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Macron, la marionnette ignare de la finance mondialisée

Un article de Marie-Sandrine Sgherri dans Le Point désosse la stratégie de la Macron Company (pour reprendre une expression de Mediapart).

L’article démontre que Macron n’a pas de programme parce qu’un programme détruirait le produit.

Lors du meeting lyonnais de Macron, un soutien de Mélenchon, Christophe Geoffroy, a décortiqué la manipulation des marionnettistes du candidat “christique”:

https://youtu.be/E9t08A3TylA

On y voit l’équipe Team Ambiance télécommander l’enthousiasme  des abonnés d’En Marche par sms, les groupes placés face aux caméras pour fournir, selon les ordres donnés, des émotions aux (télé)spectateurs et fausser le jugement des chaînes d’information en continu.

La Macron Company, comme l’a souligné Natacha Polony, a décidé de se passer des partis politiques, c’est-à-dire de faire le boulot elle-même à la tête du pays. Pour cela, elle a créé cette incarnation –propre, souriante, soi-disant instruite et intelligente… et surtout proche de l’hologramme– du système financier.

La chercheuse Cécile Alduy, auteur de Ce qu’ils disent vraiment, a analysé le cas Macron. Pour elle, chez le représentant de la finance mondialisée, «tout est dans la démarche, la manière de faire, tandis que, sur le contenu, il reprend à droite ou à gauche des idées assez générales (flexibilité du travail, laïcité de la loi de 1905, Européen convaincu). Il y un côté «start-up» dans son mode opératoire: on analyse l’offre sur le marché (ici politique), on monte une petite boîte sur un concept disruptif (la candidature apolitique), on fait des «focus-group», on teste le produit en mode “bêta”[1], on intègre les retours des consommateurs dans la version finale, on peaufine, enfin on livre un produit résolument neuf, qui repose sur un usage et un savant marketing plutôt que sur un contenu précis.»

A la Macron Company, on trouve de jeunes loups d’H.E.C., de quelques autres écoles de commerce et de “jeunes pousses”. En marche ! est managé –du moins à en croire ses créateurs– comme les entreprises modernes, un système de gestion qui n’est plus top-down (diriger depuis le haut vers le bas) mais bottom-up (les idées viennent du bas et sont intégrées par le haut).

La Macron Company s’appuie sur des sondages concoctés par le cabinet de conseil Liegey Muller Pons, «start-up en stratégie électorale» et mis en musique par Proxem, qui se présente sur son site comme «pionnier de l’analyse sémantique des données textuelles pour la connaissance client, les big data RH, la market intelligence et les content analytics». En clair, elle transforme ce que disent les gens en données pour bâtir l’image du produit Macron.

C’est d’ailleurs dans une base de données que Macron pioche des expressions pour ses phrases de gourou: «dimension de verticalité, de transcendance, (…) s’ancrer dans de l’immanence complète, de la matérialité», «Je ne crois pas à la transcendance éthérée. Il faut tresser les deux, l’intelligence et la spiritualité. Sinon l’intelligence est toujours malheureuse. Sinon les gens n’éprouvent de sensations que vers les passions tristes, le ressentiment, la jalousie, etc.»

Le produit phare de la Macron Company est allé à Alger pour racoler les Algériens… de France. La voix de la marionnette lui a fait dire: «J’ai toujours condamné la colonisation comme un acte de barbarie. La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime contre l’humanité».

Rien que cela.

Le procès de la France « colonisatrice » recommencé par un produit formaté pour en devenir son Président.  Consternant.

Peu importe l’Histoire pour Macron.

Ferhat Abbas, président de la république algérienne, du temps du G.P.R.A. (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne), avait reconnu :
«La France n’a pas colonisé l’Algérie. Elle l’a fondée
C’est en effet le 14 octobre 1839, par décision du ministre de la guerre, que le nom ‘’Algérie‘’ fut attribué pour la première fois à cette partie de l’Afrique du Nord.

La France de Charles X y intervint pour combattre la piraterie barbaresque qui continuait de pourrir la Méditerranée. Pour chasser le colonisateur ottoman qui affamait depuis plusieurs siècles les habitants de la région. Pour libérer les esclaves chrétiens européens.

Crime contre l’humanité, dit Macron par psittacisme de gauche.

Crime contre l’humanité  d’avoir défriché, drainé, asséché et fertilisé un sol à l’abandon depuis des siècles. D’avoir apporté l’enseignement (qu’il lise Le premier homme de Camus), des hôpitaux (éradication de la peste, du choléra, de la variole, du typhus). D’avoir construit des infrastructures (barrages, routes, réseau ferroviaire, réseau de postes et télécommunications, ports et aéroports). D’avoir mis en place une agriculture exportatrice à l’époque « coloniale » alors qu’aujourd’hui l’Algérie doit importer pour se nourrir. D’avoir bâtit des usines. D’avoir développé des industries (chimique, métallurgique, hydrocarbures).

Et il devrait savoir, comme le rappelle Jean Sévillia dans Historiquement incorrect, que  la colonisation a été une idée portée de 1880 à 1950 par la gauche républicaine.

Lui qui se targue d’être un expert en économie, comment est-il passé à côté du fait que la colonisation a coûté cher à la France. Bien plus qu’elle ne lui a rapporté.

Un candidat à la Présidentielle ferait mieux de demander comme Albert Memmi le fit dans son Portrait du décolonisé: «Qu’avez-vous fait de votre liberté?»

On en a une idée en voyant l’Algérie du mort-vivant Bouteflika et les agissements de ses ressortissants dans l’Hexagone (qui, eux, réalisent une colonisation du 93 proche de la barbarie et du crime contre l’humanité).

Pour le cas où des politicards calédoniens (de gauche, du centre et de la droite chamailleuse), après cette lumineuse déclaration algérienne, voudraient soutenir Macron,  ils savent le sort qu’il réservera, s’il est élu, à la Calédonie française et au “destin commun”.

A des loyalistes calédoniens qui l’ont récemment contacté pour le tester sur l’avenir du Caillou, il aurait dit presque la même chose qu’en Algérie sur le gentil Kanak colonisé et l’affreux Caldoche colonisateur.

Et sans doute leur refera-t-il le coup des colonnes du Figaro où la Macron Company revient sur le terme de crime contre l’humanité, en insinuant, en somme, qu’il avait des aspects positifs et était dépourvu de criminels.

Le grand écart idéologique est un des ingrédients du produit Macron. Son inconsistance aussi.

Marcus Graven

[1] Version test d’un produit avant commercialisation.