Mai 1962 : Comment le général Salan, chef de l’OAS, a sauvé sa tête ?

Je « couvre » pour les quotidiens « L’Aurore » et « Le Méridional »  les procès des généraux Salan et Jouhaud.

Je suis entouré par les écrivains Jacques Perret et Jean-Raymond Tournoux. Celui-ci me répète une phrase que lui a dite de Gaulle la semaine précédente et qui l’a choqué énormément : « Ce n’est pas un Français comme vous et moi. C’est un Pied Noir»

Il s’agissait justement du général 5 étoiles de l’Armée Française Edmond Jouhaux.

Le 15 mai 1962 le général Salan, lors de son procès, revendique hautement sa responsabilité entière en tant que chef de l’OAS :

« Je suis un général français représentant l’armée victorieuse et non l’armée vaincue. A la différence de celui qui vous demande licence de me tuer (de Gaulle) j’ai servi le plus souvent hors de métropole.

            Quand par deux fois, l’heure du péril a sonné pour la vieille métropole, j’ai vu les peuples de l’empire accourir à son secours.

            Quand on a connu la France du courage, on n’accepte jamais la France de l’abandon.

            Je suis sorti de la légalité mais ce n’était pas la première fois.

            J’ai préparé, sans la réaliser, une opération militaire sur la métropole, sur Paris, opération décidée par celui qui devait en être le bénéficiaire, le général de Gaulle, alors simple particulier.

            Ceux qui ont été bafoués et trompés avec moi, c’était les soldats vivants et morts de l’armée d’Algérie, leurs camarades de métropole et tout ce peuple confiant et fort, toutes races confondues.

            Si j’ai trompé le peuple d’Algérie et l’armée en criant « Vive de Gaulle », c’est parce que j’ai été trompé moi-même.

La mission qui m’a été confiée était de garder l’Algérie à la France et de la garder française. De Gaulle m’a affirmé : « que l’Algérie resterait française et que la France ne nous abandonnerait jamais.

            Je dis cela sans haine, mais j’ai grande amertume en constatant combien la perte de la province algérienne nous coûte, et singulièrement en ce moment où nous allons être privés de ce pétrole que nous avons fait jaillir des étendues vides du Sahara.

            J’essaye toutefois de m’expliquer les variations du général de Gaulle dans sa politique algérienne, dans ses relations avec moi, et je pense à ce que me disait, le 12 avril 1945, dans une chambre de Baden-Baden, André Malraux, (alors colonel Berger), commandant la brigade Alsace-Lorraine qui entrait dans la composition de ma 14 » D.I.

« Le mensonge de la seconde, le mensonge de la minute, le mensonge de l’heure, le mensonge du jour, le mensonge de la nuit, toujours le mensonge… »

            Utiliser le mensonge comme arme, couvrant la raison d’Etat, est un acte terrible lorsque des hommes, pour cette même raison d’État, meurent dans l’obéissance aux ordres partis d’en haut ».

            Il est donc prouvé que de Gaulle, alors simple citoyen, organisait, en 1958, un complot contre l’État français avec intervention de l’armée dans le cas où on ne lui aurait pas offert le pouvoir d’une manière constitutionnelle.

            Le général Salan a refusé d’y participer.

(Nous verrons que cela se reproduira un peu plus tard, en 1968, avec son appel au général Massu)

Ce que l’on sait moins, ce sont les circonstances exactes et exceptionnelles dans lesquelles le général Salan a sauvé sa tête.

Les jurés sont réunis et il est plus que probable qu’une condamnation à mort sera votée.

De Gaulle la veut et même l’avocat de Salan, Maître Jean-Louis Tixier-Vignancour, en est intimement persuadé.

Que se passe-t-il donc dans le secret de la salle des délibérations ? L’un des jurés, Pasteur Vallery-Radot (membre de l’Académie de Médecine, membre de l’Académie Française, grand-croix de la légion d’honneur, ex député RPF, etc.) sort un revolver de sa poche et avertit :

« Je vous préviens, si vous votez la mort de Salan, je me tue, là devant vous ! ».

On peut imaginer la stupeur qui s’empare des autres jurés et des magistrats.

Si cela se produisait, sur un plan technique il faudrait reprendre le procès à zéro mais sur le plan émotionnel le scandale serait énorme, international.

Or aussi bien les magistrats que les jurés savent que Pasteur Vallery-Radot ne cherche nullement à les influencer mais qu’il se tirera très certainement une balle dans la tête.

Les jurés ont voté les circonstances atténuantes.

Le général Salan a sauvé sa tête et de Gaulle a presque perdu la sienne car il est entré dans une colère noire en l’apprenant.

« Le haut Tribunal militaire commet un affront à mon égard. On n’a pas fait le procès du général Salan, on a fait le procès du général de Gaulle. Il faut désavouer ce Haut Tribunal et je ferai exécuter Jouhaud. Il faut fusiller Jouhaud. Je rejetterai le recours en grâce. »

Le général Jouhaud emprisonné attendra son exécution durant 229 jours avant d’être gracié et dirigé vers la prison de Tulle. Il sera amnistié en 1968.

Cette anecdote dramatique m’a été racontée par Maître Jean-Louis Tixier-Vignancour en personne.

Manuel Gomez

(Davantage de détails dans mon livre « J’accuse De Gaulle » – Edition 2016)

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33 Commentaires

  1. Quel rapport avec la laïcité? La guerre d’Algérie est terminée; vouloir réouvrir les éternels débats là dessus, ne sert à rien.

    • cadichon
      Pourquoi la laïcité ? Il n’y aurait que la laïcité qui vous importe ?
      Quant à la guerre d’Algérie, elle est toujours d’actualité, plus que jamais.
      Tous les articles de Manuel Gomez nous rappellent l’Histoire de la France de cette époque qui est à l’origine de tous nos problèmes d’aujourd’hui.
      L’abandon de l’Algérie a sonné le glas de notre civilisation.

    • …/… ne sert à rien ?

      Le billet de Manuel Gomez n’a pas pour objet de ré-ouvrir les éternels débats sur la guerre d’Algérie.

      Mai 1962, procès du général Salan, sans oublier ceux de R. Degueldre, de Jean-Bastien Thiry, de Hélie de Saint-Marc… qui s’opposèrent à l’abandon de l’Algérie,

      Aujourd’hui, ce sont celles et ceux qui réclament l’indépendance de la France qui sont poursuivis par la justice.

      • D’autant plus que ça sert que les algériens de France ne cessent de nous réclamer une repentance qui les arrangent bien n’ayant eux, rien à se faire pardonner, de leur point de vue ! Tout en ayant de cesse de venir chez l’ancien colonisateurs honnis afin d’en sucer la substantifique moelle via les aides sociales et autres rapines !

        • une repentance,certes,mais surtout des allocs et des droits outranciers!

    • é…les éternels débats là-dessus ne sert à rien.. » Cela sert effectivement à rétablir l’histoire d’une époque en montrant la réalité du soi-disant grand homme qui, en fait, était un dictateur !

    • « La guerre d’Algérie est terminée » !?
      Sans doute mais le [;] ne convient pas après une telle affirmation. Il aurait fallu […], parce que si l’on considère que le 19 mars 1962 marquait la fin de la guerre d’Algérie, force est de constater – avec le recul – que ce même jour « la guerre de France commençait ».
      Il ne s’agit pas là d’une vaine figure de style de ma part. Il suffit de lire l’histoire avec clairvoyance : aux massacres sur place des Européens, des supplétifs (harkis), aux meurtres et enlèvements de soldats du contingent après le 19 mars il faut ajouter que dans le cadre des « accords » sont arrivés en France des contingents de « travailleurs » envoyés par le FLN, en fait des individus extraits des prisons pour crimes et délits – une avant garde mercenaire en quelque sorte.

      • Le 19 mars 62, n’est qu’un chiffon de papier que seul l’armée et l »Etat français appliquera ; les tueurs du FLN s’en sont donné à coeur joie pendant des mois en toute impunité ! Entre les forces locales, complètement bidon, les bandes de pillards démobilisés et desoeuvrées, une ALN qui dont la future mission ne sera que de brider le peuple algérien, et un armée française muselée, les attentats de l’OAS pour essayer de reprendre la main, la désespérance des harkis livrés pieds et point liés aux bouchers FLN, ainsi qu’un avenir sans horizon des PN fuyant pour sauver leurs vies, l’amertume des officiers français dont l’armée était vainqueure sur le terrain, nous avons tous été trahis par les politiques français. Histoire vécue : j’étais là bas, apellé de mai à sept. 62. Pas beau à voir !

  2. « 40 millions de Dunkerque à Tamanrasset » , moi, fils de militaire du Régiment Colonial des Transmissions, ayant vécu en Algérie avec mon père et ma famille dans un village, Montenotte, à 100 kilomètres d’Orléansville, du printemps 1960 à l’hiver 1962, je ne l’ai pas oublié. De Gaulle nous a trahi (e)s, Francaises et Français, militaires, Harkis et Pieds Noirs. Et les descendants des fellaghas du FLN nous colonisent à rebours aujourd’hui…

  3. DE,Gaulle simple citoyen préparait donc un coup d Etat militaire,
    quand on pense que Guaino a refuse d appeler a voter MLP a cause de  » l histoire du fn »sic, ce farceur devrait lier mr Gomez

  4. Hier, j’ai rencontré des Français sexagénaires qui n’avaient jamais appris que l’Algérie constituait 3 Départements français jusqu’en 62.
    C’est l’ignorance qui nous rend esclaves.
    C’est l’ignorance qui porte un Macron au pouvoir.
    Continuez Monsieur Gomez ! Racontez nous NOTRE histoire ! 66% d’ignorants et de français de papiers ont besoin de vous.

    • N’y avait il pas plutôt 12 départements en Algérie en 1962 ?

  5. Il aurait fallu garder la partie saharienne du Sahara, afin de conserver le pétrole !
    Après tout les français avaient parfaitement, le droit de faire cette partition , puisque c’est eux qui ont crée l’ Algérie !

  6. Pour les nostalgiques de l’Algérie j’ai remis sur mon dernier blog qui me reste un article. Non seulement je j’ai vécu cette saloperie de guerre d’Algérie mais en plus après l’indépendance j’irai passer d’innombrables années à étudier ce pays.. Donc je n’épiloguerai plus sur le sujet, je connais trop bien l’histoire. Je quitterai ce pays à cause d’un certain Bouteflika qui me traitera de néo-colonialiste le mercredi 24 juin 1970. Drôle en juillet 1972, les français venus de France se ruèrent sur les embarcadères, deuxième exode:
    http://islamdanger.forumgratuit.org/t143-pour-les-nostalgiques-de-l-algerie

    • Que faites vous là , savent ils ceux qui lisent Riposte Laîque que vous crachez sur Nouvelles de France , sur les PN , apparemment pas , puisqu’ ils vous laissent vous exprimer !

  7. Je l’ai commencé comme promis .Passionnant à lire , il vaut le coup et rabaisse le caquet des gaullistes invétérés

  8. Y a t il un general Salan aujourd hui, un general Jouhaud, un general Challe, un general Zeller pour prendre le pouvoir afin de mettre un terme a l islamisation galopante du pays, decide et planifie par des traitres innomables qui meriteraient mille fois d etre passes par les armes ? Ce que le marechal al Sissi a fait en Egypte est l exemple a suivre. Il suffit juste d en avoir une paire dans la culotte. Mais ca, au pays des eunuques, c est ce qui manque le plus !

    • Hélas personne ne bougera, car nous sommes dans un autre contexte politique, soumission à l’ Allemagne et aux pays musulman ?

    • Il ne reste plus qu’une majorité de généraux tels que Ailleret et Katz.

  9. Il faut aussi s’arrêter un peu sur la phrase d’André Malraux et se rappeler que la Vème République est née dans le mensonge…

  10. Garder l’Algérie à la France ;tout un programme …mais personne ne dit comment il
    eût fallu s’y prendre compte tenu du rapport de force : 9 millions d’algériens arabo-musulmans contre 1 million d’algériens français .

    • Remarque idiote ! Les habitants de francekipu sont décérébrer par la propagande et la falsification de l’histoire !

      En réalité, la majorité des musulmans étaient vraiment très tièdes pour l’idée d’indépendance. Les situations, militaire et sécuritaire, étaient maitrisées.

      La France a créé l’Algérie qui n’était qu’une province de l’empire ottoman avant 1830, sans frontière avec les contrées voisines.

      Mais c’était la guerre froide. Les communistes jouaient contre les puissances européennes en poussant les populations indigènes à se révolter. De leur côté, la disparition des empires européens, arrangeait les USA, plus que l’indépendance des « niakwés ».

      • Et les communistes français, traîtres à la nation, n’ont jamais été inquiétés ni jugés mais font tout pour que les vérités sur cette époque ne s’étalent pas sur les tables des historiens et du peuple et pour cause. Depuis 45 ils vivent sur des mensonges que les médias nous invitent à prendre pour des vérités !

      • Les révolutions sont toujours conduites par des minorités .La grande masse des algériens n’avait pas la moindre culture politique .

    • Comment Pizarro a t-il fait pour conquérir l’empire inca avec 180 hommes et 4 canons ?

      • + les 6 000 guerriers des tribus libérés de la tyrannie sanguinaire Aztèque et encore ils ont eu chaud, l’affaire à faillit très mal tourner.

  11. Pasteur Valery-Radot est un très grand homme,un héros,je pense net écris « honne’urs aux généraux Salan,Jouhaud,Challe et Zeller.
    C’étaient d’immenses soldats,qui ont assumé leurs convictions.
    Très grands respects à eux,en provenance d’un soldat.

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