Malika Sorel permet de comprendre le divorce entre la France et les générations migrantes

Avec le « Puzzle de l’intégration »(1)Malika Sorel nous propose une œuvre forte, forte mais dérangeante, angoissante, remettant en question des tas d’idées reçues. Malika passe à la loupe toutes les absurdités de notre société qu’on voudrait nous décrire comme idéalement multiculturelle. Elle décortique avec finesse mais fermeté la France d’aujourd’hui, elle analyse ce qui cloche et surtout elle explique pourquoi ça cloche. Elle est sans indulgence pour les torts des uns et des autres. Qui d’autre, mieux qu’elle, pouvait faire cette analyse et porter un jugement ? Née Algérienne elle a, à l’âge de 30 ans, choisi la nationalité française et décidé par amour de la France, de son peuple de ses valeurs d’être une des nôtres ? On ne pourra pas, en tout cas, lui reprocher de se mêler de ce qui ne la regarde pas !
Elle n’en peut plus Malika de voir son « pays choisi » en prise avec la violence, les émeutes, la contestation, elle n’en peut plus, non plus, de tout ce qu’elle estime être des erreurs de choix, de stratégie passée ou de projets, mal ficelés par nos politiques, souvent par démagogie ou par clientélisme électoral qui ont conduit à la situation présente ! Elle est très sévère Malika !
Souhaitons donc que tous nos candidats à l’élection de 2012 lisent ce livre et réfléchissent aux avancées et au chamboulement des idées qu’il apporte.
Elle connaît bien les familles migrantes, notamment celles d’Afrique et du Maghreb. Elle décrit le ressenti des enfants issus de l’immigration. Elle passe à la loupe les difficultés et veut maintenant expliquer pourquoi ça dérape aussi violemment alors que la France met tant de moyens. Elle conteste les discours trop souvent énoncés du style : « la France ne fait rien pour accueillir les immigrés et leurs familles », elle , elle trouve que la France au contraire englouti beaucoup d’argent et que pourtant ça ne marche pas ! Les moyens sont souvent gâchés, les remèdes envisagés ne seront d’aucune utilité si le diagnostic est faux !
Faire un vrai diagnostic. L’une des principales causes de ce malaise des enfants issus de l’immigration est, de son point de vue, en grande partie liée au « droit du sol ». On oblige des millions d’enfants à se reconnaître Français alors que leurs familles venues en France, pour fuir la misère de leur patrie d’origine, sont empreintes d’une autre culture qu’elles ne veulent pas abandonner, qu’elles transmettent à leurs enfants leur laissant entendre que cette culture serait supérieure, ou en tous cas pas moins légitime, que celle que pourraient leur substituer l’école et la République française. Ce droit du sol, cette nationalité imposée dans laquelle ils ne se reconnaissent pas, sont, selon le sentiment de Malika, pour les enfants de familles migrantes un carcan insupportable, les enfants sont écartelés. D’ou la violence d’où le rejet du premier lieu d’apprentissage et d’ouverture à cette culture de l’autre, qui reste un étranger, l’école. Rejet trop souvent encouragé par les familles car les parents eux-mêmes contestent la culture française. On va de la simple incivilité à la violence contre les enseignants, au refus de l’école. Malika réfute l’explication simpliste de ces violences par l’histoire coloniale, fournie par de nombreux sociologues ; tous les pays sont confrontés aux mêmes difficultés y compris ceux sans passé colonial comme l’Allemagne ou le Canada.
Les familles qui viennent en France pour fuir la misère et trouver un meilleur sort, ne sont pas préparées. C’est donc là, la première chose que l’Etat français doit rectifier lors de l’accueil des migrants. Il faut les informer de manière claire qu’ils devront respecter une autre culture, un autre peuple habitant de plein droit sur ce sol, et se confronter à une autre langue. Il leur sera nécessaire d’abandonner dans ce nouveau pays une partie de leur passé, de leurs habitudes, de leurs mœurs, c’est un chemin long et douloureux, ils doivent s’y préparer et accepter les souffrances éventuelles que ces abandons vont provoquer. Si la nostalgie du pays qu’on quitte et qu’on idéalise est transmise aux enfants sans qu’on leur explique vraiment pourquoi on a dû quitter ce pays, notamment la misère, on plonge alors l’enfant né Français dans un délire du « là-bas c’est mieux qu’ici ». Pour Malika, il faudrait permettre que les enfants gardent la nationalité de leurs parents. Admettrions-nous facilement, dit-elle, que des enfants d’un couple de Français naissant en Chine soient de nationalité chinoise ? Bien sûr, notre réponse est non, et pourtant c’est bien ce qui se passe pour les enfants de l’immigration.
Il faudrait donc, selon elle, fixer aux nouveaux entrants migrants les règles du jeu de la première étape qu’elle appelle phase d’insertion dans la société française, insertion qu’elle juge fondamentale et obligatoire. Admettre des règles strictes que les familles respecteraient et s’engageraient à imposer à leurs enfants. De même devrait être de leur responsabilité d’utiliser pour le bien des enfants les aides allouées. On constate, trop souvent que les familles envoient dans leur pays d’origine une partie des ressources familiales, au détriment du bien-être de leurs enfants vivant en France. Enfin et c’est là ou Malika apporte un plus qui dérangera du monde, la nationalité française ne devrait être ni un « dû » ni une « obligation », véritable fardeau pour de trop nombreux enfants « Français de papier ». La nationalité devrait être un cadeau final qui récompenserait ceux qui en feraient la demande et dont le parcours réussi, l’amour de la France et un vrai désir d’intégration leur donneraient toute légitimité à y prétendre.
Elle dénonce les fausses bonnes solutions : « Les problèmes d’insertion et d’intégration ne seront résolus ni par une surenchère financière, ni par la discrimination positive, ni par l’acquisition de la nationalité par le biais du droit du sol…. C’est la France qui, en donnant la nationalité à un nombre considérable de personnes qui ne portaient pas son idéal, s’est rendue coupable de la notion de deux classes de Français. » Remercions Malika Sorel d’avoir, au-delà de cet ouvrage riche, documenté, argumenté, bousculé les idées et rendu leur honneur aux Français trop souvent malmenés. Livre à lire absolument.
Chantal Crabère
(1) Le puzzle de l’intégration. Les pièces qui vous manquent Edition Mille et une nuits

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