Marine Le Pen contre l’oligarchie pseudo-républicaine

Publié le 13 décembre 2010 - par
Share

«Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c’est une occupation du territoire».

Cette déclaration de Marine Le Pen a déclenché un vif émoi dans la classe politique française, aussi bien à l’UMP qu’au PS. On s’indigne premièrement de la « stigmatisation d’une communauté », deuxièmement de la comparaison avec la situation de la France entre 1940 et 1944.

Pourtant, Marine Le Pen ne fait que décrire là une situation perçue par l’ensemble de nos concitoyens comme une nuisance objective au sein de l’espace publique. Les prières de rues ont en effet tout d’une occupation, c’est-à-dire d’une prise de contrôle, sous un prétexte quelconque (en l’occurrence la prière) d’un espace ou d’un territoire (ici, les rues qui entourent les mosquées « trop petites ») par un groupe de personnes constitué autour d’un objectif commun (ici, la démonstration de force communautaire par la transformation de l’espace publique en mosquée à ciel ouvert). Les prières de rues sont donc typiquement une occupation de territoire. Rappelons également que ces prières de rues sont parfaitement injustifiées même d’un point de vue religieux, puisqu’il est permis aux musulmans de prier à domicile lorsqu’ils ne trouvent pas de mosquées disponibles pour les accueillir. C’est d’ailleurs ce qui se passe en Algérie et en Tunisie.

D’ailleurs, les nuances qu’apporte Marine Le Pen à sa comparaison sont encore trop gentilles avec la réalité, car si on ne voit en effet aucun blindé lors de ces prières, un service de sécurité y officie systématiquement, indiquant aux fidèles quel zone est encore libre, aux passants quel détour prendre, calmant les automobilistes énervés, et se chargeant également de museler ceux qui voudraient poser trop de questions ou qui voudraient filmer d’un peu trop près l’activité. On se souvient ainsi d’un militant de Debout la République qui s’était vu violemment pris à parti par une milice religieuse improvisée alors qu’il cherchait à filmer la prière.

Deux autres points communs, plus alarmants pour nous, existent entre la situation de la France entre 40 et 44 et celle d’aujourd’hui. Le premier, c’est que ces banlieues de l’immigration sont le terreau d’une authentique extrême droite, à un triple titre : 1. Elles abritent une délinquance tribale profondément imperméable à la notion d’état de droit et très jalouse de ses prérogatives territoriales, 2. Elles sont le terreau d’un fanatisme religieux prosélyte et impérialiste, 3. Elles servent les intérêts de la bourgeoisie qui peut les utiliser comme armée de réserve, et/ou comme épouvantail sécuritaire/identitaire . Le second point commun, c’est le zèle identique avec lequel nos autorités devancent les exigences de l’ « occupant ».

Ces Prières de rues méritent donc bien le terme d’occupation, puisqu’elles occasionnent lors de ces prières un changement d’autorité : à l’état de droit se substitue un ensemble de règles communautaires permettant au culte de se dérouler tel qu’une poignée d’islamistes vindicatifs l’ont décidé avec la complicité plus ou moins tacite des commissariats locaux.

Un tollé insensé

Les réactions de l’ensemble de la classe politique montrent à quel niveau de reptation infantile sont descendus nos responsables politiques. La droite accumule ainsi les phrases creuses sans le moindre argument : « il faut arrêter de se mentir, c’est exactement la même personnalité que celle de son père (…) c’est exactement les mêmes techniques que son père, les mêmes amalgames, il faut bien le dire, les mêmes propos » nous dit Copé, tout en souhaitant un second débat sur l’identité nationale d’ici 2012, quand la notion même d’identité nationale est censé avoir été inventée par le FN. L’ancien escrimeur et ministre Jean-François Lamour se contente d’un proverbial « le naturel revient au galop », un peu trop vague et général pour faire mouche… Xavier Bertrand estime pour sa part que le FN de Marine n’apporte pas plus de solutions que celui de Jean-Marie. Quant aux solutions qu’il propose pour rétablir l’état de droit dans les rues que des fidèles d’une religion se permettent « d’obstruer » (on ose dire le mot), on n’en saura guère plus. On peut néanmoins les induire aisément de l’expérience passé : recours à des médiateurs, création de commissions de réflexion/négociation à un million payées par le contribuable, et pour finir, financement par l’Etat d’une mosquée cathédrale le plus près possible de la rue Myrrha. C’est d’ailleurs ce que préconise déjà Dalil Boubakeur. Hortefeux obtient la palme, préconisant la vigilance contre des idées qui peuvent se banaliser au-delà du FN. Phénomène de banalisation qu’il connait pour avoir été, contrairement à Marine Le Pen, condamné pour propos racistes.

A gauche, naturellement, c’est plus hystérique, donc forcément plus drôle. J’avais essayé de parier avec des amis qu’on nous ressortirait la grande insulte fétiche, mais aucun d’entre eux n’a voulu prendre le pari, à raison : « Marine Le Pen sort l’oriflamme fasciste. Elle déborde son père sur le terrain de l’extrémisme. » nous apprennent Kader Arif, Stéphane Le Foll, Bruno Le Roux et Faouzi Lamdaoui, tous responsables socialistes. Mélenchon nous apprend par ailleurs que le FN est fasciste et non populiste, contredisant ainsi l’analyse de Lionel Jospin, pourtant issu de la même formation trotsko-lambertiste que lui. Harlem Désir devait quant à lui hésiter sur le terme le plus adéquat, donc il tente une série : « xénophobe, islamophobe, antisémite (tiens ?) ».

Plus graves et scandaleux que ces aboiements sont certainement les propos d’Aubry, Montebourg, Hamon et Moscovici. Aubry : « Je suis très choquée, quand on sait qu’elle appartient à un parti qui n’a pas eu, pendant cette période dont elle parle, l’attitude républicaine et de défense de la France, donner des leçons aux petits-enfants de ceux qui ont libéré Marseille par ceux qui appartiennent à un parti qui a collaboré, c’est scandaleux. » Ce qui est scandaleux, c’est l’impeccable mauvaise foi de ces responsables de gauche. Faut-il rappeler que le Front National fut créé en 1972, et non en 1942 ? Rappeler encore que le chef du gouvernement Pétain Pierre Laval venait du centre droit après un parcours à la SFIO ? Faut-il rappeler que Marcel Déat, l’un des collaborationnistes les plus actifs, était membre du gouvernement du front populaire ? Que Jacques Doriot fut communiste ? Que Simon Epstein a démontré que la plupart des collaborateurs français venait de la gauche pacifiste ? Faut-il encore rappeler qu’autour de De Gaulle, il y eut dès 40, à Londres, des membres de l’Action Française, issu de l’extrême droite royaliste, ainsi que des anciens membres de la Cagoule, qui ne finirent pas tous dans la collaboration, loin s’en faut, quand d’autres dont le plus illustre est François Mitterrand, s’y rallièrent plus tard ? Que Pierre Laval et Marcel Déat furent victime d’une tentative d’attentat par Paul Colette, ancien des Croix de Feu ? Que l’amiral Darland fut assassiné par un (probable) royaliste, Fernand Bonnier de La Chapelle ?

Il est insupportable que des responsables politiques qui font chaque année un peu plus la démonstration de leur à-plat-ventrisme devant la menace que les conséquences du mondialisme et du sans-frontièrisme font peser aujourd’hui sur notre nation puissent se pavaner à tout moment dans les média, en se prévalant de certificats de patriotisme républicain acquis il y a plus de 60 ans et usurpés en partie !
Où est l’extrême droite ?

Mais il y a plus scandaleux encore, et c’est la morale idéologique à l’œuvre derrière cette cacophonie d’indignations. Que peut-on penser en effet de gens qui justifient de ne pas faire respecter la loi censée s’appliquer à tous au nom des actes prétendument glorieux de leurs aînés ? Que penser de ceux qui réclament des passe-droits vis-à-vis de l’Etat de droit, donc des privilèges, au motif que leurs grands-parents « ont libéré la France en 44 » (ce qui, on le sait désormais, est largement usurpé également ) ? Que penser de ces responsables politiques, qui comme Harlem Désir, nous expliquent qu’il y a un parti « dont le patrimoine génétique n’est pas inscrit dans les valeurs républicaines », ce qui revient en réalité à dire que la roture n’a pas le sang assez clair pour exercer le pouvoir ? Au nom d’une histoire tronquée et aménagée pour les besoins de la cause, on condamne le FN de Marine à ne jamais pouvoir se revendiquer de l’état de droit, de la laïcité, de la République. Ni même de la France. D’ailleurs, quelle expression révèle plus l’instinct profondément extrême-droitier de cette oligarchie pseudo-républicaine que les mots de la fille de diplomate Rama Yade : « Le FN représente même l’anti-France. »

Voilà où en est ce pays, mes amis : au point que nous tolérions qu’une fille de diplomate sénégalais nous donne des leçons de patriotisme avec un concept emprunté au pétainisme. Cette classe politique est la seule extrême droite moderne, celle de la contre révolution qui refusait de céder ses privilèges, celle qui justifie ses passe-droits par un passé glorieux qu’elle a à-demi mérité, celle qui prend systématiquement le parti de l’étranger contre celui du peuple.

Ugo Steiger

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.