Marseille : comment la famille Vladimir réagit à la guerre que vient de lui déclarer M’sieur Valls…

Les annonces du Gouvernement concernant la situation à Marseille, annonces confirmées par Monsieur Valls ce matin même sur France-Info, ont fait l’effet d’une bombe thermo-nucléaire dans les quartiers concernés. À peine connues les décisions de renforcer le dispositif de sécurité et de créer la grande métropole phocéenne, l’agitation a gagné barres, dalles et centres commerciaux. Manifestement, la vigueur de la réaction aux tueries provençales porte loin, haut et fort.

Riposte Laïque ne pouvait manquer l’occasion d’enquêter sur le vécu de citoyens désormais confrontés, dans la calme ordonnance d’existences sans histoires, à la nécessité de s’adapter. Bien entendu, la famille interviewée ne saurait être représentative de l’ensemble des famille Vladimir résidant à Marseille…

De notre envoyé spécial.

7 Septembre 2012. 08h12.

Vladimir B. 20 ans, remonte de la cave de son immeuble. Sa chemise poussiéreuse atteste d’une longue traversée souterraine. Dans ses bras, des sachets plastifiés plus ou moins volumineux contenant une sorte de farine ressemblant à celle des pâtes à pizza. Bien que pressé, le garçon accepte de nous détailler l’opération en cours : » Ta mère, c’est le chaos. Deux cents keufs en renfort, c’est la guerre, alors on déménage l’essentiel ». Pour quelle destination? « Je ne sais pas. Ici, on rassemble pour le moment, wesh, on nous parle d’un repli vers des villages du Lubéron ».

Vladimir se hâte vers sa BMW 6 cylindres en V, une bête à 240.000 Euros payée en liquide. Le temps d’enfourner sa farine dans le coffre et de démarrer, son frère aîné Vladimir, licence de sociologie, médiateur le jour et convoyeur la nuit, nous demande qui nous sommes et ce que nous faisons là. Rassuré, il se livre un peu. « Le Lubéron, c’est tranquille, et joli. Les Céfrans nous envoient l’armée, faut se réorganiser. Là-haut, c’est du kif, et puis on sera plus près des clients ». Sur ceux-là, Vladimir se veut discret voire évasif. « Des gens connus, télé, cinéma, presse, politique. le TGV les met à trois heures de Paris. Ils sont exigeants, surtout quand ils sont en manque. On pourra livrer plus vite. Chez nous, le camé est roi ».

Vladimir nous présente le petit dernier de la fratrie, Vladimir, 11 ans. Guetteur au coin des rues de Gaulle et Jean Moulin. Dans une grimace qui en dit long, le médiateur s’épanche. « On le payait jusqu’ici avec l’allocation de rentrée scolaire. C’est un problème maintenant ». Nous lui faisons remarquer que ladite allocation a substantiellement augmenté. Argument balayé d’un crachat sur ma chaussure droite. « C’est un scandale, on nous prend pour des minables. Ce gosse va se retrouver sans argent de poche, désoeuvré entre l’école et la cave. Ca peut être le début d’une dérive, en plus qu’on va lui apprendre l’instruction civique, la laïcité et toutes ces conneries. On marche sur la tête, en France. Excusez moi… »

Des garçons courent, porteurs de sacs à dos d’où dépassent des crosses et des canons d’armes à feu. Vladimir leur donne quelques ordres brefs. Kalachnikovs? Vladimir est formel. « Cinq cent euros l’unité. Ca, on le garde en ville pour les visites aux bijoutiers et le dialogue avec la concurrence. Deux cents keufs de plus, c’est énorme, un pour vingt mille habitants. On doit prendre des précautions ». Où vont les armes? Vladimir n’en dira pas plus. L’opération est rondement menée, en moins de trente secondes, la mission a disparu corps et biens.

Le père de Vladimir nous rejoint. Chèche rouge, djellaba aux bords élimés, babouches. À cinquante sept ans, il vit avec sa femme de quelques subsides de l’État. Abord plutôt rugueux. On sent l’homme habité par une colère qu’il tente de maîtriser. « Mon propre père vient d’arriver du bled » proteste-t-il. « Il a toujours vécu là-bas. Son premier mois de retraite ne lui a pas encore été réglé. Sept cents euros que la France garde pour elle. C’est quoi, ce pays? Et vous vous étonnez que les jeunes soient obligés de trouver de quoi survivre dans le commerce international? » Vladimir sourit. Les vieux sont toujours à se plaindre. « On ira tous ensemble à La Mecque pour le pèlerinage. C’est moi qui offre. La religion, ça met tout le monde d’accord ».

Vladimir se veut apaisant. Le prochain statut de métropole pour Marseille n’arrangera pas que les promoteurs immobiliers. Tout le monde y trouvera son compte, à commencer par les dealers bénéficiant enfin d’un territoire cohérent. « Les bandes feront la paix. L’union sacrée! »

Pour les deux cents keufs, on verra comment les faire galoper sur des pistes brouillées. Certes, le chiffre a de quoi inquiéter, le gouvernement met les grands moyens, c’est un véritable défi, une insulte à la citoyenneté normalisée, mais les réseaux en place depuis des décennies fonctionnent. Au besoin, on s’alliera avec les Russes, avec les Roms même, s’il le faut. Si on veut les mettre au travail, ceux-là, qu’on aille jusqu’au bout. Marseille est prête à les intégrer dans son système économique. À une offensive d’une telle envergure, il faut répondre par la fusion des énergies, par le désir de résistance et par la ferme croyance, celle qui absout par avance les erreurs et les fautes. « Dieu nous guide, Lui seul sait, avec Lui nous vaincrons », tranche Vladimir.

Le quartier s’anime, dans une symphonie de couleurs. Boubous éclatants, niqabs couleur nuit d’Orient, gants, voiles légers des fillettes. C’est encore l’été, une atmosphère de fête sage flotte au-dessus du grand déplacement de matériel. Le nettoyage des caves suit son cours parmi une foule indifférente (complice quelque part?), on se croirait sur le marché de Kaboul, au milieu des portefaix transpirants, des charrettes à bras, des épices étalées. Vladimir se détend. Monsieur Valls peut venir fouiller le champ supposé de bataille. Tout y est paisible. Au loin, un muezzin chante, en fermant les yeux on pourrait se croire à Istamboul, à Marrakech ou à Djakarta.

Vladimir II est déjà de retour. Mission accomplie. La farine-qui-fait-rêver-le-dhimmi est en lieu sûr. Prochaine étape, le Lubéron, ou le Massif des Maures au nom si évocateur d’anciennes gloires militaires. « Huit cent mille putes chrétiennes expédiées au harem, en moins de trois siècles! Les anciens avaient le grinta! » Vladimir en est encore épaté. Il nous invite à boire un thé à la menthe. On fumera une chicha, c’est un beau jour. « Et puis, regardez », nous lance-t-il, joyeux, en conclusion « ces couleurs, ces vêtements! La France est triste en complets-vestons, jupes ras-la-moule et jeans délavés. American model! La France change mais elle doit garder ses traditions. Un pays qui perd ses traditions est un pays mort. Ici, gloire à Dieu, c’est un des derniers endroits où l’on peut encore voir des gens en costumes régionaux! »

Arthur Paris

Alain Dubos

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