Maintenant qu’il est « pour tous », le mariage civil a-t-il encore une valeur rituelle ?

Publié le 25 mai 2013 - par - 894 vues
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Les jeux sont faits. Les Assemblées ont voté, le Conseil constitutionnel a avalisé et le Président a promulgué, donnant ainsi le départ à une dérisoire course à l’échalote destinée à couronner le maire bien-pensant qui célébrera le premier mariage homosexuel. Pendant ce temps, les opposants ne désarment pas, promis juré, ils ne lâcheront rien, rendez-vous à la prochaine manif (jusques à quand ?…), tandis que les ténors de la droite traditionaliste s’engagent à faire abroger un jour cette loi scélérate – mais c’est plus facile à dire qu’à faire.

Aucun de leurs arguments, en effet, ne paraît décisif. L’argument religieux (d’ailleurs rarement mis en avant) ne convainc que ceux qui veulent bien y croire ; celui de la tradition (« ce qui existe est bon, donc doit exister ») est une tautologie ; quant à celui de la nécessité de se conformer aux lois dites « naturelles » (1) (dans le cas présent : « un homme et une femme pour la procréation »), il n’est pas recevable car il y a belle lurette que ces lois ont été transgressées : Depuis que l’humanité existe, elle n’a cessé de se construire des modes de vie (hérédité culturelle) capables de la protéger contre les aléas de la nature en général et de sa propre nature (hérédité génétique) en particulier. Le principe d’égalité, gravé dans le marbre par notre République, en est un bel exemple, allant à l’encontre de l’inégalité fondamentale des êtres vivants et de la sélection naturelle qui exploite cette inégalité pour favoriser l’évolution des plus aptes. Or c’est précisément sur la base de ce principe d’égalité que le législateur vient de décider l’accession des homosexuels au statut matrimonial, au nom de valeurs culturelles qui n’ont rien à voir avec la nature.

Et ce n’est peut-être pas fini, car on voit mal quels arguments pourraient désormais s’opposer à d’autres innovations telles que la polygamie, que ne manqueront pas de réclamer certains musulmans – c’est déjà le cas à Mayotte (2). Voilà en perspective de passionnants débats, tout aussi stériles que ceux sur le mariage homo, et qui comme eux se termineront dans la rue face aux forces de l’ordre, avec peut-être quelques « dégâts collatéraux »… Dans de telles situations où aucun argument n’est décisif et où l’Homme avance « dans un monde inconnu qu’il va explorer en le façonnant à sa guise » (Patrick Clément op. cit. cf. note 1), le seul recours serait de faire appel, par référendum, à la décision du peuple souverain : Chacun s’exprimerait alors « en son âme et conscience », en intégrant tous les arguments – ceux qui sont rationnels et ceux qui ne le sont pas. Non que le peuple ne puisse pas se tromper, mais sa décision, quelle qu’elle soit, préserverait la paix civile. Malheureusement, à la différence de nos voisins Suisses, nous n’avons pas la culture de la « votation », et cela est une grave lacune de notre démocratie.

Pour autant, il n’est pas dit que certains ne finiront pas par s’exprimer – à leur manière. En effet, en faisant accéder les homosexuels au mariage civil, nos dirigeants ont détruit un des derniers liens qui l’unissaient encore à son homologue traditionnel consacré par la religion : en réalité, ce mariage civil est en train de devenir une sorte de Pacs amélioré, objet de consommation plutôt que rituel d’engagement familial. Tant qu’à en arriver là, il aurait été plus simple (et surtout plus honnête) de le supprimer : Simili sacrement créé par la Révolution pour confisquer à l’Eglise la gestion de l’état civil, il a depuis perdu son utilité, d’autant qu’il est aujourd’hui concurrencé par le Pacs – j’ai soutenu cette opinion dans un précédent article (3). On peut par ailleurs se demander jusqu’à quel point la gestion de rites relatifs à la vie privée des citoyens doit faire partie des attributions de l’Etat : Pour ma part, j’aurais tendance à penser que l’institution républicaine adéquate devrait être un contrat d’union civile à géométrie variable (adaptable aux « homos », « bi », « trans », et pourquoi pas aux polygames et aux amateurs d’amour en groupe), plutôt que la copie d’un rite matrimonial particulier, en l’occurrence celui hérité de nos racines judéo-chrétiennes… Quoi qu’il en soit, les seuls couples encore susceptibles d’apprécier le mariage civil (avantages matériels mis à part) étaient, jusqu’à présent, ceux qui souhaitaient ritualiser la fondation d’une famille traditionnelle. Or aux yeux de ces gens-là, l’institution est en train de perdre toute crédibilité – ils le feront savoir.

Qu’est-ce qui empêchera, en effet, les chrétiens engagés et autres traditionalistes de boycotter le nouveau « mariage pour tous » ? En théorie la loi, qui fait du mariage civil une obligation préalable à toute cérémonie religieuse, le ministre du culte étant responsable de s’en assurer sous peine de poursuites : il risque six mois d’emprisonnement et 7.500 € d’amende (4). Mais en pratique ?… Au nom de quoi la République, qui « ne reconnaît […] aucun culte » (loi du 9 décembre 1905), peut-elle exiger d’un religieux qu’il se comporte en auxiliaire de police ? Une telle obligation, qui peut être considérée comme une atteinte à la liberté de conscience, ne manquerait pas, d’après un juriste dont on lira avec intérêt l’argumentaire (5), d’être le cas échéant sanctionnée par la Cour européenne des droits de l’homme. Les opposants sont donc en position de force pour demander l’abrogation de cette disposition, si besoin au moyen de la désobéissance civile. À tout le moins pourront-ils, s’ils souhaitent bénéficier des droits familiaux et patrimoniaux attachés au mariage civil, ne faire de celui-ci qu’une simple formalité administrative, hors du contexte cérémoniel et festif du mariage religieux. Beau camouflet en perspective pour les promoteurs de cette union dite « pour tous »…

« L’ouverture » du mariage civil aux homosexuels (sans préjudice d’une future « ouverture » à la polygamie) lui fait perdre sa valeur rituelle d’antan, donc sa dernière raison d’être en tant que mariage au sens traditionnel – je ne juge pas, je constate. Mais cette manœuvre politique pourrait être sanctionnée par un retour de bâton : la revendication d’indépendance du mariage religieux. Voir les « cléricaux » donner une leçon de laïcité à la République, voilà qui ne manquera pas de piquant !

Jean-Marie Blanc

(1)  Voir l’article de François Teutsch : « Validation du mariage gay : la loi au dessus de la nature ! » – Boulevard Voltaire, 17 mai 2013 :

http://www.bvoltaire.fr/francoisteutsch/validation-du-mariage-gay-la-loi-au-dessus-de-la-nature,23206

et celui de Patrick Clément : « Mariage homo : La France s’affranchit des lois naturelles » – Riposte Laïque n° 303, 19 mai 2013 :

https://ripostelaique.com/mariage-homo-la-france-saffranchit-des-lois-naturelles.html

(2) Voir l’article de Karl Joris : « À Mayotte, département français, on veut la polygamie ! » – Boulevard Voltaire, 19 mai 2013 :

http://www.bvoltaire.fr/joriskarl/a-mayotte-departement-francais-on-veut-la-polygamie,23199

(3) « Dans le mariage homo, ce n’est pas l’homo qui me gêne, c’est le mariage » – Riposte Laïque n° 279, 1er décembre 2012 :

https://ripostelaique.com/dans-le-mariage-homo-ce-nest-pas-lhomo-qui-me-gene-cest-le-mariage.html

(4) Code pénal, article 433-21 : « Tout ministre d’un culte qui procédera, de manière habituelle, aux cérémonies religieuses de mariage sans que ne lui ait été justifié l’acte de mariage préalablement reçu par les officiers de l’état civil sera puni de six mois d’emprisonnement et de 7.500 euros d’amende ».

(5) Grégor Puppinck : « Liberté pour le mariage religieux ! » – Nouvelles de France, 18 mai 2013 :

http://www.ndf.fr/identite/18-05-2013/liberte-pour-le-mariage-religieux

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