Madame Aubry, comment vous situez-vous par rapport à la politique anti-ouvrière de votre père ?

À l’attention de Madame Martine Aubry

Madame,

Je voudrai vous poser deux ou trois questions, à vous qui, -dans quelques mois-, allez peut-être représenter votre parti (1) devant les citoyens français. J’espère que mes questions ne vous étonneront pas, même si elles vous apparaîtront bien évidemment fortement critiques vis-à-vis de votre action politique présente et passée.

Une observation préalable

On demande régulièrement à Marine Le Pen si elle agit dans la continuité politique et morale de son père. Les journalistes revenant alors sur l’affaire du « détail », concernant les chambres à gaz des camps d’extermination d’Auschwitz, Treblinka, Sobibor.

Par contre, pour ce qui vous concerne, Madame, vous qui avez été la plus jeune retraitée de France, après avoir quitté votre poste de Ministre d’Etat membre du gouvernement de Lionel Jospin, on ne vous a jamais posé la question : de savoir ce que vous pensiez de l’action politique de votre papa.

Bien sûr, Monsieur Jacques Delors, votre père, n’a jamais qualifié « de détail » les chambres à gaz nazies, mais il a présidé de longues années une institution, la Commission européenne, une vaste machine bureaucratique, qui a noué des relations politiques se voulant irrévocables, et arrimé les pays d’Europe aux gouvernements membres de l’Organisation de la Conférence des Etats Islamiques (OCI).

L’OCI » a fait du triple Non à Israël, un dogme intangible, et de l’extermination des Juifs, -en Israël et ailleurs-, un élément non négociable de son programme unifié destiné à l’islam en tant que Oumma universelle, et une stratégie politique et militaire déclinant, dans le langage moderne, le Coran et la charia.

Ce ne sera cependant pas le fils, petit-fils, neveu et cousin de déportés juifs morts en déportation, qui vous posera quelques questions concernant votre point de vue sur l’action de votre père, ce père qui soutient votre ambition présidentielle.

Madame, le Juif ne vous questionnera pas concernant votre position personnelle hostile à Israël, commune avec votre adversaire politique, Alain Juppé. L’une comme l’autre mentant grossièrement aux Français, l’une comme l’autre ignorant ou feignant d’ignorer l’Histoire. Chez l’une comme chez l’autre, on observe une ignorance réelle ou feinte, permettant de qualifier de « coloniale » la présence des Juifs dans les différentes parties de Jérusalem*2.

Madame le Ministre d’Etat en retraite, retraité moi aussi, -humble salarié retraité-, c’est à ce titre que je m’adresse à vous. Moi, après avoir vendu ma force de travail depuis le 15 octobre 1962 jusqu’au 31 décembre 2008, je suis retraité. Je suis retraité après 46 ans de salariat (un peu plus de 44 ans, si l’on déduit la période de service militaire), retraité d’une profession qui fut la première à subir la baisse des retraites.
Et qui fut la cause, l’homme et le chef d’orchestre de cette pénible décision de le mi-avril 1983 ?
Qui qui fut l’artisan du processus qui ne faisait alors que commencer ?
Pas besoin de vous faire un dessin, vous avez deviné. Au cas ou vous auriez oublié aidons votre mémoire.
L’homme qui mit en branle le rouleau compresseur gouvernemental contre les retraites des salariés s’appelait Jacques Delors. C’était votre père. Nous eumes, dans ma profession, l’honneur d’être les premiers à son tableau de chasse.

C’était un honneur, dont mes collègues et moi-même nous serions volontiers passés
Cet honneur, nous le devons à votre père qui amorçait sa stratégie « européenne » de diminution du coût du travail, contre notre profession de 180 milles salariés

C’est en effet, en 1983, -avant que de se rendre tristement célèbre par son Plan d’Austérité et par sa redécouverte d’un décret du général de Gaulle qui déclarait illégale l’indexation des salaires sur l’évolution des prix-, que votre papa s’en prit à notre régime professionnel de retraite.

Les effets de sa décision provoqueront une baisse des retraites. Les diminutions pouvant atteindre jusqu’à 30% des anciennes retraites, pour les collègues ayant cessé de travailler quelques années afin d’élever leurs enfants, puis repris leur activité professionnelle de façon à avoir toutes les annuités prévues par leur contrat de travail.

Mais le sort des retraitées de la sécurité sociale, qui cela intéresse-t-il, dans les milieux qui devraient devenir la représentation du nouveau « peuple de gauche » ?

Un autre « détail », le montant des retraites des employés et cadres des caisses de sécurité sociales ?

Question : Madame la secrétaire du PS d’Epinay, vous en pensez quoi, de cette action ministérielle de votre père ?

Vous pensez, vous aussi, qu’il était légitime de mettre en route la mécanique infernale contre le montant des retraites ?

Après avoir officié encore quelques temps au sein du gouvernement Mauroy, monsieur votre père s’en ira présider la bureaucratie de l’Union européenne. Il y fera prévaloir, comme idéologie obligatoire, tant à droite qu’à gauche, les dogmes que vous appelez aujourd’hui des dogmes « néo-libéraux ».

Ce travail patient de votre père aura pour constante une politique pour toute l’Europe, une constante pour chacun des pays absorbés dans la ci-devant Union. Ce sera une constante politique visant obstinément à baisser la valeur et le prix de la force de travail.

Partout en Europe, en France comme ailleurs, on reviendra sur les acquis des luttes syndicales.

Résultats de la « constante » delorienne, une smicardisation progressive de la grosse majorité de la classe ouvrière

Madame, comment vous situez-vous, par rapport à cette politique d’un homme, votre père, qui soutient votre candidature à la magistrature suprème?

Nous pourrions allonger notre questionnaire, mais je me limiterai aujourd’hui à ces deux questions : Salaires et retraites.

Alain Rubin

Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, j’aurai l’occasion de vous poser ultérieurement d’autres questions.
Je reviendrai sur votre position angoissante, celle qui vous amene à adhérer au postulat du sieur Boniface à l’égard, ou plutôt à l’encontre d’Israël. Vous savez, elle consiste à soutenir, coûte que coûte, quoiqu’il en coûte et en résulte, la revendication d’un Etat palestinien. Elle consiste à garder ce cap, même si cet Etat n’est pas un instrument de paix et de progrès, même s’il est conçu, par ses artisans, comme un vaste blockhaus, même s’il est un outil volontaire de guerres et de violences, des violences et des guerres voulues sciemment contre les Juifs ; des violences et des guerres contre les populations non juives, contre les populations non musulmanes et/ou non-arabes musulmanes.
Cet Etat palestinien est prévu, par ses géniteurs, comme un Etat ségrégateur : Les populations, aussi « palestiniennes » que les arabes musulmans, étant exclues de la citoyenneté par la constitution préparée par l’équipe OLP formant l’Autorité palestinienne.

(1) Le nouveau Parti socialiste, né en 1971 au congrès d’Epinay, par des moyens que les vieux socialistes guesdistes et jauressistes de la SFIO diront ressortir de la captation d’héritage, réalisée par le moyen de cartes payées rubis sur l’ongle mais ne correspondant pas toujours à des adhérents réels. Calomnie ? Le fait demeure : qu’un généralissime sans troupe, François Mitterrand, disposant d’entregent et de quelques officiers et sous-officiers, s’appropriera une armée en crise, devenue petite mais disposant encore d’un passé prestigieux et d’un capital moral, avec Jaurès et Blum, et tout de même encore quelques dizaines de milliers de membres ; tandis que la Convention mitterrandienne ne
disposait, elle, que de quelques centaines de membres et d’aucun prestige ni d’aucune autorité morale liés à de grandes réformes sociales ou à des actions démocratiques exemplaires.

(2) J’avais écrit à Alain Juppé il y a quelques semaines. J’avais réagi, lorsqu’après s’être amouraché des Frères musulmans, -qui sont derrière les pogroms à répétition frappant les Coptes-, Alain Juppé s’était cru autorisé à faire la leçon à Israël.
Lui, comme vous, qualifiera de « judaïsation », traitant sans nuance de « présence coloniale », de présence illégitime, les Juifs habitant la partie orientale ou la vieille ville de Jérusalem, ainsi que la remise en service de deux synagogues de la vieille cité de Jérusalem. Celles-ci avaient été dynamitées en 1948. Les deux édifices religieux juifs ont été reconstruits à l’identiques, sur leurs propres ruines. C’est ce que Juppé, et vous-même condamnez, appelant cela une « judaïsation ».
La moins ancienne des deux synagogues était entrée en activité en 1700, avec l’accord de l’autorité ottomane. Construite peu après la destruction du second temple, l’autre était en 1948 la plus ancienne construction de toute la ville. Judaïsation illégitime, leurs reconstructions à l’identique, sur leurs propres poussières et gravats noircis?
Peut-être me donnerez-vous les réponses que j’attendais de Monsieur Juppé ?
Mon courrier,-resté sans réponse du Ministre et de ses services-, lui demandera : comment pouvait-on, sans avoir le nez qui s’allonge, s’allonge, dire de la présence juive : qu’elle était illégitime et « colonialiste », colonialiste et illégitime dans une ville où en 1903 les Juifs étaient 42000, pour 7500 musulmans (arabes, bédouins et autres), selon les chiffres officiels du fisc ottoman ?
Comment pouvait-on honnètement dire qu’étaient colonialistes et illégitimes les Juifs résidant dans une ville où, en 1843, ils formaient plus de 50% des habitants, pour moins de 25% d’arabes musulmans ?

Colonialiste et illégitimes les Juifs, dans une ville où ils étaient la presque totalité en 1695 ?

Madame Aubry, auriez-vous de commun, avec votre condisciple, l’énarque Juppé, de continuer à qualifier de « colonialiste » la présence des Juifs, dans leur capitale politique et morale de toujours, dans leur capitale politique et morale depuis la plus haute antiquité et tout autant depuis les cinq derniers siècles ?

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