Manif Charlie pour la liberté d’expression : ils ont voulu virer Pascal Hilout !

Publié le 9 novembre 2011 - par - 2 338 vues
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Dimanche 6 Novembre, 14h30 Place de l’Hôtel de Ville, j’arrive légèrement en avance et rejoins Alain Wagner de l’UDCC ainsi qu’une dizaine de sympathisants de RL et RR. Nous serons finalement une bonne vingtaine. Un petit vent froid souffle sur le parvis, le ciel est gris. Un stand avec sono a été monté devant la façade de l’Hôtel de Ville, je m’attendais à devoir jouer des coudes mais le droit à la liberté d’expression n’a pas l’air de mobiliser les foules.

Un point de couleur, des invectives et une rumeur, notre ami Pascal Hilout qui arbore un Charia Hebdo détourné est bousculé par des nervis qui le somment de déguerpir. Le ton monte, mais nous faisons corps autour de lui. Pascal fait d’ailleurs rapidement la Une des caméras et des micros, ce qui oblige le « service d’ordre » à battre en retraite, non sans bousculade. Venir en force montre notre détermination. On entend par-ci par-là des glapissements : « Ici on ne veut pas de fachos ». La seule évocation de Riposte Laïque leur donne de vertueux boutons. On explique courtoisement mais fermement qu’on vient soutenir le même droit qu’eux à la libre expression et à la libre conscience, que l’espace est public et que nous avons aussi le droit de manifester, rien n’y fait : les esprits sectaires dénoncent les apéros saucisson-pinard et font des amalgames primaires avec « l’extrême-droite ». Furieux de n’avoir pu nous expulser on en entendra même un jurer entre ses dents à propos de Pascal « Tu verras sale bougnoule ça ne se passera pas comme çà ! » Ambiance…

Je rencontrerai deux amis de la « bonne » gauche bien-pensante qui m’ont exclu de leur cercle pour avoir rejoint Résistance Républicaine. L’occasion est trop belle pour ne pas faire une petite mise au point mais le sectarisme a la peau dure, j’ai beau leur expliquer que Riposte Laïque n’a jamais mis en cause les musulmans mais seulement l’Islam, pour eux le fascisme sera toujours à droite (Qui critique l’islam critique les musulmans donc est fasciste donc RL est fasciste)… Rien ne vaut cependant les vertus du dialogue, pour qu’enfin à terme la langue de bois se fissure, que la pensée se libère de sa gangue et laisse émerger le réel, peut-être, un jour.

Peu à peu mais lentement et calmement la place s’anime, à 15h30 il y aura à peu près trois cents personnes… On a envie de dire : Seulement ?! Alors qu’à deux cent mètres cinq cent Kurdes hurlent et tempêtent pour leur combat, on aimerait bien pour le nôtre avoir leur fougue et leur esprit de solidarité !

Les premières effusions se sont calmées, sur la tribune Charb prend la parole en premier. On devine la silhouette de Bertrand Delanoë mais c’est la présence d’Alain Finkielkraut à nos côtés qui va provoquer quelques hommages enthousiastes et de nombreux serrages de mains. Le rédacteur en chef de Charlie pour sa part se déculotte lamentablement, insistant sur les « odieux agissements des intégristes catholiques qui ont interrompu une pièce de théâtre » en les assimilant à la sottise de deux imbéciles qui ont détruit ses locaux, peut-être d’extrême droite d’ailleurs, enfin s’ils ne le sont pas, c’est forcément parce qu’ils y ont été poussé par les idées nauséabondes du Front National… Pas un mot sur la charia ni sur l’Islam. Un orateur (lequel ?…) utilisera même le terme d’ « accident » pour minimiser l’attentat… Dans nos rangs c’est la consternation. Presque tous les discours seront du même acabit à l’exception de quelques-uns (Le Grand Orient de France, la FSU, le Front de Gauche) qui condamneront le communautarisme avec conviction et loueront la laïcité ainsi que les valeurs intangibles de la République. Même Dominique Sopo de SOS Racisme aura été poussé dans ses retranchements en confirmant le droit au blasphème… 16h30, les orateurs ont terminé, le froid dissipe les participants.

On retiendra que trois cents personnes c’est bien peu pour s’opposer au fascisme, d’où qu’il vienne, et c’est bien là le plus grave car le dur rentre sans effort dans le mou. On retiendra aussi que tout n’est pas perdu à gauche et que le crime commis contre les locaux de Charlie oblige les moins malhonnêtes à rappeler les valeurs qui nous tiennent à cœur.

Pour ma part, fidèle lecteur de Charlie depuis sa naissance, je ne me reconnais plus dans la mièvrerie et la lâcheté de son directeur. Je me désabonne.

Alain Carasso

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