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Macron va-t-il finir par se débarrasser de Bayrou ?

Ça n’aura pas tardé. Il y a déjà de l’eau dans le gaz entre les membres du gouvernement. Le vernis craque sous les coups des batailles d’ego.

La brèche vient de François Bayrou dans un remake du Cave se rebiffe.  Il faut dire qu’il a joué un formidable coup. Après des années d’échecs, il a réussi le coup de maître de s’allier dès la première heure à Emmanuel Macron et le voilà, lui et son parti devenu quasi confidentiel, propulsé sur le devant de la scène. Quel pied ! Quelle revanche sur les lazzis et les piques d’une Ségolène Royal qui avait vu dans son refus d’alliance entre deux tours la frilosité d’un amant qui craint la panne, ou un Cohn-Bendit qui lui affirmait avec son habituel air narquois sur le plateau de France 2 dont il a le secret : « Tu ne seras jamais président. » Quelle revanche sur sa marionnette des Guignols, le petit benêt dans l’ombre de Juppé. Quel succès pour le courtisan que l’on a vu rôder autour de l’Élysée aux lendemains des élections comme un candidat anxieux attend les résultats du bac. On se souvient comme il a tapé du poing sur la table pour obtenir en échange de son soutien des circonscriptions qu’il n’aurait jamais eues.

Il ne faut donc pas s’étonner que le nouveau promu Garde des Sceaux,  qui a oublié sans doute que sa mission prioritaire est la moralisation de la vie politique, ne supporte que des enquêtes puissent être ouvertes sur certains de ses élus et téléphone aux médias du Service public pour les prier de cesser leur travail d’investigation. La presse est au service du pouvoir, pas au service de l’information du citoyen. Un petit rappel à l’ordre était nécessaire.

C’est un peu gros. L’opinion publique s’en émeut, le gouvernement veut faire cesser cette attitude de prétendant calife. Le Premier ministre recadre. Mieux vaudrait en rester là. Bayrou ne l’entend pas de cette oreille. Il répond, sans convaincre grand monde, que faire pression sur la presse est tout à fait compatible avec sa fonction.

Il semble malgré tout que la presse ne lâche pas les élus Modem et questionne leur transparence.

Bientôt il va falloir que M. Bayrou  se souvienne qu’un ministre ça ferme sa gueule. Sinon, à l’heure du dégagisme, ce rescapé de l’Ancien Régime  risque de rejoindre les Servan-Schreiber, Thevenoud et autre Schwarzenberg dans les listes des ministres les plus évanescents de la Ve République.

Reste posée la question de sa légitimité au poste de Garde des Sceaux, c’est-à-dire supérieur hiérarchique de magistrats qui enquêtent sur son parti.

Florence Labbé