Macron finira-t-il comme Caligula ?

Publié le 29 janvier 2019 - par - 30 commentaires - 1 567 vues
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Tibère, mauvais empereur, avait un fils valls-heureux mais encombrant ; pour le contrer, le fin politique adopta un jeune loup, qu’il envoya se former auprès des puissantes et riches légions de Germanie où il grandit, s’assurant la connaissance et le soutien de ce milieu.

Quelques années plus tard, inquiet de l’importance que prenait son fils naturel, Tibère rappela son protégé à Rome, lui donna quelques licteurs et la garde du Trésor impérial, et ce bien avant l’âge de la maturité et contre l’avis des sages. La cité s’agitait, il se disait même que les remuants Bonnets rouges de Bretagne étaient au service du fringant questeur ; le forum bruissait de calomnies journalières, matrones et cocottes s’étrillaient, des procès étranges supprimaient des prétendants, une lourde ambiance de fin de règne qui s’acheva, à la faveur trouble d’une primaire bataille d’oreillers où Tibère mourut étouffé. Aidé par quelques grands, bretons justement, le jeune homme fut propulsé empereur ; c’est ainsi que le pouvoir échu à Caligula.

Pas très net coté nanas, amateur, comme le dira plus tard Baudelaire, d’esclaves nus tout imprégnés d’odeurs approfondissant le secret douloureux, notre apprenti se retrouva face à l’immensité déserte de la conduite de l’État. Hélas Marc-Aurèle n’étant pas encore de ce monde, et Cicéron appartenant à une culture latine qui n’existait pas, Caligula ne put savoir que l’humilité et la tempérance sont les mamelles du bon gouvernement. Il ne vit que l’illusion de la gloire que donnent les palais et la garde rutilante.

Isolé par son mépris d’un peuple qu’il ne connaissait pas, méfiant de tous, n’écoutant que sa vieille maîtresse, femme de la plus impudente lubricité, il s’entoura de courtisans, gens de peu, qu’il comblait de bienfaits aux frais de l’État, bientôt ruiné malgré des impôts nouveaux et inouïs. Il n’y eut aucune chose et aucune personne qui ne fût taxée. Désordre public, désordre privé,  Suétone nous dit qu’il sortait le soir dans des lieux malfamés, aimant le théâtre et la danse, mélangeant, dans des spectacles brutaux et vulgaires, des Africains et des natifs. Ne respectant rien ni personne, il défendit que l’on célébrât par des fêtes solennelles les victoires ; il fut le chef de petits rois exotiques, et l’ami de l’empereur des Parthes, ennemis jurés des Romains.

Tout fut bon pour ternir la gloire de Rome ; avec une courbette des inconnus accédaient aux plus hautes charges de l’Empire ; ceux des plus dignes Romains dont les écrits déplaisaient se voyaient contraints de les effacer avec leur langue, souvent, n’y parvenant pas, ils étaient matraqués ou jetés dans des rivières : « Qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent ».

Il se plaisait à exciter des querelles entre le peuple et les chevaliers et disait souvent qu’il abolirait l’usage de recourir à la science des jurisconsultes, et jurait qu’il ferait en sorte qu’il n’y eût plus d’autre arbitre que lui.

Non content de nommer au vénérable Sénat des cuistres et des métèques, il y fit entrer son cheval préféré, bête à manger du foin, qu’il fit princeps senatus, une sorte de président de l’Assemblée nationale.

On pourrait avec raison imputer à une maladie mentale les vices les plus opposés du caractère de Caligula, une confiance extrême et une crainte excessive. La colère lui fournissait les mots et les idées. L’enthousiasme l’empêchait de rester en place. Sa prononciation était vive, et sa voix se faisait entendre des personnes les plus éloignées.

Cependant l’Empire entrait en ébullition ; voyant cela le vieux préfet des prétoriens jugea prudent de s’en retourner lugubre dans Lugdunum. Caligula, alors, n’eut plus aucun miroir ; emporté, cruel, il disait tout et son contraire, s’amusant des efforts de chacun pour le comprendre ; sa perversité s’étalait chaque jour, femmes et hommes devenaient les sujets de ses turpitudes, il humiliait ceux-là mêmes qui l’avait servi loyalement. Tribun abscons, il se mettait en scène dans un temple public où il fallait que chacun le voit, et quidam eum Latiarem Iouem consalutarunt ajoute Suétone (« quelques-uns le saluèrent du nom de Jupiter Latial ») ; « Vouloir s’égaler aux Dieux, je ne connais pas de pire folie » réplique Albert Camus dans son exploration du prince ivre d’un pouvoir trop grand pour lui.

« Malheur au pays dont le roi est un enfant et dont les princes ont mangé dès le matin » ajoute, comme écho lointain des malheurs de la cité, l’Ecclésiaste.

Caligula empereur intelligent et dépassé, eut, au moment de lucidité que la mort apporte, cette phrase prémonitoire : « je suis encore vivant ».

Gérard Couvert

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DURADUPIF

Il ne finira pas comme Aougousto qui était l’Ottavio (le huitième de sa fratrie)) et qui LUI était de bonne augure !

Général putschiste non épistolaire

Fligete eos ut se sentiant mori (frappez – les pour qu’ ils se sentent mourir) semble aussi une phrase favorite de caligula selon Suétone (vie des 12 césars) ===> l’ appliquera-t- on à macrondelle et ses sbires ?

Peg

Excellent!

DUFAITREZ

Hollande a échappé à Brutus, Macron à Ravaillac ?

senechal

Remettez nous le couvert, c’est bon à prendre!.

Elliot

Bonjour ! Juste un mot : Jubilatoire ! <3
Bonne journée !

Carole

Que Macron finisse comme Caligula ne me fera pas trop de chagrin : c’est un euphémisme ! ;-)

ANONYME

Moi non plus !

Ivan Greindl

Charmante fable, si bien tournée ! Elle me fait penser aux Portraits de La Bruyère. (Décidément, ça mène à tout l’informatique, M. Couvert, — pourvu qu’on en sorte.)

Gérard Cuvert

Merci, c’est trop ! Mais je ne suis pas sorti de l’informatique, mais au contraire entré après avoir fait bien d’autres choses.

Marnie

Magnifique !

Gérard Couvert

C’est Suétone qu’il faut remercier.

Marnie

Non votre sens de la réalité et la façon de l’exprimer.

Gérard Cuvert

Pour ceux que le portrait original de Caligula par Suétone intéresse, j’ai tiré les traductions qui forment les 2/3 de ce texte de ce site remarquable : http://bcs.fltr.ucl.ac.be/suet/CAIUS/25.html

Elliot

Bonjour ! Site inaccessible !

Gérard Couvert

Désolé pour l’erreur, c’est du HTM et pas du HTML donc http://bcs.fltr.ucl.ac.be/suet/CAIUS/25.htm

patphil

en tout cas il terminera son mandat avec son assemblée de godillots, jamais il ne démissionnera ni ne dissoudra!

Markorix

Merci pour ce retour documenté dans le passé. Un décalque exquis. Ce qui démontre bien, qu’en plus, les caliguli d’aujourd’hui n’ont rien, mais alors rien, inventé. Seule différence … la possibilité immonde de s’assoir sur le « pouvoir » en se servant de deux armes sociales potentiellement tout aussi immondes : l’accusation de non conformité à la pensée unique (et rébarbative) et les technologies de l’information ou de la désinformation… Relire 1984 de Georges Orwell, tout y est, surtout depuis les violences contre un peuple inerme, qui n’a rien à voir avec les agités qui sont venus souiller sa réputation de peuple,… lire la suite

senechal

Très joli texte qui nous rappelle quelqu’un, il est vrai qu’il y a de profondes similitudes avec celui qui nous sert de président actuellement en France!.

Aux enfants de Clovis

Ce serait lui faire trop d’honneur !!! S’il est assassiné il rentrera dans l’histoire.

Je milite pour une petite cellule glauque et crasseuse…. à vie. Pour une humiliation nationale en grande pompe, puis…. l’oubli total.

Aux Armes Citoyens

Mourir du sida, seul, tout seul, personne à côté de lui, vraiment et réellement seul….
Le désespoir et les affres de la solitude.

Clotilde prouvot

Neron blablatant devant les incendies

Clotilde prouvot

Neron blablatant devant les incendies. ..

sitting bull

Macron finira peut être assassiné comme dans l année des 4 empereurs , en histoire on retrouve souvent des rois , empereurs , ministres , président assassinés ..

Bausurman

Je le vois plutôt finir comme Heliogabale en version hard ou Romulus augustule en version soft

jeannot

Le Roi Edouard II d’Angleterre (1284 – 1327) serait mort avec une barre de fer chauffé au rouge dans le rectum.

Aux Armes Citoyens

Et si on lui faisait la même chose à cette raclure insultante ?

Ivan Greindl

@jeannot – Ce « traitement » ne laissant guère de traces, aurait été imaginé pour faire croire à un mort naturelle. Mais les historiens contemporains n’ont découvert aucune *preuve* de son homosexualité…

clercophage

La preuve , c’est que ça a été filmé . J’ai vu le film à la télé. Ils ont utilisé une corne évidée pour guider le fer rouge dans le trouduc sans griller l’entrée.

Ivan Greindl

@clercophage – La « preuve » était dans le scénario du film… :-)
Les scénaristes, à l’opposé des historiens, aiment « broder », diffuser des légendes ou des rumeurs. On ne peut pas considérer qu’un scénario est une « preuve ».