L’esprit de l’article 28 de la loi de 1905 est hostile à la propagande religieuse dans l’espace public

Le combat de Riposte Laïque consiste, entre autres, à montrer que l’actuelle intrusion croissante des foulards islamiques sur la voie publique est la démonstration d’une manifestation prosélyte consistant à marquer l’islamisation du corps des femmes et du corps territorial de la France. Notre objectif est de parvenir à réduire, jusqu’à ce qu’elle devienne anecdotique, l’inscription de cette marque religieuse dans le paysage laïque français.

Le foulard, rappelons-le, est aussi tout à la fois le symbole de la soumission de la femme à l’homme islamique, un marqueur de discrimination sexiste puisqu’exclusivement imposé à la femme, un message adressé à l’homme non musulman pour lui dire qu’il ne sera jamais le conjoint potentiel d’une femme « enfoulardée », sauf à se convertir, un affront fait à toute femme puisque son pouvoir naturel de séduction est assimilé à de la prostitution et enfin un affront fait à tout homme, en assimilant celui-ci à un étalon en rut incapable de se contenir à la vue de la chevelure d’une femme.

Nous avons donc le devoir d’informer des méfaits de cet uniforme en répétant inlassablement autour de nous ces odieux objectifs poursuivis par ceux qui prescrivent le port du « foulétendard » islamique. Notre travail est d’autant plus indispensable que les médias n’offrent pas une caisse de résonnance suffisante pour permettre de convaincre de la réalité cachée de cet accoutrement islamique.

Or le pire peut survenir. Dans le cadre délétère actuel de restriction de la liberté d’expression par les menaces pesant sur les auteurs du film anti-islam et sur les caricaturistes de Charlie Hebdo et peut-être encore plus par les grenouilles de bénitiers qui voient de la provocation dès que l’on ose rire de la religion, l’utilisation de ces arguments ne sera peut-être plus permise.

Si on amenuise toujours plus la liberté de critiquer l’islam et le foulard, y voyant des provocations, si on poursuit la même politique d’immigration augmentant ainsi la part de musulmans consentant à cette propagande, on met en péril la République. Que restera-t-il alors comme moyens de dénoncer l’infamie de ce « foulétendard« ?

C’est sur ces piètres perspectives, que Marine Le Pen a préconisé l’interdiction du port du foulard et de la kippa dans l’espace public. Entre autres, deux critiques ont été essentiellement dressées contre sa proposition. Cette interdiction serait liberticide et anti-laïque.

Ces deux accusations se rejoignent car ceux qui affirment qu’elle serait anti-laïque se reposent sur l’article 1 de la loi de 1905 dans lequel est affirmé que la République assure la liberté de conscience. Et ils voient en cette prohibition une atteinte à la liberté de conscience. Celle-ci s’exprimera pourtant toujours par la possibilité donnée à tout croyant d’exercer sa religion dans un édifice religieux ou en privé. Il n’est pas plus interdit à une personne d’exprimer sa foi lors d’une conversation ou d’un débat.

Mais, comme l’a rappelé un avis du Haut Conseil à l’intégration (HCI), la liberté religieuse ne doit pas être confondue avec la liberté d’expression religieuse qui, elle, ne saurait être absolue. En effet cette liberté d’expression religieuse est restreinte par la laïcité « valeur constitutionnelle supérieure ». En évoquant le cas de l’entreprise, le HCI rappelle que la nécessaire sérénité sur le lieu de travail n’est pas compatible avec des expressions prosélytes. Certes, si un salarié peut exprimer son appartenance à une religion ou à un parti politique, en se faisant reconnaître tel qu’il est, ses propos ou comportements d’ordre idéologique ne doivent être que très occasionnels et ne causer aucun trouble à l’entourage. Ce qui amène le salarié à une certaine obligation de réserve sur son lieu de travail.

La loi de 2004 interdisant le port ostensible de signes religieux à l’école a été conçue selon la volonté de protéger les enfants qui ont besoin d’un droit à la neutralité et à l’impartialité.

Ce raisonnement, tenu pour l’entreprise et l’école, peut être tenu dans l’ensemble de l’espace public pour en garantir la sérénité. Effectivement, si l’on reconnaît que les enfants ont besoin d’un droit à la neutralité à l’école, on ne comprend plus pourquoi ils n’y auraient plus droit en se déplaçant dans la rue, étant alors soumis au spectacle de femmes sandwichs invitant au festin d’Allah.

Effectivement si des masses de catholiques ou d’évangélistes, imitant le dessein islamique de propagande visuelle du « foulétendard« , se mettaient à arborer quotidiennement  des manteaux sur lesquels seraient brodées de grandes croix, si des athées se mettaient à se promener avec des tee-shirts portant la mention « ni dieu, ni maître » ou « dieu est mort », pourrait-on croire encore à la sérénité de l’espace civil ?

Tout ce qui nuit ne pouvant être inclus dans l’espace de liberté, la sagesse devrait conduire à ne pas permettre cette expression concurrente et permanente de propagandes cultuelles. En effet le manque de sagesse et de tolérance de certains sectateurs des différentes religions fait douter de la plausibilité d’un espace public serein soumis aux multiples publicités religieuses.

Ces dernières se différencieraient des simples publicités commerciales car les spectateurs contraints seraient soumis éternellement à la vision des premières alors qu’ils ne sont soumis que temporairement aux secondes.

Une autre stratégie que le recours à cette loi mal perçue d’interdiction, car vue comme liberticide, serait de suivre la stratégie des anticléricaux du XIX° et du XX° siècle consistant à saper continûment l’idéologie religieuse par une argumentation et une caricature démontrant l’inanité de certaines pratiques religieuses. Malheureusement, comme nous l’avons vu précédemment, cet outil de critique ne bénéficie plus de la même  dynamique que celle impulsée par nos anciens anticléricaux, et il pourrait même être interdit si les astreintes à la liberté de critiquer les religions sont poursuivies.

L’accusation de liberticide repose aussi sur le fait qu’on interdirait à un individu de s’habiller comme il l’entend. La question est de savoir là si le « foulétendard » est un vêtement comme les autres. Non, évidemment, ce pour tous les symboles négatifs qu’il représente.

Enfin ceux qui parlent d’une loi anti-laïque négligent l’article 28 de la loi de 1905 qui stipule : « Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. »

Cet article 28 symbolise le plus ce qu’est l’esprit laïque français, à savoir l’accord tacite, jusque-là partagé par l’immense majorité des Français que l’on n’affiche pas ses opinions religieuses dans l’espace public. Les chrétiens, après bien des réticences, ont fini par l’accepter au fur et à mesure du XX° siècle, ce qui a permis de mettre fin à la querelle cléricaux-anticléricaux et de pacifier la question religieuse.

L’objectif de cet article est bien d’empêcher un marquage religieux de l’espace public. Cela montre que face à une offensive de propagande religieuse, l’Etat ne reste pas neutre, ne laissant pas se développer ce dessein religieux. Certes les verbes utilisés « élever », « apposer » suggèrent un marquage sur des bâtiments ou sur le sol. Les personnes ne sont pas évoquées. Une lacune bien dommageable et regrettable aujourd’hui. Certains députés de 1905 voulaient justement incorporer à cette interdiction, les vêtements des curés et des religieuses, ce qui ne fut finalement pas fait.

L’anticléricalisme d’antan triomphant de l’emprise catholique sur la société, les législateurs, par souci d’apaisement, n’eurent pas la préoccupation de proscrire totalement sur la voie publique tout signe d’expression religieuse individuelle. On a pu penser longtemps que cette magnanimité s’avérait réaliste, en constatant tout au long du XX° siècle la diminution du nombre de soutanes et la sécularisation progressive de la société. Nos concepteurs n’ayant pu prévoir la percée soudaine des foulards étendards à partir des années 90, ce fut là une grave erreur.

Aussi, l’augmentation régulière du nombre de femmes « enfoulardées » sur la voie publique révèle aujourd’hui l’insuffisance de la loi de 1905. Pourtant par l’article 28, l’esprit de la loi indique l’opposition à tout signe religieux dans l’espace public, comme peut l’être le « foulétendard » ambulant. Marine Le Pen, par son souhait d’interdiction du foulard et de la kippa, se place en fait dans la continuité de cet article 28 de la loi de 1905 dont l’objectif était de ne pas permettre un marquage religieux de l’espace public.

Dans la logique libérale de notre société, cette proposition  de Marine Le Pen est mal perçue. Aussi, dans l’idéal, le mieux serait que les militants laïques aient la possibilité d’exposer leurs arguments pour convaincre de la stupidité et du danger du ‘foulétendard’ ; mais si on la leur retire, il faudra étendre l’interdiction de signes religieux mentionnée dans l’article 28 aux personnes se déplaçant dans l’espace public. En attendant, Marine Le Pen, nous relayant, a le mérite de lancer un débat autour d’un sujet jusque-là tabou.

Jean Pavée

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