Manif à Bollène : quelques rappels aux militants de Front de gauche qui réécrivent l’histoire de 1940

Publié le 28 juin 2012 - par - 2 654 vues
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Quelques jours après l’anniversaire du 18 juin, la période des années 1940 continue, sur fond polémiste, d’alimenter quelques récupérations historiques. Ainsi, lors de cette vidéo, prise sur le marché d’Hénin-Beaumont, où, courageusement, entouré de vingt de ses supporters, Mélenchon joue les fiers-à-bras face à un commerçant seul, suspecté d’être favorable au Front national, on voit, dans les dernières images, une femme, membre de la délégation de Front de gauche, se vanter de son grand-père résistant, qu’elle oppose à une extrême droite, assimilée au Front national, qu’elle classe dans le camp de la collaboration.

[youtube etdtZN0BU3s]

Dans le même esprit, je reçois cette information, appelant l’ensemble de la gauche à manifester devant la mairie de Bollène.

TOUS À BOLLÈNE (VAUCLUSE) LE JEUDI 28 JUIN À 18H30

Appel des partisans

Rassemblement Jeudi 28 Juin 2012 – 18h30

Place de la Mairie de Bollène (Vaucluse)

Dans une vision révisionniste de l’histoire, plusieurs représentants de la Municipalité Bompard (extrême droite, ex-Front national) ont voulu interdire le Chant des Partisans lors de la commémoration de l’Appel du 18 juin 2012 à Bollène. Ce chant est le symbole de ces hommes et de ces femmes devenus des héros malgré eux, qui au péril de leur vie, n’ont pas  hésité à rentrer en résistance pour libérer le sol français de l’occupant nazi. Pour la souveraineté et l’indépendance nationale.

La circulaire protocolaire des cérémonies officielles prévoit que le  « chant des partisans », hymne de la résistance, soit généralement chanté le jour de la commémoration de l’Appel du 18 juin. A Bollène, c’était une tradition ! La municipalité d’extrême droite en a décidé autrement !

A l’appel des Partisans :

Républicains, progressistes, patriotes, rassemblons-nous devant la Mairie de Bollène

Jeudi 28 Juin 2012 à 18h30 pour manifester notre indignation !
 
A l’appel de :

  • ANACR – Comité de Bollène
  • ARAC – Comité local
  • CGT – Union Locale de Bollène
  • FNACA – Comité de Bollène
  • Front de Gauche –   Comité de Bollène
  • Parti Communiste Français – Section de Bollène
  • Parti Socialiste – Section de Bollène
  • ANACR – Vaucluse
  • ARAC – Vaucluse
  • Association des familles des fusillés de l’Enclave de Valréas
  • CGT – Union Départementale Vaucluse
  • CGT – Union Locale de Vaison-la-Romaine
  • Europe Écologie – Vaucluse
  • Front de Gauche – Vaucluse
  • Front de Gauche – Drôme
  • FSU – Vaucluse
  • Gauche Unitaire – Vaucluse
  • Ligue des droits de l’homme – Vaucluse
  • M’PEP – Drôme, Gard et Vaucluse
  • Parti Communiste Français – Fédération de Vaucluse
  • Parti Communiste Français – Fédération de la Drôme
  • Parti Communiste des Ouvriers de France  – Vaucluse
  • Parti de Gauche – Vaucluse
  • Parti de Gauche – Drôme
  • Parti Socialiste – Fédération de Vaucluse
  • République et Socialisme
  • SUD PTT 84

Cette manifestation, à laquelle toute la gauche, associative, politique ou syndicale, se sent obligée de se joindre, n’est que la suite de la provocation montée par les militants communistes de Front de gauche, le 18 juin dernier. Rappelons que le 18 juin n’est pas un jour férié, et que nombre de municipalités ne s’associent pas aux cérémonies, laissant souvent les associations d’anciens combattants les organiser elles-même.

http://www.prechi-precha.fr/2012/06/20/a-bollene-84-le-front-de-gauche-perturbe-la-ceremonie-du-18-juin-video/

Dans un autre registre, au Parlement, un député UMP, Thierry Solère, affirme : « L’extrême gauche en France était dans la résistance. L’extrême droite française était à l’époque dans la collaboration ». Il est vrai que c’est ce qu’on nous apprend à l’école, et que cette thèse est encore dominante chez nombre de nos compatriotes. Sans nier l’héroïsme et le sacrifice de nombre de résistants communistes et socialistes, rarement trotskistes, et ce que notre pays leur doit, il est pourtant nécessaire d’avoir de notre Histoire une vision nettement moins manichéenne.

Ainsi, Eric Zemmour, dans cette interview, amène-t-il une autre lecture de cette période complexe, où il démontre que, par pacifisme, toute une partie de la gauche fut la plus virulente pour souhaiter la paix avec les nazis, et entrer par la suite dans la collaboration.

[youtube WGmW9UXLUlE]

http://www.youtube.com/watch?v=WGmW9UXLUlE&feature=related

Dans la revue Atlantico, Stéphane Courtois, auteur de noir du Livre noir du communisme, répond au député UMP, et lui fait quelques rappels historiques qui devraient lui apprendre à manipuler l’Histoire avec davantage de précautions. Faut-il rappeler également qu’il fut longtemps impossible, sous peine d’être qualifié de nazi, de remettre en cause la version de l’exécution de milliers d’officiers polonais, d’une balle dans la tête, dans la forêt de Katyn, longtemps attribuée à Hitler, alors qu’elle fut l’oeuvre de Staline. Puissent les militants de Front de gauche sincères se montrer capables de faire cette introspection sur leur propre histoire, avant de vouloir donner des leçons aux autres.

Martine Chapouton 

TEXTE DE STEPHANE COURTOIS

Comment peut-on être assez ignorant pour croire encore que les “collabos” venaient tous de l’extrême-droite et les résistants de la gauche ?

« L’extrême gauche en France était dans la résistance. L’extrême droite française était à l’époque dans la collaboration », c’est ainsi que Thierry Solère, député de l’UMP, a voulu distinguer l’extrême-droite de l’extrême gauche. Stéphane Courtois lui rappelle donc quelques petits faits historiques… 

Maquisards fusillés à Ligueil, Indre-et-Loire, près de la ligne de démarcation.

Maquisards fusillés à Ligueil, Indre-et-Loire, près de la ligne de démarcation. 

Je ne fais pas de politique et ne tiens pas à interférer dans les débats internes de l’UMP, mais je ne peux pas laisser sans réagir la déclaration de M. Thierry Solère, député de l’UMP qui vient de déclarer : « L’extrême gauche en France était dans la résistance. L’extrême droite française était à l’époque dans la collaboration. » Déclaration qui laisse pantois l’historien spécialiste de la période de la Deuxième Guerre mondiale, surtout venant d’un député appartenant à un parti réputé « gaulliste » et donc, en principe, concerné par l’histoire de l’occupation, du régime de Vichy et de la Résistance.

M. Solère semble ignorer qu’en 1939, l’extrême gauche alors représentée par le Parti communiste fut interdite dès le 26 septembre 1939 par le gouvernement de la République dirigé par un chef du Front populaire — M. Daladier — pour avoir approuvé l’alliance entre Hitler et Staline, conclue le 23 août 1939 et qui aboutit, le 1er septembre, à l’attaque allemande contre la Pologne et surtout, le 17 septembre, à l’invasion de la Pologne par l’URSS.

M. Solère semble ignorer que le 1er octobre 1939, Jacques Duclos, dirigeant du PCF, diffusa une lettre ouverte invitant le gouvernement à engager d’urgence des négociations de paix avec l’Allemagne nazie, avec qui la France était en guerre depuis le 2 septembre, ce qui entraina la condamnation de 44 députés communistes en mars 1940.

M. Solère semble ignorer que dans la nuit du 3 au 4 octobre 1939, Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, fut enlevé à son régiment par un commando de l’Internationale communiste et, sous passeport soviétique, passa en URSS où il demeura de 1939 à 1944. Pour cette désertion en temps de guerre il fut condamné par contumace et déchu de la nationalité française.

M. Solère semble ignorer que le 18 juin 1940 — au moment même où le général de Gaulle lançait son premier appel à la résistance —, un dirigeant du PCF, sur ordre de Moscou et sous l’autorité de Duclos, prenait contact avec les services allemands, installés place de l’Opéra à Paris depuis deux jours, et engageait avec Otto Abetz, le représentant de Hitler à Paris, une négociation politique qui dura jusqu’à la mi-août.

M. Solère semble ignorer que si le PCF critiqua violemment le régime de Vichy, il n’est entré dans la résistance active à l’occupant qu’en juin 1941. Tout ceci n’enlève rien aux sacrifices des militants communistes entre 1941 et 1944, mais l’extrême gauche communiste a été largement absente du combat contre l’Allemagne nazie entre septembre 1939 et juin 1941.

M. Solère semble ignorer que de très nombreux hommes politiques de gauche — radicaux, socialistes — ont voté les pleins pouvoirs à Pétain et ont participé à son Conseil national, quand ils n’ont pas été des collaborationnistes actifs, en particuliers ceux qu’on appelait les néo-socialistes (Déat, etc.).

Enfin, M. Solère utilise une expression — « l’extrême droite » — qui ne signifie rien. Que dire de tous ces premiers résistants qui étaient des monarchistes de l’Action française — Daniel Cordier, le secrétaire de Jean Moulin, De Vawrin le chef du BCRA (le service secret gaulliste), le fameux colonel Rémy premier agent du général de Gaulle en France occupée —, voire issus de la mouvance de la Cagoule — Guillain de Bénouville, chef du mouvement Combat, François Mitterrand ? Avec la défaite et l’occupation, « l’extrême droite » a éclaté en plusieurs courants, les uns allant vers la révolution totalitaire nazie (Doriot et son PPF), les autres vers le régime réactionnaire et autoritaire de Vichy bientôt engagé dans la collaboration, et les troisièmes entrant tête baissée dans la Résistance par nationalisme et détestation de l’Allemagne pangermanique. Le général de Gaulle lui-même était un conservateur catholique et nationaliste, violemment critiqué pour cela, encore en juin 1941, par les communistes français : c’est pourtant lui qui a lancé le cri de ralliement initial et a dirigé de main de maître le combat pour que la France retrouve sa place de nation indépendante à la Libération.

De grâce, Monsieur le Député, faites preuve d’un peu plus de culture historique avant de lancer des anathèmes.

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