Marseillaise : Cherchons, cherchons, qu’un savoir sûr raille leurs aversions !

Publié le 25 mai 2014 - par - 467 vues
Share

jaime-mon-paysLes paroles de La Marseillaise ne relèvent pas de la grande littérature. Ni de la petite d’ailleurs, et c’est un doux euphémisme que de le dire. Est-ce qu’il existe quelque part un monde où les sillons tracés à la charrue ont soif et où le sang versé peut mettre fin à la sécheresse de la terre ? Peut-on dire de la terre qu’elle s’abreuve ? Y a-t-il dans le monde connu un pays dont les hommes, fussent-ils des soldats, « mugissent » ? Peut-on dire d’un étendard, fût-il celui de la tyrannie (mais la tyrannie a-t-elle un étendard ?), qu’il est « levé » contre quelqu’un ? Que signifie ce « contre » ? La proximité ou l’adversité ? Au cours de son histoire, la France a affronté beaucoup d’ennemis. Même quand ils étaient « féroces », ces ennemis faisaient la guerre et la guerre, quand elle n’est pas le djihad, a un tout autre objectif que l’égorgement des femmes et des enfants. Toutes paroles font de la mauvaise littérature. Certes, les anthologies de la littérature, dans quelque langue qu’elle soit écrite, sont pleines de fadaises de ce type, et pires encore – ce qui n’indigne ni Mme Taubira, qui est experte en poésie d’estrade, ni M. Wilson, qui histrionne dans des navets.

A ce rapide examen, on pourrait objecter qu’il n’a jamais été dans l’intention des compositeurs de La Marseillaise, qui ne se nomment ni Baudelaire, ni Chopin, de faire une œuvre d’art. Pourtant, le fait que ce ne soit pas de l’art, sinon de l’art très kitsch, n’empêche pas que cet hymne exprime de façon symbolique la France ou la très haute idée que les Français et les hommes, où qu’ils vivent et quelles que soient leur nationalité, origine, lignée, « trace », etc. se font de la France. Il en va ainsi de tous les symboles. La Tour Eiffel, l’Arc de Triomphe, le Palais Bourbon ne sont pas des chefs d’œuvre de l’architecture ; cela n’empêche pas que ces édifices symbolisent Paris, la France, la Nation, la République… L’histoire d’un pays, les symboles qu’il adopte, les mythes qui l’alimentent sont à l’image de La Marseillaise : un peu ridicules, bébêtes, presque enfantins… Les hommes sont ainsi : ils admirent ou vénèrent des réalités qui ont une haute charge spirituelle ou symbolique, mais qui, quand cette charge est oubliée ou niée, semblent insignifiantes ou haïssables. Mme Taubira croit-elle qu’elle va entrer dans l’Histoire ? Si elle reste dans la mémoire des Français, ce sera comme la bouffonne d’un régime à vau l’eau qui est près de sombrer. Que restera-t-il dans quelques décennies de M. Wilson ? Rien. Qui se souvient de son père ? Personne. Il n’est pas près d’entrer dans l’Histoire… à moins qu’il ne cherche à en forcer les portes en utilisant comme bélier les saillies sur La Marseillaise

Que les paroles de La Marseillaise soient de la piètre littérature, n’importe qui peut en convenir. Que la musique soit martiale, voilà qui est sans conteste. Mais cela ne suffit pas à en faire un chant raciste, sauf à donner à raciste le sens dans lequel l’emploient les antiracistes de subvention, c’est-à-dire « d’une sale race ».

Ce pastis a pour cause les deux mots sang impur. A la fin du XVIIIe siècle, quand La Marseillaise a été composée, que désignait-on par ces deux mots ?

Dans son Dictionnaire universel (1690), Furetière est le premier qui établisse le sens « social » de sang impur et de l’antonyme sang pur. Ce sens est propre à la division de la « société » d’Ancien Régime en trois ordres ou états : noblesse, clergé, tiers-état, et aux vanités que cette division faisait croître chez ceux qui appartenaient à la noblesse. « On dit aussi, pour vanter une ancienne noblesse qui ne s’est point mésalliée, qu’il n’est point entré de sang impur dans cette maison ». Autrement dit, les membres de cette « maison » n’ont eu d’enfant et n’ont pas fait d’enfant avec des gens du tiers-état, qui, eux, sont d’un sang impur. La définition est reprise par Barré en 1842 dans le Complément au Dictionnaire de l’Académie française : « Sang impur s’est dit par opposition à Sang noble ». Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694), ce sens est exposé à l’entrée pur : « On dit qu’un prince est sorti du plus pur sang du monde pour dire du sang le plus noble et le plus illustre ». Il en va de même dans le Dictionnaire de la langue française (Littré, 1872) : « La pureté du sang se dit d’une famille de haute extraction dans laquelle il n’y a point eu mésalliance ».

Outre ce sens social, sang impur a un sens moral. En 1762 et en 1798, dans le Dictionnaire de l’Académie française, il est indiqué ceci : « On dit figurément et poétiquement qu’un homme est né d’un sang impur pour dire qu’il est né de parents notés », notés, c’est-à-dire ayant mauvaise réputation. Dans les éditions ultérieures (1835, 1879, 1932-35), l’adjectif notés est remplacés par flétris (« Figurément : être né d’un sang impur, être né de parents flétris, connus pour de malhonnêtes gens », 1835, 1879, 1935). Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1872) reprend cette définition : « Être né d’un sang impur, être né de parents malhonnêtes, déshonorés ». Il n’y a aucun racisme, aucune xénophobie, aucune haine dans sang impur ou, si racisme il y a, il est seulement dans la tête de ceux qui éructent leur haine raciste à l’encontre de la France.

Les choses étant ce qu’elles sont, il est possible d’établir le sens de l’injonction honnie « qu’un sang impur abreuve nos sillons ». Le sang qui doit être versé, c’est celui du peuple, du tiers-état, des sans grade, des non nobles, des « impurs », etc. Le peuple est incité à verser son sang (son propre sang, jugé impur) pour défendre la France envahie par les armées ennemies, composées majoritairement de nobles, ayant tous un sang très pur. C’est un équivalent de « verser son sang pour la patrie » – non pas le sang des envahisseurs, mais celui des défenseurs de la patrie attaquée. Si cette injonction est raciste et xénophobe, alors il faut considérer les combattants de la France libre et de la Résistance comme des racistes et des xénophobes, et en retour les nazis (boches, chleuhs, frisés, etc.) pour des humanistes qui auraient été la cible de la haine rance de franchouillards avinés et drogués.

La Révolution a été une rupture. Avant la Révolution, le droit de porter les armes était réservé à la noblesse. Elle versait son sang pour défendre la patrie, ce qui justifiait les privilèges dont elle jouissait. En 1789, les privilèges ayant été abolis, pour la première fois dans l’histoire, le tiers-état, le peuple, les hommes de « sang impur » ont eu le droit de porter les armes et ils ont naturellement versé leur sang impur pour défendre la patrie. Voilà la signification du « sang impur ». C’est pourquoi les résistants entonnaient La Marseillaise quand ils se trouvaient devant le peloton d’exécution. Mme Taubira et M. Wilson ne se trouveront jamais devant un peloton d’exécution et la Résistance, ils s’en tapent. Ils entonneraient volontiers en public « Maréchal, nous voilà », dont aucun mot apparemment ne les indigne.

Etienne Dolet

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.