Madame Benguigui, Monsieur Placé, ne venez surtout pas aux obsèques des deux gendarmes…

Vendredi aura lieu l’hommage national aux deux gendarmes abattues par un « forcené » (évidemment), »connu des services de police »(ben voyons!), « chance pour la France »(ah, tout de même…) que sa compagne affuble du gentil sobriquet de « bébé » même quand il règle leur compte à coups de flingue aux émissaires de la force publique.

Je souhaite qu’à cette occasion, Madame Benguigui et Monsieur Placé n’aient pas à endurer une fois de plus la corvée représentative dans une cour de caserne ou, pire encore, dans un quelconque de ces lieux de piété où l’on se recueille en mémoire des disparus.

Nos gouvernants ont droit à des égards. Leur emploi du temps ne peut être encombré de ces cérémonies superfétatoires dont je crains, hélas, qu’elles soient appelées à se multiplier dans les mois et les années qui viennent. Je suggère donc qu’à l’avenir, les hommages nationaux soient diffusés par Internet, libre ou non aux citoyens de balancer illico à la corbeille le courriel en question.

Si par malheur Madame Benguigui et Monsieur Placé se voyaient sommés d’assister physiquement à ces minutes-là de silence, voici quelques propositions de parade à l’ennui. Discrétion et efficacité.

Madame Benguigui mâche des gommes quand la Nation médite, ce qui fait un bruit lancinant voire désagréable. La succion de fraises Tagada est un élégant moyen  de se sucrer la gorge sans importuner ses voisins. Le loukoum, très tendance, peut aussi être consommé dans le silence de rigueur. Problème : il donne soif. Aussi, plutôt qu’une bouteille en plastique aux disgracieux effets de couleur, je recommande la poche plate sous le marcel, munie d’un fin tuyau et d’un embout buccal, type Tour de France, dispositif dont on sait qu’il permet également d’inhaler des stimulants comme l’eucalyptus, le tilleul, l’oxygène concentré, le beaujolais ou la farine colombienne, c’est selon.

Monsieur Placé adresse quant à lui des SMS quand ses pairs songent aux couleurs des rideaux dans leurs bureaux ministériels. Les prothèses auditives ayant fait quelque progrès, je lui suggère des implants cochléaires modèle sourds profonds, avec connexion satellite et micro dans la moustache qu’il convient dès lors de laisser pousser. Le petit côté gaulois-Jean Ferrat étant la récompense de cet effort.

Reste la problème de la nausée que ces personnages peuvent éprouver à entendre des mots dont ils n’ont strictement rien à foutre. Là, deux méthodes traditionnelles pour se vidanger l’estomac : l’ipéca ou le doigt au fond de la bouche. Et une troisième, tout aussi agressive : écouter les Grandes Gueules sur Radio Monte-Carlo. Tout ce qu’ils auront eu envie de dire sans oser le faire est beuglé, la matinée durant, par chroniqueurs interposés. 

Pauvres femmes gendarmes du sud français. Leur assassin aurait dû méditer depuis longtemps sur la condition humaine au fond du Maghreb. Au lieu de quoi il trouvera au frais du contribuable des avocats, des procureurs, des psychiâtres et des juges pour estimer que tout compte fait, la société lui doit bien une télé dans sa cellule.

Ipéca ou doigt dans la gorge?

Alain Dubos

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