que les cadences vont s’accélérer, et pas qu’un peu. Ceci montre que ce calcul est beaucoup plus favorable aux patrons qu’aux salariés. En théorie, les auteurs des 35 heures se sont tellement emmêlés les pinceaux qu’ils n’ont même pas vu l’absurdité de leurs élucubrations.

Cet exemple montre que Martine Aubry a fait étalage d’une exceptionnelle capacité à se servir du système pour parvenir à ses fins, malgré les oppositions qu’elle a rencontrées. Oui, mais quand on voit le résultat, on ne peut que constater les dégâts malgré les dénégations des auteurs de cette absurdité.

Les énarques, une fois au pouvoir, se considèrent tellement supérieurs au commun des mortels qu’ils s’imaginent devoir ne pas prendre en compte les réalités qu’ils méprisent, et dont ils estiment qu’elles doivent se plier à leur volonté. Ils se croient sur l’Olympe. Ils sont dans leur bulle, et ne se rendent pas compte de ce qu’il y a de réel autour d’eux. À l’école, on a dû tellement leur dire qu’ils étaient les meilleurs, qu’ils ont fini par le croire, alors qu’ils ne sont que des gens à l’intelligence ordinaire, sujets à l’erreur comme tout le monde (citation 7).

Ne cherchons pas plus loin la cause des errements que nous payons très cher aujourd’hui, parce que les énarques phagocytent tous les gouvernements. Un énarque de par son diplôme est exonéré de l’indispensable initiation qui consiste à partir de la base jusqu’au plus haut niveau, tout près duquel il démarre en sortant de l’école pour appliquer les méthodes inadaptées apprises dans cette école où on n’enseigne qu’une logique repliée sur elle-même, sans tenir compte des réalités, réputées têtues, qui resurgissent donc fatalement…

Chez nous en France, il est incontournable d’être diplômé pour accéder à un poste de responsabilité. Aux USA, le chef n’est pas forcément celui qui a un gros diplôme ; c’est celui qui a acquis la compétence. De cette façon, les Américains atteignent de meilleurs résultats que nous où la Caste se protège au moyen du diplôme dont on sait qu’il sera presque dans tous les cas obtenu par un fils à papa. Chez les Américains, les différentes classes sociales sont poreuses. Ici, les classes sociales organisées en castes, sont étanches.

Admettre à l’ENA des jeunes de la base sans concours relève d’une bonne intention, mais aussitôt sorti du moule, le nouvel énarque agira conformément au moulage dont il aura fait l’objet, en oubliant d’où il vient. Et puis, n’est-il pas normal qu’un individu ayant acquis un diplôme très prisé (en France, par la caste politico-administrative), se préoccupe d’abord de sa carrière ? Les médias nous ont appris avec quel dédain les jeunes admis sur concours ont protesté contre l’admission sans concours de jeunes de la base à fort QI. Ça dénote bien la mentalité des enfants des couches supérieures, donc celle de leurs parents. Le mode de recrutement ne changera pas les carences de l’enseignement dispensé.

Par exemple on enseigne l’économie. On peut se demander si on n’enseigne pas plutôt le moyen de se rétribuer grassement et légalement avec l’argent des contribuables et de la dette (ne l’oublions pas celle-là). La preuve, c’est que Hollande a enseigné cette matière quelque temps à l’ENA. On oublie seulement d’enseigner la base de l’économie, le b.a.-ba : on ne sort pas plus d’argent qu’on en entre, sinon, gare à la dette !

Un énarque est un peu comme un citron qui aurait été tellement pressé par la difficulté du concours d’entrée et des études qu’une fois celles-ci terminées, il n’aurait plus de jus.
Il n’est pas question de le faire passer pour un idiot, mais de comprendre qu’il se trouve pris dans un système inadapté qui lui a mis et lui maintient la tête dans le sac. Ce système lui permet d’occuper des postes pour lesquels il n’est pratiquement jamais compétent.

La connaissance par l’expérience est supérieure à la connaissance livresque ou scolaire quels que soient les écoles ou les livres. La première est comparable à un arbre dont les racines vont chercher l’eau en profondeur, et qui de ce fait est bien ancré au sol. Les racines, au fur et à mesure qu’elles s’enfoncent, s’étendent latéralement, allant chercher l’eau et les nutriments aussi loin que possible. Elles nourrissent l’arbre de ce qu’elles prennent dans les différentes couches du sol qu’elles traversent. La seconde est comme un arbre dont les racines s’étendent loin en surface, mais qui n’assurent aucune solidité au tronc qui sera déraciné par vent fort. La connaissance par l’expérience est profonde, solide et riche. La connaissance livresque enseignée n’est que de surface, même si elle est plus étendue en apparence.

Citation 2
« … Cette espèce de mimétisme (flagrante dans la « mode » vestimentaire) est plus ou moins nuancée dans les secteurs de l’activité privée. Mais dans les structures de la hiérarchie sociale (tenue de soirée de rigueur…) elle apparaît au paroxysme. Non seulement le diplôme (possiblement obtenu par chance pure du fait de l’absurdité des concours) confère la valeur, mais encore, aux stades ultimes du phénomène, l’être de chair se trouve investi du pouvoir, en vertu de signes extérieurs. Et l’uniforme, avec son plus ou moins grand nombre de galons, la robe du professeur ou du magistrat, deviennent des symboles, des mythes qui affermissent l’autorité et l’infaillibilité. Le doute n’est pas permis à leur égard. Le souverain et le prélat ont besoin d’une pompe, d’un cérémonial qui exhausse leur viande périssable au rang de demi-divinité. L’impunité, la force dont ils jouissent sont la récompense du spectacle qu’ils offrent au troupeau béat. »… (« Carnaval de ombres ». Guy Tassigny).

Citation 6
«… C’est leur péché, les pères laborieux, de se fignoler des vauriens dont les creux des mains sont pleins de poils longs comme la barbe à Demis Roussos… C’est un peu comme s’ils se faisaient un cadeau par génération suivante interposée…». – « …doué pour les études, mais d’une intelligence très rampante ». (« À prendre ou à lécher » San Antonio. p. 30,  Ed. Fleuve Noir).

Citation 7
« Rompus aux circonlocutions énarquiennes, ces varlopeurs de la langue de bois… La logorrhée de ces fantoches n’a pas plus de conséquences qu’une éjaculation sans spermato. Et qu’ils aillent tous se faire réduire en cendres au fond des prochaines urnes ! Charge à nous d’embraser le funérarium ». (« Deux p’tites tours et puis s’en vont » Patrice Dard. P 217-218. Ed. Fayard).

Marc Larapède

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14 réponses à “Macron a raison : il n’a pas fait de grandes écoles, juste l’ENA”

  1. Pondicq dit :

    Non mais de quel droit autant d’insultes ! Mon fils a réussi le concours de l’ena à 21 ans après avoir eu un Master de sciences po et un Master de la lse….. Et non monsieur nous ne sommes pas des nantis. Et non monsieur nous ne connaissons personne à Paris ni dans les hautes sphères. Ça suffit de généraliser ! nous sommes de simples provinciaux de la classe moyenne. Renseignez vous avant. Aujourd’hui mon fils travaille dans un ministère et je suis sûre qu’il fait au moins le double d heures que vous sans heure sup ni compensation.
    Je ne suis absolument du côté de monsieur macron et ne tiens pas à le défendre. Votre papier n est que calomnie et surtout pas toujours justifees. Et non tous les énarques ne font pas de politique. Il y en a qui triment…

  2. Vashky Peace dit :

    MARTINE AUBRY 35 HEURES
    PLUS CON TU MEURS !

  3. DUFAITREZ dit :

    Un peu long…
    Vous avez oublié le pire !
    X + ENA + Catho !!! J’en connais UN !

  4. Frederic REYNIER dit :

    Les écoles techniques et scientifiques échappent de par leur programme au formatage marxiste que subissent les littéraires et pseudo gestionnaires

  5. MAUREL dit :

    Pourquoi avoir mis la photo de macron en debut d’article?

  6. Jill dit :

    Ena, anagramme d’ ane. L’ENA, elle nous en a sorti des vedettes en 50 ans… quatre présidents
    de la République. A noter que Giscard avait pris
    la précaution de faire l’ X avant, si bien qu’il s’est
    quand même démarqué des trois autres.

  7. chiartano dit :

    + des cours de theatre , et macron a eu droit dans sa tendre jeunesse a des cours particuliers, meme tres particulier

  8. Robert Le Priellec dit :

    Sciences Po, l’ENA ou encore HEC (entre autres « grandes écoles » auto-proclamées) ne sont que des crèches garderies pour fils à papa (et filles à maman) désoeuvrés. Pour une éducation supérieure digne de ce nom, il y a l’Université.

  9. Allonzimollo dit :

    L’ENA : une bonne intention dévoyée au fil des gouvernements de la V ème République…