Mahiedine Mekhissi, champion d'Europe français, est-il obligé de prier sur la piste ?

Je suis, comme tout le monde, sous le charme de cette équipe de France d’athlétisme qui, avec 8 titres, et 18 médailles, a dépassé les espoirs mis en elle. Comme tous les téléspectateurs, j’ai été conquis par l’esprit d’équipe qui animait ces athlètes, et je ne suis pas prêt d’oublier cet instant où Renaud Lavillenie, qui vient de gagner le saut à la perche, interrompt son tour de piste lorsque l’hymne national retentit, rendant hommage à la victoire de Myriam Soumaré, sur le 200 mètres féminin. Renaud, chantant La Marseillaise, quel contraste avec les petites frappes Ribery, Anelka et autres sélectionnés du pantin Domenech, qui montraient un mépris insupportable pour l’hymne national, le drapeau, et le pays.

Ribery et Anelka en action, sous le maillot de l’équipe de France
Chapeau bas au directeur technique national, Ghani Yalouz, ancien champion de lutte, qui a su insuffler à cette équipe un état d’esprit exceptionnel, qui contraste, là encore, avec le bilan d’un Raymond Domenech.
Ce dernier avait transformé l’équipe de France de football en une équipe du 9-3, dirigée par des racailles où tentaient de survivre un Gourcuff ou un Toulalan. Dans cette équipe d’athlétisme, on retrouve la France qu’on aime, avec ses enfants de la diversité, mais aussi des Gaulois, comme le signale, avec ses mots, Brigitte Bré Bayle, rendant hommage, entre autres, au sprinter Christophe Lemaitre.
J’ai, bien avant que Riposte Laïque n’existe, été toujours très vigilant, quant au respect de la laïcité dans la pratique du sport. Moi-même, ancien footballeur – de modeste niveau par rapport aux internationaux – j’ai joué près de dix ans avec Gédéon, un pasteur évangéliste tchadien, aux avant-postes de l’attaque de mon club. Jamais celui-ci n’a fait le moindre signe de croix, quand il marquait un but, ou bien quand il rentrait ou sortait du terrain.
Aussi avais-je montré mon exaspération, en 2003, quand le coureur de 1500 mètres Mehdi Baala, nous imposait ses prières, sur les pistes d’athlétisme, après ses courses, victorieuses ou pas. (1)
Dans le même temps, je me suis permis de m’indigner devant les prières de Ribery, très démonstratives, avant le coup d’envoi des matches de l’équipe de France, et me montrais surpris que personne ne lui rappelle quelques règles. (2) Les langues se sont déliées, depuis, et on a vu, grâce au témoignage de l’ancien international de football, Vikash Dhorasso, que Domenech n’hésitait pas à commander du halal pour l’ensemble de l’équipe de France. (3)
Il y a deux ans, à Pekin, le coureur de 3000 mètres steeple, Mahiedine Mekhissi, s’était, tel un Mehdi Baala, permis de faire sa prière sur le drapeau français, après sa brillante deuxième place aux Jeux Olympiques. Riposte Laïque avait fait partie des rares médias à protester (4).

Mahiédine Mekhissi, à Pekin, en 2008
Hier, après sa remarquable victoire, ce champion n’a certes pas été aussi loin. Mais il s’est permis, pendant une dizaine de secondes, assis sur la piste, de faire ses prières d’une manière suffisamment démonstrative pour que personne ne puisse l’ignorer. Ce fait pose plusieurs questions. Je n’ai pas vu, lors de ces épreuves, un seul athlète prier d’une manière aussi visible. Certes, les bien-pensants – je les connais par coeur – me parleront des signes de croix effectués par des athlètes, en rentrant sur un stade, ou avant le départ d’une épreuve. Cela n’a rien à voir. La prière de Mekhissi, à Pekin ou à Barcelone, pourraient se comparer à celle d’un athlète catholique qui se mettrait à genoux, pour faire sa prière, sur le stade, en faisant des signes de croix de manière spectaculaire. Or, je n’ai jamais vu cela, dans aucun pays au monde, sur un stade. Par exemple, Johnatan Edwards, extraordinaire champion britannique de triple saut, ne cachait pas sa foi, dans le privé. Il ne l’a jamais manifesté sur un stade.
Donc, pourquoi faut-il, pendant quinze jours, que l’acte prosélyte religieux le plus spectaculaire de ces championnats soit le fait d’un athlète français, pays de la laïcité, par ailleurs musulman ?

Myriam Soumaré, sur un stade d’athlétisme
De même, ne convient-il pas de s’interroger sur cette autre championne remarquable, pétillante, très agréable qu’est Myriam Soumaré. A Barcelone, aucune ambiguïté, quant à sa tenue vestimentaire, ni ses attitudes. Pourtant, on voit qu’à Sarcelles, quand elle s’entraîne, elle ne cache pas sa foi musulmane, ni les signes qui vont avec. On a vu dans de nombreux reportages, dans sa ville, qu’elle ne se départit jamais de son bandana, dont on sait qu’il constitue souvent un pré-voile, qui a tendance à s’allonger dès qu’on relâche la vigilance. On ne peut que s’interroger. S’il n’y avait pas, en France, des personnes qui rappellent aux athlètes certains principes, ne serait-elle pas tentée, à l’instar de la sprinteuse du Bahrein, Rakia al Gassra, de montrer, par sa tenue, sa foi, sur les stades, et d’y imposer le voile ? (5)

La sprinteuse du Bahrein, Rakia al Gassra
Cette équipe de France est magnifique, et il ne s’agit pas de jouer les ronchons rabat-joie. Mais elle gardera cet esprit si ses dirigeants sont capables de rappeler les principes fédérateurs qui doivent unir tous les champions, dont la laïcité. Nous ne devons jamais voir sur un stade un bandana ou un voile sur la tête de Myriam Soumaré, et Mahiédine Mekhissi ne doit pas jouer les musulmans de la rue Myrha, et nous imposer ses prières sur la piste.
Prier, quand on est musulman, serait-il donc un besoin aussi impératif que celui de manger, boire, dormir, uriner ou câliner ? Dans ce cas, pourquoi seuls les hommes, à l’instar de Baala ou de Mekhissi, ou des adeptes de la Goutte d’or, éprouvent-ils le besoin de le faire ? Cela ne peut pas attendre un peu d’intimité ?
Se contenter, quand on est croyants, de prier dans des lieux adaptés à cela, cela s’appelle le respect des autres, la séparation entre la sphère privée et la sphère publique, et tout simplement accepter des principes laïques qu’un athèle, quand il porte le maillot de l’équipe de France, se doit de respecter.
Cela vaut pour quiconque aurait envie de prier devant une croix chrétienne, un mur des lamentations, un poster du dalaï lama, ou quelque adepte d’un quelconque dictateur. Mais force est de constater, dans le monde des sportifs, que c’est à quelques musulmans français – les autres, même issus des théocraties religieuses, sont plus discrets – qu’il convient de faire régulièrement ces rappels.
Pierre Cassen
(1) [http://www.fairelejour.org/spip.php?article343->http://www.fairelejour.org/spip.php?article343]
(2) http://www.ripostelaique.com/Les-prieres-de-Ribery-ont-elles.html
(3) [http://www.ripostelaique.com/Anelka-et-Ribery-ont-ils-impose-le.html->http://www.ripostelaique.com/Anelka-et-Ribery-ont-ils-impose-le.html
(4) http://www.ripostelaique.com/Apres-la-sprinteuse-voilee-priere.html
(5) http://www.ripostelaique.com/Le-voile-fait-sa-force-ou-la.html

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