Manifs lycéennes : caricature d’un pays à la dérive

Publié le 28 février 2017 - par - 8 commentaires - 1 041 vues
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Depuis des années maintenant, nous sommes, hélas, familiarisés avec le scénario qui se déroule sous nos yeux : des lycées pris en otage par quelques élèves, une poignée suffit.  Quelques poubelles en effet, parfois quelques chariots empruntés à la supérette du quartier, disposés devant la porte principale de l’établissement , sans que personne ne s’y oppose,  et même avec les encouragements de certains professeurs, et le tour est joué.

La pratique se répand, de lycée en lycée, de ville en ville. Ignorant sans doute que le droit de grève ne s’applique qu’aux salariés, les lycéens se déclarent fièrement “grévistes”, la preuve,  ils manifestent pendant le temps scolaire. Les voici donc officiellement grévistes avant même d’avoir travaillé. Nul ne les en empêche, nul ne les contredit par une simple explication sémantique.

L’absentéisme se pare des traits plus nobles de lutte des classes. En France, nos lycéens ont l’école buissonnière tour à tour politique, sociétale ou humaniste. Imparable. Les sanctions sont donc de fait inenvisageables. Concevrait-on de réprimer de futurs citoyens qui mettent en pratique leurs cours  d’éducation civique ?

Quels sont donc les éléments déclencheurs de ces manifestations qui reviennent aussi régulièrement tous les ans que l’hirondelle au printemps ? On a un peu de tout. Le projet de loi Devaquet, l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour, la réforme des retraites, l’expulsion de Leonarda. On le voit, pas toujours des sujets en rapport immédiat avec ce qui devrait être des préoccupations  de lycéens.

Depuis quinze jours maintenant, revoilà les établissements scolaires bloqués à Paris, Rouen, Marseille, Montpellier, liste non exhaustive, avec force feu de poubelles, histoire de donner un côté plus dramatique à l’événement.

Les lycéens  sont dans la rue où ils sont sûrs du renfort indéfectible de groupuscules d’extrême-gauche, d’antifas, de zadistes et autres casseurs professionnels. Le motif, faut-il le rappeler : l’arrestation d’un certain Théo à Aulnay sous Bois, l’accusation de viol à la matraque, et les violences policières de manière générale, dont il y a fort à parier qu’aucun des ces lycéens n’a jamais été la victime. Pourtant chacun y va de son antienne qui refleurit saison après saison : Police partout, justice nulle part. 

Car enfin quel est le bilan de cette quinzaine : une poignée d’interpellations pour des villes mises en coupe réglée et des centaines de milliers d’euros de dégâts.

C’est en face que les blessés se comptent : 1 policier blessé à Montpellier, 4 à Marseille, 2 à Paris… liste non exhaustive là aussi.

On se souvient de la célérité avec laquelle le président – minuscule voulue – , sans doute terrorisé de voir se reproduire les émeutes de 2005, s’était rendu au chevet de l’infortuné Théo, sans doute poussé par la terreur de voir se reproduire les émeutes de  2005. On n’a pas constaté le même empressement envers les policiers blessés, qui pourtant, dans une France en état d’urgence, sont en permanence sur le pied de guerre. Celui qui fait office de ministre de l’intérieur, Bruno Le Roux, n’a pas daigné se déplacer. Il s’est contenté d’envoyer à l’un des gendarmes blessés, un télégramme.  Tiens donc, ça existe encore ? Pourquoi pas un pigeon voyageur ?

Aujourd’hui, c’est au tour d’un proviseur  d’être blessé d’un jet de pierre. Je compatis. Et pourtant ! Ce proviseur, une dame en l’occurrence, n’est-elle pas en quelque sorte, punie par là où elle – et sa corporation – a pêché ?

Pourtant,  ne serait-il pas tout bête et tout simple pour un chef d’établissement de faire enlever les poubelles qui bloquent une porte ? Au besoin avec le secours de quelques parents d’élèves et professeurs. Cela ne paraît pas une tâche surhumaine.

Au contraire, les ministres successifs font les gros yeux, les proviseurs  se contentent de passer un coup de fil à l’Académie, les professeurs acceptent de ne pas porter absents les élèves “manifestants”, et les parents subissent la loi de leurs lardons, tout ce monde reprenant souvent à leur compte le vocabulaire des jeunes  ayant  trop peur sans doute de passer à leurs yeux  pour des fachos.

Le Ministre de l’intérieur rappelle la liberté de manifester. Depuis quand cela s’applique-t-il sans discrimination aux mineurs, aux casseurs, dans un pays en état d’urgence et dont la police est éreintée ?

Faut-il préciser que ce genre de manifestations  ne se voit qu’en France où cela consterne mais n’étonne même plus. Cela fait partie de notre paysage au même titre que les attentats. Seules, les voix de  Marine Le Pen et François Fillon s’élèvent pour dénoncer une atmosphère de quasi guerre civile et demander l’interdiction de manifestations contre les policiers.

Or, il serait très facile d’enrayer ce mouvement, si tous les responsables – parents, enseignants, proviseurs, inspecteurs d’Académie, préfets – n’assumaient leurs responsabilités. Ce qui se passe dans nos rues depuis quinze jours et comme tous les ans sous des prétextes divers, est la face visible de la démission à tous les niveaux des tenants de l’autorité légale et légitime dans un pays à la dérive.

Florence Labbé

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