Manuel Valls, Machelon, Tariq Ramadan : même combat contre la loi de 1905

Les petits pas feutrés de l’offensive islamique contre le socle laïque de notre République ne peuvent aboutir que s’ils trouvent de puissants appuis dans la caste politique qui s’est partagée les responsabilités et de forts relais dans la mouvance médiatico-bien pensante qui s’est arrogée le droit de parler au nom du peuple de France…De Martine Aubry à Jean Claude Gaudin, de Gilbert Collomb à Jean Christophe Lagarde, d’Edmond Hervé à Patricia Trodjman, de Bertrand Delanoë à Philippe Bonnecarrère, à droite comme à gauche ou au centre (ancien et nouveau confondus), la liste est longue des élus territoriaux qui bafouent et/ou contournent la loi de 1905 –et son article 2- pour subventionner, sur des ressources publiques dont ils déplorent les insuffisances, la construction de mosquées qui marquent notre espace géographique et sociétal d’un stigmate idéologique et confessionnel le renvoyant dix siècles en arrière.
Ces petits pas feutrés, que recommande Tariq Ramadan aux prosélytes islamiques pour habituer les citoyens français à la prégnance de la religion musulmane, sont téléguidés aussi bien par les intentions avouées du président du Conseil Français du Culte Musulman ( interview à « La Provence » du 10/12/08) que par les initiatives de l’Union des Organisations Islamiques de France dont la charte qu’elle a signée en janvier 2008 avec 400 autres associations islamiques d’ Europe préconise littéralement l’application de la loi islamique là où les musulmans sont en position « de force »…
Et ces petits pas feutrés trouvent un écho amplificateur et complaisant dans les discours d’une Alliot-Marie ( interview à « La Croix » du 25/01/08) ou les remarques d’un JP Raffarin (interview au « Figaro » du 27/12/07), qui demandent le toilettage de la loi de 1905 pour mieux prendre en compte les demandes des diverses religions ( N’est ce pas M. Boubakeur qui exige un moratoire sur la loi de 1905 ? – « Le Monde » du 28/01/08)… Ils sont dans le droit fil des conclusions du fameux rapport « Machelon » demandé par un ministre de l’intérieur nommé Nicolas Sarkozy et préconisant la disparition pure et simple de l’article 2 de la loi de 1905 pour permettre à la ressource publique de financer la construction de mosquées et autres lieux de culte…

Nous ne pouvons donc pas être surpris de lire dans cette interview du maire socialiste d’Evry ( qui date de 2006 mais qui n’a jamais été contestée), Manuel Valls, cette phrase ahurissante : « Je souhaite une évolution de la loi de séparation de 1905 pour qu’un peu d’argent public aille à la construction de mosquées » (1) qui n’est rien moins que la négation d’un principe essentiel de notre République, la séparation stricte des églises et de l’Etat, qui impose que ce dernier ne reconnaisse, ne salarie, ne subventionne aucun culte, aucune obédience spirituelle, aucune structure agnostique ou athée.
Car, à suivre ce prétendant socialiste à la candidature pour la présidence de la République, il faudrait permettre à la puissance publique, sous toutes ses formes, de consacrer des fonds (oh ! un « petit peu »…perfide hypocrisie !) au financement de ce qui ne concerne que des fidèles assujettis à une quelconque religion, donc à sacrifier sur l’autel d’intérêts particuliers l’intérêt général qui concerne chacun. Ce serait, en fait, affirmer que « la religion est un service public » et, comme tel, éligible à la ressource publique. Ce serait assurer le retour des religions dans et sur l’espace public pour en modeler la substance au gré de leurs demandes, lois et spécificités.
Une telle position politique n’aurait pas dû manquer (ne devrait pas encore manquer) de susciter la réprobation franche et massive de tous les défenseurs de la laïcité…N’est ce pas, Henri Péna-Ruiz ?
Mais, outre cette négation du caractère privé de la croyance religieuse qui aboutit à donner une fonction sociale et politique à toutes les confessions, la démarche de Manuel Valls (et il la confirme dans un dialogue récent (2) avec le responsable du « conseil représentatif des associations noires » (sic !) de France !) devient plus dangereuse encore quand elle se manifeste par cette autre phrase tirée du même entretien : « Mais il y a aussi le droit à une double culture. Le modèle républicain n’ a pas réussi à donner une représentativité aux communautés qui font notre diversité » dont on devine qu’elle est un appel à la reconnaissance des communautarismes, et en particulier du communautarisme islamique dont l’agglutination autour de la mosquée (qui n’est jamais un simple lieu de culte mais qui est toujours un espace de rassemblement communautaire où s’exprime la loi étroite traditionnelle, religieuse avant son exportation dans l’espace public laïque et républicain) justifie cette mosquée même. Cette reconnaissance implicite du communautarisme, « véritable modèle antipolitique destiné à court-circuiter le modèle républicain et par lequel le clientélisme, supplantant l’assemblée des citoyens et de leurs représentants élus, se substitue à la volonté générale » (Catherine Kintzler – 16/11/07), conduirait inévitablement à souder les individus à leur groupe, à subordonner les droits et devoirs de l’individu à ceux de la communauté, à susciter une foules de revendications concurrentes , sources de conflits et de sectorisation de l’espace unique laïque et républicain qui, produit de notre Histoire, nous unit pacifiquement.
Une telle affirmation contraire aux fondements mêmes de la nature laïque de la société française devrait conduire les défenseurs de la laïcité à la condamner fermement…N’est ce pas, Catherine Kintzler ?
L’ambition politicienne, la recherche permanente de la posture électorale, la complaisance bien-pensante dans le vent des média dominants conduisent ceux qui ont un mandat (ou qui veulent en avoir) à oublier les principes fondamentaux, les lois générales, les valeurs historiques pour tenir des discours caressants à l’égard de tous ceux dont ils espèrent les suffrages. Ces vains calculs sont lourds de dangers pour la survie du mode d’organisation et de fonctionnement laïque de notre société.
Mais, au-delà, c’est toute une conception de ce que doit être notre espace public qui s’exprime : ou il reste (en se renforçant) l’espace unique laïque où s’affirme la loi générale élaborée par tous, ou il se divise « à l’anglo-saxonne » dans une mosaïque d’entités fermées, chacune voulant sa propre loi (et c’est ce que veulent les constructeurs de l’Europe politique du TCE et de Lisbonne) …
Monsieur Valls, sous l’apparence d’une volonté de rénovation de la « gauche », vous avez tranché pour la régression historique, la dévalorisation du modèle laïque et républicain, le retour des religions sur l’espace public…En ce sens, vous anticipez les applications préconisées par le rapport « Machelon » pour mettre à mal la loi de 1905 et vous mettez vos pas dans ceux de Tariq Ramadan pour imposer le communautarisme islamique…
Robert Albarèdes
(1)manuel_valls_le_terrain_d_abord.html
(2) valls-et-lozes-lancent-un-colloque-sur-la-diversite-.php

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