Mariage pour tous : le bal des cocus

Publié le 1 mai 2013 - par - 2 266 vues

Ça ressemble un peu à un lendemain de réveillon. La salle est encore jonchée des reliefs de la fête. On voit qu’il y a eu de l’agitation.

Chacun est reparti chez soi. Sous la couette ou au travail. D’autres encore aimeraient prolonger mais ils ne sont plus que quelques uns, animés par leur fin d’ivresse. On ne sait plus qui soutient qui quand ils partent refaire le monde dans la froideur de la rue frileuse et silencieuse.

Fin de chantier. Le bal est fini. On remettra ça… dans un an, peut-être.

Le vote à l’Assemblée Nationale du texte Taubira était aussi inéluctable que le passage à la nouvelle année. Les opposants ressemblent aujourd’hui à ces histrions vendéens du FONACON, qui s’opposaient depuis 2007, en décembre, au passage à la nouvelle année. Avant de déposer les armes. En se promettant de fixer de nouveaux rendez-vous.

Il faut bien avouer qu’après le vote de la Loi Taubira en seconde lecture, une chape de silence est tombée sur le débat. Plus aucune visibilité dans les médias. Pour la loi, les pour, les contres, les autres. A peine un entrefilet sur les opportunistes organisateurs du Salon du mariage gay. En attendant les Assises de l’adoption homoparentale.

Le coup de grâce a été porté par Jean-Marc Ayrault qui a déclaré dès le lendemain du vote dans un entretien à 20minutes que le débat était clos, et qu’on s’en tiendrait là. A savoir le mariage pour tous et l’adoption pour tous. Pas de Procréation Médicalement Assistée (une des deux mères est inséminée par le sperme d’un donneur anonyme), qui semblait pourtant une évidence pour Mme Taubira, encore moins de Gestation Pour Autrui (une mère conçoit et porte un bébé avec le sperme d’un donneur à qui elle « cède » in fine l’enfant et les droits afférents).

Chez les opposants, on tente de survivre au vote de la loi. Vu de province, il est difficile de savoir ce que deviennent les veilleurs, les mères veilleuses, etc. Le 5 mai permettra sans doute de savoir si l’élan suscité par l’opposition au projet, devenu loi, va perdurer et donner naissance à autre chose. Déjà, la Manif pour Tous en appelle à ses sympathisants pour entrer en politique et peser sur les primaires UMP qui désigneront leur candidat(e) aux Municipales 2014 à Paris, en rappelant sur leur site qui a voté quoi. Nathalie Kosciusko-Morizet semble dans le viseur des amis de Frigide.

L’heure du bilan

Après tant d’énergie dépensée de part et d’autre, on est tenté de dire « tout ça pour ça ? ». Que reste-t-il au final ? La possibilité de deux adultes, quelque soit son sexe (son genre?) de contracter devant monsieur/madame le maire ? Et aussi de pouvoir s’offrir dans la légalité une descendance. Par l’adoption. Une loi a minima, serait-on tenté de dire.

Les Pour sont contents et ils sont nombreux à dire que c’est une grande victoire pour la République et la Démocratie, la Liberté, tout ça, tout ça…

Les Contre se persuadent que leur action de r(R)ésistance n’a pas été inutile, qui a fait barrage à une dérive risquant de mettre à mal notre Civilisation elle-même…

Les Sans Opinion disent que les homos peuvent bien avoir le droit de divorcer à 6000 € minimum comme les autres si bon leur semble. Mais que bon, pour la PMA et la GPA ben non quand même.

Peut-être ont-ils tous un peu raison. Mais pas que. Alors que le débat retombe aussi brusquement qu’un soufflé dominical pourtant porteur de tous les espoirs, on est en droit de se poser la question de savoir si, dès le départ, ce n’était pas la volonté du Président et du Gouvernement d’en arriver là, justement. A ce minimum. A savoir permettre d’organiser, dans la légalité, la filiation des homosexuels, en couple ou divorcés. Notamment les plus riches. Surtout eux.

Car enfin, prenons le cas d’un Paul Le Pâtre (nom d’emprunt). Ce richissime homme d’affaire, homosexuel militant, ayant partagé sa vie avec un célèbre coiffeur réputé mondialement (profession d’emprunt), a construit une fortune qui ne doit rien à l’héritage. Il doit, à 83 ans, se poser de vraies questions sur sa succession.

Si dans les bonnes familles hétéros, blanches et catholiques, on organise généralement bien en amont les dispositions testamentaires en accord avec le Droit Civil, il n’en va pas de même chez ceux qui sont, comme Paul, sans descendance.

Le PACS avait permis à juste titre de donner une existence opposable aux conjoints. Mais sans descendance directe, née d’une autre vie ou de l’adoption ouverte aux célibataires (essentiellement des femmes, sauf si l’on est journaliste radio homme célèbre et richissime), le patrimoine constitué avait du mal à survivre à son fondateur, réparti entre les neveux et nièces exécrables, les frères et sœurs, la famille, un(e) partenaire de pacs, une fondation, et l’Etat très gourmand quand la succession n’est pas directe.

Jean Cocteau – le Jean Coqueteau de Bénureau – avait préféré adopter son amant, Antoine Dermit, qui sera son légataire universel. Bon. Outre qu’il valait mieux s’appeler Jean Cocteau, quid de la dimension incestueuse de ce montage ?

On peut être tenté de penser que la perspective de sa propre succession a poussé notre Paul Le Pâtre à mettre la pression sur ses petits camarades du PS, désormais aux manettes, en remerciement de ses largesses pécuniaires passées, présentes et à venir. N’a-t-il pas en 2007 été le facilitateur de la campagne présidentielle de Marie-Ségolène ? Il a sans douté été rejoint dans ce projet par de nombreux amis célibataires sans enfants, aussi fortunés que lui et aussi dépourvus devant un Code Civil peu favorable. Les sympathisants du Marais et d’ailleurs, à la tête de quelque fortune, ne pouvaient que souscrire. Les milieux de la Finance Internationale aussi, qui ne peuvent qu’être séduits par la perspective d’une plus grande stabilité des fortunes.

En fait, il suffisait de peu de chose pour satisfaire nos riches amis. Permettre d’adopter. Pas seulement son amant consentant, mais de vrais petits enfants d’homme, que l’on pourrait, comme tous parents, tenter de façonner à son image. Pour en faire les continuateurs de l’oeuvre et les gardiens de la fortune familiale. Pour les siècles des siècles. Ancrer une dynastie dans le marbre. Ca a plus de classe que de voir l’empire dispersé en salle des ventes.

Las, il était impossible de présenter tel quel ce projet, taillé sur mesure pour quelques riches fortunés. En revanche, l’enrober dans un concept de « Mariage pour Tous », au nom de l’égalité républicaine, c’était assuré de marcher. Les plus enthousiastes ont porté le projet à bout de bras. Qui n’y ont vu qu’un projet sociétal humaniste. L’enthousiasme de la jeunesse sans doute. Cela a fonctionné au delà des espérances. L’inter LGBT en a rajouté une couche en demandant la PMA et la GPA. Faire trois pas pour revenir au premier. Les anti-mariage ont donné de la voix et pensent avoir empêché que ne s’ouvre le débat sociétal sur la PMA et la GPA.

Au final, et si le mariage pour tous n’était en fait que le prétexte pour permettre de créer une filiation ex nihilo, permettant aux plus riches, sans descendance directe, de transmettre un patrimoine comme chez les blancs hétéros cathos, grâce à l’adoption ?

Au grand bal donné pour célébrer le vote de la loi, Virginie et Caroline, côte à côte, serrent fort leur sac sur leurs genoux et regardent l’étreinte langoureuse des couples improbables sur la piste. Elles ont mal. La dureté des sièges ?

Demain, Paul Le Pâtre pourra se marier. Même à 83 ans. Adopter aussi. Il en a les moyens. « Pourquoi voulez-vous que j’entame une carrière de père à 83 ans, dira-t-il, en paraphrasant le Grand ». Père je ne sais pas. Mais fondateur de la Dynastie Le Pâtre, pourquoi pas ? C’est désormais autorisé.

Alain Charrier

Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.

Lire Aussi