Madame Badinter, dois-je vous apprendre, à votre âge, ce qu'est vraiment le fascisme ?

Madame Badinter,
Ainsi, sous votre plume ou sous celle de votre interviewer, j’apprends être, selon vous, « un facho ». Madame, dois-je vous apprendre, à votre âge, qui n’est pas beaucoup plus grand que le mien (nous n’avons que trois mois d’écart, je crois), ce qu’est le fascisme et, par conséquent, ce que sont les fascistes, ou « fachos » dans le langage sommaire de lycéens peu au fait ou dans celui de politicards de la « bobotitude » qui mélangent tout sciemment, autant que par ignorance.

Pour le mouvement ouvrier, -mais peut-être que pour l’héritière et l’actionnaire d’une entreprise de presse d’une taille appréciable, le mouvement ouvrier n’est pas la référence ?- pour le mouvement ouvrier, disais-je, le fascisme est un système politique qui a pour caractéristique de détruire toutes les formes de représentations indépendantes de l’ État. C’est un système de nature totalitaire qui s’approprie toutes les organisations, mêmes les plus modestes, et les soumets à la volonté du centre, le chef, le Duce, le Führer, le conducator, le Guide suprême…

On s’est interrogé sur le stalinisme. Était-ce un fascisme ? Je ne vous ferai pas l’offense de penser que vous n’avez pas lu Trotski ou Vassili Grossman, ce Juif de l’époque de Staline, qui montre l’identité entre le totalitarisme du Géorgien et de sa bureaucratie, avec leur NKVD, et celui du caporal Autrichien avec ses SS et sa Gestapo. La différence entre les deux résidant dans le fait que les uns font mourir par la famine des millions d’Ukrainiens, comme déclinaison de la « lutte des classes » qui s’exacerbe, tandis que les autres exterminent les Juifs en leur qualité de personnification insupportable du capital et… du communisme ayant provoqué la révolution et la défaite militaire de l’Allemagne en 1918.

Depuis l’âge de 15 ans, je me consacre à l’organisation du mouvement ouvrier. Et encore aujourd’hui, mes semaines sont de pas loin de 50 heures pour aider des salariés – très souvent des hommes et des femmes venus d’Asie, d’Afrique noire ou d’Afrique du Nord – à se syndiquer, à constituer des sections syndicales ou des syndicats.

Je les aide à défendre leurs droits devant les tribunaux du travail et… selon vous, je serai un « facho », un fasciste parce que j’écris dans la Riposte Laïque? Accusation odieuse et grossière qu’on aurait crue réservée à Vychinski et à ses héritiers.
Madame, vous me décevez beaucoup.

Vous ne me décevez pas parce que vous êtes une héritière et une des grandes fortunes de ce pays. Mon arrière-grand-père, Szya Waldman, n’était probablement pas moins fortuné que votre papa, c’était un industriel à la tête d’une grosse usine textile d’Ozorków en Pologne. La révolution russe l’a ruiné.

Vous me décevez parce que, pour avoir effectivement observé que les formations politiques se prétendant les outils de la démocratie politique dans ce pays, ont toutes baissé les bras devant l’offensive cherchant partout à étouffer progressivement ou violemment les normes républicaines et la laïcité pour obtenir un « ordre » selon la charia, nous serions des « fachos ».

Monsieur Askolovitch vous a-t-il prêté ces paroles ou sont-elles l’émanation de votre pensée ? Si c’est le cas, dîtes-moi, Madame, c’est quoi quelques dizaines de salafistes défilant librement dans les rues du 18ème arrondissement, scandant « mort aux Juifs ! Égorgeons les Juifs ! ». Est-ce que, précisément, ce n’est pas cela le fascisme ?
Le fascisme, est-ce que ce n’est pas l’émergence de bandes permanentes de nervis prêts à vous tuer, en tout cas l’exprimant ouvertement, aujourd’hui parce que vous êtes juif, demain parce que vous ferez la grève ?

Pour le sieur Askolovitch, ces candidats au meurtre de Juifs, ça n’aurait rien d’inquiétant… Faut-il dès lors s’étonner que le mini pogrom de Vigneux de samedi passé et que l’encerclement du commissariat par des dizaines de complices de l’agression antisémite, pour obtenir la remise en liberté des agresseurs, soient passés inaperçus des médias français et de celui qui emploie votre interviewer.

Le fascisme, j’ai presque honte d’avoir à vous le rappeler, Madame, c’est précisément le régime politique qui écrase les Iraniens depuis 32 ans. C’est ce à quoi rêvent les salafistes qui invitaient à « égorger les Juifs » en défilant dans les rues du 18ème pour se rendre à la caserne devenue mosquée, c’est l’idéal de l’émeute raciste de Vigneux. Non ? Vous n’êtes pas d’accord ?
A vous lire, peut-être ?

Alain Rubin

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