Madame Badinter, il n’y a pas de faute morale plus grave que de se renier

Publié le 5 octobre 2011 - par - 2 265 vues

Madame Badinter, j’ai fait un rêve… J’ai cru un moment que le souci de la vérité serait plus fort pour vous que l’allégeance à un quelconque camp. Vous avez en effet énoncé récemment quelques paroles de simple bon sens : oui, aujourd’hui la laïcité, socle de nos valeurs républicaines, est devenue un gros mot. Il a été détourné tragiquement de son sens : neutralité de l’espace public et non ouverture aux religions. La laïcité c’est le souci de préserver l’espace commun des intolérances, inhérentes aux religions. La laïcité est alliée de la Raison et garante de la paix civile, elle est l’aboutissement patient de siècles de combat contre l’obscurantisme, elle est fille des Lumières. Votre long travail de réflexion et d’écriture n’est il pas un apport à ces Lumières qui ont sorti l’humanité des ornières de l’ignorance ?

Fidèle à vous même, vous avez dit l’évidence : ce pays dérive dangereusement hors des chemins de la liberté d’expression. Parce que vous avez affirmé une vérité – dans le camp politique, seuls en effet Marine Le Pen et Manuel Valls (qui par ailleurs prône le financement public des mosquées) défendent encore la laïcité – toute la bien-pensance médiatique vous est tombée dessus et en a déduit que vous étiez proche de Marine Le Pen, dans un raccourci inadmissible intellectuellement. On peut reconnaître à un/e adversaire une qualité, sans pour autant partager ses positions. On n’est pas obligé de coïncider sur tout, parce qu’on coïncide sur un point. En pratiquant l’amalgame et le raccourci, on reste dans le champ du ragot, pas de la pensée. Mais aujourd’hui on ne débat plus, on fait des procès d’intention. Vous avez cédé à l’intimidation, vous avez préféré rentrer dans le rang, plutôt que de tenir bon. Il n’y a pas de faute morale plus grave que de se renier.

Vous n’étiez pas obligée d’insister sur le fait que vous n’aviez rien à voir avec M. Le Pen, on le savait déjà, là n’était pas l’important. Vous n’aviez pas besoin d’employer ces termes injurieux et infondés qui sonnent mal dans votre bouche « les fachos de Riposte Laïque ». J’écris à Riposte Laïque, j’ai rarement rencontré autant d’esprits libres et courageux que dans ce média. Vous avez l’habitude de vous fier au texte, alors ne dérogez pas à cette saine pratique intellectuelle et faites vous une idée par vous mêmes. Lisez Riposte Laïque, vous éviterez les clichés. Par contre vous auriez fait avancer le débat, vous auriez été fidèle à vous même en persévérant dans votre jugement : ceux qui défendent aujourd’hui la laïcité dans ce pays sont minoritaires et c’est grave. Les politiques, les médias , les élites en un mot, sont en train de trahir toute une histoire et un héritage.

Vous aussi, madame Badinter, vous rentrez dans le rang du bien penser ! Vous qui êtes si prompte à donner des leçons, entre autres aux féministes, souffrez qu’on vous retourne la politesse. Rien ne mérite qu’on renonce à l’exigence de vérité. Surtout pas le souci de reconnaissance.

Anne Zelensky

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