Malgré nos importantes divergences, Hubert Sage restera un ami

Hubert Sage, qui avait déjà envoyé 61 contributions à Riposte Laïque, vient de me faire connaître, de manière amicale, les raisons pour lesquelles il a décidé, la mort dans l’âme, de s’éloigner définitivement de notre site. Christine Tasin, qui a déjà eu des polémiques mémorables avec lui, a réagi avec son tempérament. Je ne souhaite pas commenter le dernier texte d’Hubert, chacun est à même d’en juger le contenu. Je souhaiterais tout simplement lui exprimer mon état d’esprit, à la réception d’un tel courrier.

Je connais Hubert Sage depuis dix ans, à l’époque où je pensais nécessaire de mener une bataille contre le voile à l’école, pensant que cela était le meilleur angle pour lutter contre la progression de l’islam dans notre pays. En 2003 j’étais clairement engagé dans le camp de la gauche, mais je n’ai trouvé qu’une petite association familiale, l’Ufal (Union des Familles Laïques) pour relayer ce combat. C’est là que j’ai rencontré Hubert Sage. J’ai tout de suite été impressionné par la grande culture historique de ce médecin de la Sécurité sociale, mais aussi par ses colères imprévisibles, ses emportements et ses excès, qui pouvaient occasionner quelques dégâts internes. J’ai rapidement remarqué que ce franc-maçon, qui ne cachait pas un grand intérêt pour la question religieuse, était habité d’un sérieux contentieux (pour ne dire que cela) avec l’Eglise catholique, ce qui se confirme, dix ans plus tard, quand il qualifie grossièrement le million de manifestants du 13 janvier dernier de « primates obscurantistes qui désohonorent la France des Lumières ».

Mais à l’époque, cela ne me paraissait pas l’essentiel. Hubert a fait partie des rares militants de gauche à mener courageusement la bataille pour une loi contre les signes religieux à l’école, au sein de cette petite association familiale, qui, bien seule, a réussi à obtenir la loi du 15 mars 2004, interdisant le voile islamique (car c’était là le seul réel problème) au sein des établissements scolaires. A l’époque, cela avait valu à l’Ufal des anathèmes de la Libre Pensée, mais aussi un article haineux du journal Le Monde et du journaliste Xavier Ternisien, qui avait révélé le supposé passé d’extrême droite de certains dirigeants, pour mieux salir le combat mené.

Hubert se réclamait d’une laïcité émancipatrice, et militait pour l’interdiction du voile, intégral ou pas, dans la sphère publique, donc dans la rue. Mais, s’appuyant sur l’exemple d’un pays catholique, le Mexique du 19e siècle, il réclamait également l’interdiction de tout signe religieux visible dans la rue, comme la soutane, la cornette de la bonne soeur et la kippa.

Par la suite, je l’ai toujours trouvé à mes côtés, pour mener les bonnes batailles. Ainsi, une philosophe de l’Ufal, Catherine Kintzler, expliquait que le voile islamique n’avait pas sa place à l’école publique, parce que les élèves étaient mineurs. Par contre, selon elle, à l’université, où ils étaient majeurs, il fallait l’accepter, au nom de la laïcité. Bref, la ligne de l’Ufal devient : non au voile au lycée, oui au voile à l’université ! Hubert faisait alors partie de ceux qui, à mes côtés, ruaient dans les brancards, avec tout le tempérament qui est le sien, devant ce qui nous paraissait une énormité.

Autre exemple, à l’occasion de l’affaire des caricatures danoises, le président de l’époque nous expliquait qu’elles émanaient d’un complot de l’extrême droite chrétienne, et qu’elles étaient dans la lignée des caricatures antisémites des années 1930. Là encore, en esprit libre, Hubert se refusait d’avaler des telles sornettes, même quand elles émanaient du président en personne.

Quand le même défendait l’invitation de Dalil Boubakeur, en plein procès de Charlie Hebdo, ou bien quand il insultait Fanny Truchelut, je savais que je pouvais compter sur ses réactions, et qu’il serait du bon côté. De même quand on nous expliquait que ceux qui étaient hostiles à la régularisation des sans-papiers étaient les descendants des organisateurs de la rafle de Vichy, on savait que l’ami Hubert, et d’autres comme Jean-François Chalot, sympathique gauchiste, ne laisseraient pas passer de tels amalgames ignobles. Il est d’ailleurs révélateur que Caroline Fourest se soit appuyé sur un tel personnage, pour tenter de salir, dans son émission sur France 5, Riposte Laïque et ses animateurs.

Lassé de la paranoïa de dirigeants groupusculaires qui voyaient des complots partout, exaspéré par des méthodes staliniennes que j’avais cotoyées ailleurs, j’ai choisi, au bout d’un moment, de quitter l’Ufal, puis Respublica, et de fonder, avec Brigitte Bré Bayle, Riposte Laïque. Hubert est resté à l’Ufal, avant de finir par se faire virer, et de mener une bataille juridique victorieuse contre eux.

J’ai suivi avec intérêt son adhésion à l’Association des Libres Penseurs de France (ADLPF) où il a essayé de mener un combat intéressant, dans un monde laïque souvent sclérosé, pour la meilleure prise en compte du péril islamique. C’était l’époque où cette association était capable d’inviter à son congrès Maurice Vidal, et de l’acclamer debout à l’issue de son intervention. Hubert faisait partie des rares militants de Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon à avoir conscience de la gravité du problème islamiste, même s’il partageait avec les dirigeants de ce parti une haine du catholicisme parfois déroutante, par rapport au peu de danger représenté aujourd’hui par une Eglise dont les prêtres ont 71 ans de moyenne d’âge. Il a ainsi, lors de la mission parlementaire contre le voile intégral, présidé par André Gerin, été le rapporteur de l’ADLPF, et présenté un excellent exposé, s’appuyant sur des arrêtés de la Cour européenne des Droits de l’Homme. Mais, sans doute devenu trop gênant, il a fini par se faire virer également de cette association.

C’est dans ce contexte qu’il a commencé à envoyer des contributions à Riposte Laïque, que j’ai toutes publiées, pour plusieurs raisons. D’abord, j’aime le débat, et je trouve que trop peu de médias permettent de véritables confrontations d’idées. De même que j’acceptais des publications d’Hubert Sage, j’en publiais d’autres de catholiques, comme Henri Peter, Jean-Benoit Casterman ou Nadia Furlan, espérant que cette loyale confrontation renforcerait ce qui me paraît toujours l’objectif : la construction d’un véritable camp des patriotes.  J’ai toujours pensé qu’il fallait unir ceux qui, comme Marine Le Pen, Jacques Myard, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement (quoi que…) ou André Gerin, tous les amoureux de la France qui refusaient l’islamisation de leur pays (et, hasard, la disparition de la France au sein de l’Union européenne). Plus que jamais, je pense que le vrai clivage se situe entre les mondialistes et les patriotes, et entre les islamo-collabos et les résistants. J’ai toujours pensé que la place de militants comme Hubert Sage était dans ce rassemblement. Qu’ils soient croyants ou athées, catholiques ou bouffeurs de curés, de gauche ou de droite me paraissait des clivages secondaires, l’objectif devait être, dans l’esprit de la Résistance, de savoir mettre en commun ce qui nous rassemble, plutôt que de se cristalliser sur ce qui divise.

En envoyant régulièrement des contributions à notre site, je suis certain qu’Hubert pensait convaincre nombre de ses amis francs-maçons, et peut-être des militants de Parti de gauche, sa famille, son camp, de la réalité du péril islamique, et du juste combat mené par Riposte Laïque. Mais, pour ne pas se couper des siens, pour ne pas paraître suspect aux yeux de ses camarades, il se devait de taper sur une église catholique pourtant bien moribonde, ce qu’il faisait avec un plaisir évident, par ailleurs. Ce grand jeu d’équlibriste peut marcher un temps, mais au bout d’un moment, il faut faire des choix, tout simplement parce que les priorités s’imposent. La résistance n’a pas les moyens de se disperser éternellement dans des débats interminables, quand l’ennemi progresse au quotidien, et qu’un gouvernement traitre, élu grâce au survote musulman, lui déroule le tapis rouge.

Riposte Laïque a publié des dizaines de textes anti-cléricaux, parfois anti-catholiques, dans la lignée d’Hubert Sage, de Guillaume Plas ou de Pierre Régnier. Notre journal a, de manière équilibré, donné la possibilité à des contributeurs comme Jean-Benoit Casterman, Henri Peter ou Nadia Furlan. Les débats sur la religion juive n’ont pas été absents, notamment sur des histoires d’abattage rituel ou de circoncision. Nous l’avouons, nous nous interrogeons, aujourd’hui, sur la pertinence de continuer ces échanges. Permettent-ils d’approfondir sainement un débat, ou constituent-ils un obstacle à l’unité des patriotes, en les divisant inutilement ? Nous n’avons pas encore tranché cette question.

Contrairement à Hubert Sage et à nombre de partisans du mariage homo, dont Christine Tasin, je pense que les manifestants du 13 janvier dernier, qui étaient par ailleurs très paisibles, sont des citoyens attachés à la France, qui sentent, confusément, que quelque chose d’irrémédiable est en train de foutre le camp, et qu’il faut défendre le pays. Ils représentent pour moi le coeur de la France. Je leur ai reproché, amicalement, au lendemain de l’incroyable réussite de cette manifestation, de ne pas se mobiliser contre l’islam, qui représente un péril autrement plus déterminant pour notre civilisation, tout en sachant qu’on ne choisit pas toujours les causes pour lesquelles le peuple entre en action.

Je pense plus que jamais qu’il faut reconcilier, comme nous le scandions le 10 novembre dernier dans les rues de Paris, la France de Jeanne d’Arc et la France de Marianne, pour empêcher que notre pays ne devienne un territoire d’Allah au sein du grand Califat.

Par ailleurs, je souhaite bonne chance à Hubert, qui nous annonce la création d’un nouveau site en septembre. Si ce nouvel outil est capable de mobiliser les gens de gauche, et de les faire agir enfin efficacement contre le cancer islamiste, nous en serons les premiers ravis. S’il arrive à faire descendre dans la rue davantage de monde que Résistance républicaine, le 10 novembre dernier, nous ne serons pas jaloux. Et s’il parvient à sortir les francs-maçons de leur sommeil devant la montée de l’islam, nous applaudirons des deux mains. L’histoire a montré que ceux qui étaient dans la collaboration au début d’un conflit pouvaient devenir les meilleurs résistants, quand le rapport de forces basculait…

En attendant, malgré les divergences, l’amitié demeure. Chacun fera son chemin, l’essentiel sera d’être du même côté, quand les choses sérieuses vont commencer.

Pierre Cassen

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