Marseille islamisée : ce qu’écrivait RL en 2009, dans “Les dessous du voile”

Publié le 10 juin 2014 - par - 2 084 vues

CouvertureHOMMAGE A BRIGITTE BAYLE

Chronique marseillaise d’un obscurantisme rampant

Si je vous parle de Marseille, ce n’est pas parce que c’est une ville un peu différente de la plupart des grandes villes de France, mais parce que j’y habite. Certains diront qu’il s’y passe globalement les mêmes choses qu’à Paris, Lille, Lyon ou Strasbourg avec la mer et le soleil en plus. Mais ici, comme me disait, un jour, un chauffeur de taxi : « On y voit mieux qu’ailleurs la misère humaine! ». Je peux vous parler de cette misère humaine avec le regard de ceux qui ne s’arrêtent pas au seul constat d’une pauvreté affichée. Elle n’est pas faite que de mendicité, elle n’est pas seulement visible dans la saleté des trottoirs ou dans l’insalubrité de certains immeubles du centre ville. Elle se lit sur un autre registre, celui de la misère des esprits, celui du marquage subtil d’un obscurantisme qui ne dit pas son nom.

En regardant ce qui se passe à Marseille, nous comprenons pourquoi la laïcité est un bien précieux que nous ne devons, à aucun prix, sacrifier sur l’autel du relativisme et de la bien-pensance. Il s’agit de mesurer à quel point l’offensive de la religion musulmane, dans la sphère publique comme dans l’espace de la vie civile, soumet sournoisement toute une frange de la population à un dogmatisme religieux où la liberté de conscience fait place à l’esclavage des esprits.

Il s’agit d’ouvrir les yeux sur l’évolution d’une dictature lancinante, les travers subtils d’un prosélytisme fascisant qui met en péril les valeurs de notre République et fait régresser les acquis émancipateurs des femmes de notre pays. Plus grave que la misère humaine, c’est de la décadence d’une société dont il s’agit. Pourquoi parler de décadence à propos du voile ? Pourquoi parler de prosélytisme quand il ne s’agit que d’un élément vestimentaire qui, somme toute, ne dérange personne et pas même celles qui le portent ? Pourquoi faire tant de cas d’un simple bout de tissu quand il y a tant d’autres problèmes à résoudre ? Pourquoi se focaliser sur le foulard islamique, le déclarer inacceptable pour le “vivre ensemble” et prendre le risque de se voir traîner en justice comme l’a été Fanny Truchelut qui avait demandé à une militante islamique de le retirer dans les parties communes de son gîte ?

Parce que le voile n’est pas un accessoire vestimentaire anodin, ce n’est pas qu’un signe religieux, il n’est pas qu’un signe d’appartenance à une communauté, il n’est pas qu’une preuve de leur bonne conduite pour les musulmanes qui le portent. Ce voile, que certaines d’entre elles savent porter avec élégance et coquetterie, est avant tout un signe de subordination des femmes, le révélateur d’un machisme séculier entretenu par toutes les religions mais que l’islam impose comme loi. Le nombre toujours croissant de femmes enfoulardées dans les rues de nos villes prouve que notre pays va mal, que nos valeurs de liberté et d’égalité ne veulent plus dire grand chose au regard des préceptes coraniques qui s’imposent comme contraintes à une partie de plus en plus grande de la population de notre pays. La prolifération du voile prouve que notre société régresse. Ce phénomène de régression est sans commune mesure avec ce que notre Histoire à déjà connu. Il s’attaque au coeur même de notre principe de laïcité garante de l’égalité des sexes. Le voile, c’est le déclin de l’intelligence critique issue des Lumières, la négation du progrès des consciences, le signe d’un endoctrinement des esprits, le retour à un archaïsme moyenâgeux qui relègue au second rang de l’humanité toutes les femmes qui le portent. C’est aussi cela, la misère humaine, c’est l’ignorance à la merci des dogmes, c’est le repli identitaire et le formatage des esprits, c’est la négation de l’égalité des sexes, c’est le recul de la liberté de conscience qui ouvre la voie au totalitarisme.

Ri7BrigitteBreBayle 1  001A force de croiser au quotidien tant de femmes voilées, on s’y habitue. On ne s’étonne plus de voir dans nos rues certaines tenues qu’on croyait réservées aux musulmanes des pays intégristes les plus totalitaires. Avec un peu de lucidité certains citoyens laïques, comme moi, peuvent se demander pourquoi notre armée va combattre les Talibans à l’autre bout du monde quand des intégristes musulmans vivent sur notre territoire en toute impunité. Les lettres envoyées à quelques élus locaux à ce sujet sont restées sans réponse. La plupart des responsables politiques se contrefichent de ce que pensent les citoyens et préfèrent de toute façon évacuer certains problèmes pour éviter de heurter une partie de leurs électeurs.

Il faut bien reconnaître que, dans sa grande majorité, la population de cette ville cosmopolite qu’est Marseille ne s’interroge plus. Elle s’accoutume à l’absurde, elle feint l’indifférence pour se fondre dans la normalité, elle ne connaît plus l’intolérable.

Les dégâts du relativisme culturel

L’intolérance est d’ailleurs devenue un gros mot depuis que certains spécialistes en sciences humaines ont propagé leurs discours d’intellectuels compatissants dans la haute sphère de la pensée correcte, celle qui se situe plutôt à gauche. De Claude Lévi-Strauss à Durkheim en passant par Marcel Mauss ou Robert Jaulin, des sociologues, ethnologues et anthropologues, tous courants confondus, ont entretenu cette imposture intellectuelle qui consiste à analyser les comportements sociaux en général, et plus particulièrement les modes de fonctionnement des sociétés primitives, en refusant d’en apprécier les effets. Par obligation de neutralité scientifique, au nom du respect des différences, au nom du respect des coutumes, des traditions et des croyances, ils ont introduit la notion faussement humaniste du “tout se vaut”, notion qui a donné sens à ce “relativisme culturel” dont on nous rabat les oreilles, et qui interdit aux sociétés occidentales dites “modernes” de s’affirmer plus évoluées que les tribus d’Amazonie. Ils ont relégué certaines pratiques barbares ritualisées dans la catégorie des objets d’étude comme le sont l’art primitif ou les cérémonies
chamaniques des sorciers Vaudous.

C’est ainsi que des sociologues ont scandaleusement jugé acceptable la pratique de l’excision au prétexte qu’il ne fallait pas s’appuyer sur nos valeurs occidentales pour condamner ce rituel ancestral car il fallait en comprendre la portée sociologique. Il n’est pas inutile de rappeler que les mutilations génitales, qu’on peut classer dans le répertoire des rites initiatiques les plus sadiques, furent longtemps décrites par des experts incontestés en sciences humaines comme une singularité ethnologique, comme une tradition parmi d’autres dont l’intérêt était de maintenir la cohésion du système tribal en Afrique. Ce n’est qu’en 1979 que le premier procès contre des exciseuses a eu lieu en France grâce à la prise de conscience de la gravité du phénomène par des médecins des services sociaux. Mais personne ne saura combien de petites filles ont subi auparavant ces atrocités dans le terrible secret de nos cités ghettos, sous la bénédiction d’intellectuels irresponsables et avec le silence complice de certains médecins de PMI. Encore aujourd’hui, on estime à environ vingt mille le nombre de fillettes pouvant subir une excision lors d’un séjour au “pays” quand ce n’est pas dans le huis clos d’un appartement HLM de nos banlieues.

Il y a peu, c’était ce “relativisme culturel” qui faisait accepter la polygamie, à présent interdite en France. Aujourd’hui, c’est toujours ce “droit à la différence” qui est mis en avant pour justifier qu’en France des femmes puissent vivre enfermées, qu’elles puissent être considérées comme des mineures durant toute leur existence, tour à
tour sous la coupe de leur père, de leur frère et de leur mari. C’est cet excès de tolérance qui nous contraint à supporter la vision quotidienne, dans les rues de nos villes, de ces êtres sans visage, prisonnières consentantes venues d’un monde obscur pour propager une idéologie destructrice qui sape peu à peu les bases d’un humanisme universel. Elles sont une menace pour toutes les femmes libres du monde. Elles sont une insulte à ces femmes exemplaires qui luttent depuis des générations pour ne pas être enfermées sous le voile de la honte. Elles sont une injure à celles qui ont payé de leur vie pour faire avancer les droits émancipateurs des femmes en Algérie, en France, au Maroc, en Iran et ailleurs.

Il est certains mots de la langue française qu’il est aujourd’hui difficile de prononcer sans être assimilés, sous la pression du politiquement correct, à des individus suspects ayant forcément des accointances avec l’extrême droite. Il en est ainsi du mot “intolérance”. Il faut pourtant être intolérant pour faire respecter la loi républicaine.
Aujourd’hui, le droit à la différence est assimilé à la différence des droits par tous les responsables politiques qui accommodent la laïcité en fonction des revendications communautaires.

Pour les partisans d’une laïcité ouverte, l’équation est simple. L'”intolérance” conduit à la “discrimination”, ce qui mène sans beaucoup de détour au délit de “racisme”. Avec les recommandations de la Halde, les encouragements du Mrap il ne sera pas étonnant de voir ces trois mots définis comme des synonymes dans la prochaine
édition du Petit Robert. Le militant de base de la LDH n’a pas à se creuser les méninges pour comprendre les subtilités de ce raccourci linguistique. Et au cas où notre belle jeunesse black-beur ne saurait percevoir le racisme ambiant dont elle est victime, les bons apôtres de la tolérance sont là pour tout expliquer.

C’est ainsi que j’ai pu assister à l’intervention d’une grande subtilité démagogique d’un bobo-barbu estampillé “LDH” devant un public diversifié de jeunes adultes en stage de formation citoyenne. Le discours de ce militant des droits de l’Homme envoyé en mission pour éveiller les consciences juvéniles était simple : vous êtes tous des victimes de racismes en tous genres “racisme anti-noir”, “racisme
anti-arabe”, “racisme anti-jeune” mais vous ne le savez pas. Je vais vous ouvrir les yeux, je suis là pour vous aider à prendre conscience de votre tragique condition. Sachez que vous avez des droits, je vais vous apprendre à vous en servir !

Il fut étonnant d’entendre la réaction d’une jeune fille, dont le père était africain et la mère d’origine algérienne. Elle expliqua qu’elle avait toujours su se battre contre l’hostilité de certains individus envers sa “différence”, qu’elle ne tenait pas à ce qu’on la considère comme une victime et qu’elle refusait qu’on lui dise ce qu’elle devait faire et penser. Il est bien évident que le professeur LDH, venu tout spécialement pour faire son exposé sur le racisme, n’a pas lâché le morceau car pour lui, cette jeune fille subissait de graves injustices sans en avoir réellement conscience. C’est de cette façon que l’on fabrique une jeunesse haineuse, de celle qui siffle la Marseillaise, qui crache sur le drapeau Français et qui saccage tout ce qui symbolise la République. Nous avons, en France, une bobocratie qui attise, par son discours victimaire, les violences urbaines et les incivilités récurrentes.

Intolérables voiles

Du simple foulard à la burqa en passant par le tchador ou le niqab, les tenues ostentatoires des musulmanes marseillaises passent par toutes les formes de morceaux de tissu plus ou moins laids et plus ou moins couvrants. En dehors du simple foulard islamique, voile le plus répandu qui permet quand même aux jeunes femmes de s’habiller en jeans, il est toujours difficile de mettre un nom exact sur ces tenues. Le tchador, porté en Iran, est un vêtement qui ne laisse apparent que l’ovale du visage. Le niqab, lui, est constitué d’une lucarne pour les yeux alors que la burqa masque, la plupart du temps, entièrement le visage. La burqa ne laisse rien à découvert, elle est la plus cloisonnante des tenues islamiques. C’est l’uniforme que portent les afghanes. Avec le niqab ou la burqa nous n’avons que peu d’indices
visibles permettant de constater qu’il s’agit bien d’un être humain qui est dessous.

Ici comme dans d’autres villes de France, il n’est pas si rare de croiser dans les rues, dans les bus ou dans les magasins ces sortes de camisoles étranges faites de tissu sombre et grossier qui cachent les visages et transforment en fantômes difformes des individus qui les portent. A Marseille ces silhouettes empaquetées, dont on ne voit rien ou parfois que les yeux à travers une toute petite fente de tissu, peuvent accéder, sans être identifiées, dans des lieux publics, comme à la bibliothèque municipale, par exemple. C’est ainsi qu’à la grande bibliothèque publique de l’Alcazar, située en plein centre ville, j’ai pu voir rentrer une femme voilée jusqu’aux yeux sans qu’aucune vérification sur son identité n’ait été effectuée. Les vigiles contrôlant l’entrée lui ont simplement demandé d’ouvrir son sac comme tout le monde, mais rien d’autre. A Marseille, les agents de sécurité ne sont pas exigeants. Ils préfèrent éviter les excès de zèle et ne veulent pas créer d’incident surtout lorsqu’il s’agit, comme pour l’Alcazar, d’un lieu public culturel et qu’il est situé dans un quartier populaire. Et puis, ainsi que me l’a expliqué le responsable de la surveillance, ils ont des consignes strictes de la direction, et entre autres, celle d’être tolérants. L’important, toujours selon les propos du chef de la sécurité, c’est que la culture reste accessible à tous. On ne peut refuser à ces femmes-là, même voilées jusqu’aux yeux, la possibilité de se distraire et de s’instruire. Il faut faire du social, c’est la politique de la ville.

Après avoir assisté à cette mascarade je me suis demandé si un individu cagoulé passerait les contrôles aussi facilement qu’une musulmane en burqa. Entre la cagoule et le niqab, quel serait l’individu refoulé au nom du plan vigie-pirate ? Je vous avoue que je n’ai pas encore tenté le coup de la cagoule mais que j’y pense fortement.

En France les musulmanes en burqa font leurs courses sans problème dans les grands magasins de la ville, personne ne s’étonne d’un accoutrement aussi excentrique. Il faut dire qu’à Marseille, peut-être plus qu’ailleurs, on rencontre des énergumènes particulièrement extravagants. C’est vrai qu’il vaut mieux s’y habituer le plus rapidement possible pour ne pas tomber dans la déprime. C’est ainsi que les Marseillais peuvent côtoyer, dans les rayons du Monoprix de la Canebière (et pas que dans celui-là), des “fantômettes” noires gantées et masquées jusqu’aux cils. Quand elles passent à la caisse, je vous assure qu’on a l’impression de plonger subitement dans un monde parallèle. De constater, par dessus le marché, que ces personnages sans visage suscitent des comportements totalement absurdes de la part de certaines personnes du magasin, est encore plus consternant. Non seulement on s’écarte pour les laisser passer dans les allées du supermarché, mais c’est tout juste si on ne leur laisse pas la première place dans la file d’attente. Et lorsqu’une caissière, voyant la dame engoncée dans son paquetage de tissu, quelque peu handicapée par ses gants et sa vision de cyclope, en vient, avec une autre cliente, à l’aider à ranger ses courses dans les sacs plastiques, cela devient véritablement surréaliste.

Le niqab de l’école maternelle

Dans le même quartier, près du vieux port, une mère d’élève, un triangle de tissu blanc sur le visage peut entrer aussi librement dans une école maternelle, quatre fois par jour, sans que personne ne pose jamais la question de son identité. Si vous voulez l’identifier, a conseillé l’inspecteur de circonscription interrogé par la directrice, il suffit de lui demander d’accrocher un badge à son vêtement. Bien entendu, personne n’a demandé à cette femme de porter un signe distinctif à sa boutonnière, tout le monde a trouvé cela absurde. Le signe distinctif, elle le portait déjà sur le nez. Les enseignants de Marseille ont aussi peu d’exigence en matière de sécurité que les vigiles de la bibliothèque de l’Alcazar. Et quand il s’agit de faire face à d’éventuels conflits avec les familles, les plus courageux baissent les bras en pestant contre une hiérarchie qui ne les soutient pas. Il suffit que l’Inspection Académique recommande aux directeurs d’école de ne pas faire d’histoire avec les parents d’élèves pour que tout rentre dans l’ordre à la moindre alerte. A Marseille, on laisse donc entrer une personne non identifiable dans un établissement scolaire avec la bénédiction de l’Inspecteur de circonscription qui, comme la plupart des responsables de l’Education Nationale, préfère balayer les problèmes trop complexes d’un revers de manche.

Quand j’ai parlé d’atteinte à la laïcité et de l’image dégradante que cette femme donne à voir aux enfants, ce fut peine perdue. Je me suis heurtée à un mur d’indignations de la part de mes collègues qui affirmaient qu’il valait mieux accepter l’accoutrement grotesque de cette mère d’élève que de lui interdire l’entrée de l’école.

Le personnel municipal qui s’occupe des enfants à la cantine, ATSEM, reçoit, parfois par l’intermédiaire des enseignants, les demandes de dispenses de viande pour certains enfants musulmans. Il n’y a plus de porc aux menus de la plupart des écoles publiques de la ville de Marseille. Néanmoins, de plus en plus de familles exercent des pressions auprès des agents municipaux responsables de la restauration scolaire afin d’obtenir des dérogations de viande pour leurs enfants sous prétexte qu’elle n’est pas halal.

Il faut dire que l’estampille “halal” foisonne en abondance sur les restaurants du centre ville entre La Canebière et la Porte d’Aix. A quelques rues près, les “boucheries du bonheur” ou autres “paradis de la viande” et d’autres boutiques d’alimentation halal occupent la majeure partie du quartier de Noailles. Le halal est en pleine expansion et envahit des quartiers entiers où il est impossible de trouver autre chose. « Vous n’avez qu’à vous y faire, m’a dit un jeune musulman lors d’un débat public, la viande halal c’est meilleur pour la santé » ! Que la viande halal soit autorisée dans les cantines des écoles publiques, comme le réclament nombre d’associations musulmanes, serait une manne financière juteuse pour ceux qui ont le monopole du commerce de la “viande sacrée”.

Du foulard à la burqa, l’engrenage d’un endoctrinement

Ce n’est pas un hasard si le nombre de voiles “intégral” augmente avec le nombre croissant de voilées “ordinaires”. Le voile cautionne la burqa. Le message propagé par les imams est clair : il faut porter le voile pour être une bonne musulmane, mais pour devenir le top de la super-bonne musulmane, il faut cacher son corps tout entier. Entre les deux, il y a des étapes possibles mais l’engrenage est irrémédiable. Ce qui est inquiétant, c’est de savoir que rien n’est fait pour arrêter cet engrenage. Ce qui est insupportable, c’est de savoir que nos dirigeants, si prompts à défendre l’égalité des sexes et la dignité des personnes, Agents Techniques Spécialisés en Ecole Maternelle sont incapables de prendre des mesures pour interdire ces tenues grotesques. Combien de citoyens se sentent agressés à la vue d’une burqa dans la rue? Faudra t-il encore longtemps ruminer sa révolte en silence, en sachant qu’elle est partagée par d’autres citoyens aussi résignés ? Allons-nous devoir encore longtemps nous taire devant tant de pusillanimité de la part de nos responsables politiques qui refusent obstinément de prendre des mesures contre l’offensive d’un islam politique qui ne dit pas son nom ?

Les Marseillais fréquentent toute l’année les plages du Prado. Bien entendu, c’est en été que l’affluence est la plus forte. C’est à ce moment-là qu’on peut y voir des femmes voilées, couvertes jusqu’aux chevilles malgré la chaleur. On peut se dire qu’elles ont le droit d’être pudiques mais constater qu’il y a, à quelques mètres de distance, une quantité non négligeable de baigneuses aux seins nus est assez rassurant. Les musulmanes voilées ne restent pas toujours à surveiller les enfants et les serviettes, certaines vont dans l’eau tout habillées. Elles ne passent pas inaperçues lorsqu’elles en sortent. On se demande alors où est passée leur pudeur. Dans leurs vêtements mouillés elles sont bien plus provocantes que les quinquagénaires en monokini. Quand les burkinis envahiront nos plages, il faudra riposter, mesdames, en passant au nudisme intégral.

Il est parfois des évènements du quotidien qui étonnent, qui exaspèrent, d’autres qui vous laissent pantois. La scène à laquelle j’ai assisté cet après-midi-là m’a clouée sur place. La première chose que j’ai vue marchant devant moi, ce fut la burqa. Elle gonflait sous le léger mistral et laissait deviner une silhouette de petite taille chaussée d’une magnifique paire de tennis blanches. Elle était accompagnée d’une jeune femme en jeans avec un enfant dans une poussette. Je les suivais à peu de distance quand il fallut traverser le grand boulevard d’Athènes encombré d’une circulation intense et continue. Elles n’eurent pas à attendre que le feu passe au rouge. Sans hésitation, la
“Belphégor” se précipita au milieu de la chaussée pour arrêter les voitures. Les bras écartés et la burqa flottante, elle fit barrage de son corps et immobilisa la circulation le temps qu’il fallait pour que la jeune femme à la poussette traverse tranquillement la largeur du boulevard. Aucun klaxon ne retentit, pas un automobiliste ne broncha, on fit le vide autour du fantôme noir. De part et d’autre de l’avenue les choses s’immobilisèrent quelques minutes. Sûre de son effet, imposante et provocante dans sa tenue grotesque qui la rendait presque aveugle, la fille à la burqa montra toute l’arrogance qui caractérise le comportement de ces “femmes-étendards” venues d’un autre monde.

Le voile comme message politique

Si les femmes en tchador ou en burqa sont aussi provocantes c’est qu’elles se savent investies d’une mission, celle d’occuper l’espace de la vie civile, celle de se montrer le plus souvent possible dans des lieux les plus divers en se faisant accepter et respecter au nom du droit à la différence, au nom de la liberté individuelle. Elles imprègnent le quotidien de leur présence et se fondent peu à peu dans la population des villes. Elles n’en sont pas moins les porte-drapeaux de l’islam politique. Elles n’en sont pas moins les stigmates vivants d’une maladie qui ronge peu à peu les fondements de notre société bâtie sur des siècles de luttes pour un idéal de liberté et d’égalité. La question de savoir si ces femmes en burqa le portent sous la contrainte ou si elles
ont décidé volontairement de le porter est un faux problème. Les faits sont là, visibles, tangibles, sans équivoque. Les tenues islamiques prolifèrent et leur prolifération marque l’avancée conquérante de l’Islam comme projet politique. A partir du moment où la problématique du voile se débarrasse de toute influence intellectuelle des humanistes bien pensants dont la vision socio-ethnologique impose le relativisme culturel et le respect des croyances comme postulat premier, elle aboutit à la conclusion unique : le voile est inacceptable.

Mais qui sont ces “Belphégor” ? Pour en avoir abordé quelques unes marchant seules ou du moins non accompagnées d’un barbu (cela arrive plus souvent qu’on ne le croit), je peux témoigner que leur discours est en général bien rôdé, bien formaté. En réponse aux questions que j’ai pu leur poser après quelques amabilités préliminaires, et avant de leur dire sans détours ce que je pensais d’elles, ces femmes ont toutes déclaré la même chose. En résumé : 1) Je porte la burqa par choix, 2) Je ne transige pas avec la loi de ce pays qui m’autorise à exprimer mes convictions religieuses, 3) Ma pudeur vaut mieux que votre mini jupe.

Ce sont les trois principaux arguments invoqués par toutes les musulmanes voilées, par toutes celles qui se mettent à porter le voile du jour au lendemain comme cette mère d’élève qui m’expliquait qu’elle était “rentrée dans le droit chemin”. Aucune musulmane ne peut prétendre porter le voile par choix. Il leur est imposé. Il leur est signifié comme une nécessité par la pression familiale et communautaire.

Elles ne transigent pas avec la loi mais contribuent à créer une fracture entre les hommes et les femmes, une discrimination qui s’affiche comme un modèle de société au même titre que l’apartheid sexuel. Le voile de la pudeur n’existe pas. « Voiler les filles, écrit Chahdortt Djavann dans Bas les voiles, cela signifie en faire des objets sexuels. Les femmes voilées, en France ou dans d’autres pays démocratiques, attirent les regards, attisent les regards. Elles accèdent au statut d’image, au même titre que ces femmes qu’on voit sur les couvertures des magazines pour homme. Etre voilée, s’afficher voilée, c’est être constamment, et avant tout, la femme objet sexuel ».

La contrainte du voile est de plus en plus forte et touche un nombre toujours plus grand de filles mineures. Il n’est pas rare de voir à Marseille des fillettes de huit-dix ans avec un hijab sur la tête. C’est une honte pour un pays comme le nôtre qui prétend défendre les droits des enfants. Et c’est tout autant inadmissible que de laisser des minots hauts comme trois pommes faire la manche sur le cours Belzence en interpellant les passants. Il est vrai qu’à Marseille les autorités locales préfèrent fermer les yeux sur ce genre de problème. Il se passe des choses bien plus graves dans les quartiers Nord de la ville.

“Marseille Espérance” ou comment institutionnaliser la laïcité ouverte

Depuis 1990, Catholiques, Protestants, Musulmans, Juifs, Arméniens, Bouddhistes et Orthodoxes grecs sont représentés au sein d’un groupement créé par l’ancien maire, Robert Vigouroux, et institutionnalisé par Jean-Claude Gaudin. Cette instance de dialogue appelée “Marseille Espérance” est censée oeuvrer pour le “vivre ensemble en paix et dans le respect de la spécificité de chaque communauté”. Officiellement, aucune question religieuse n’est abordée lors des réunions présidées par le premier magistrat de la ville. L’objectif de “Marseille Espérance” est d’établir « un véritable partenariat des forces spirituelles, communautaires et culturelles de la Ville ». Autrement dit, des instances dirigeantes élues acceptent que sept communautés religieuses aient leur mot à dire sur les sujets les plus délicats touchant à la politique de la Ville.

Outre le fait que les non croyants n’y ont pas leur place, “Marseille Espérance” vise à mettre sur le même plan d’égalité les revendications identitaires des différentes communautés représentées. Cet organisme est un modèle pour tous nos dirigeants qui prônent une laïcité ouverte, pour tous les faussaires de la laïcité qui l’accommodent, à gauche, comme à droite, au gré des enjeux électoraux.

Marseille est une ville morcelée où religions, traditions, langues et communautés tiennent lieu de références identitaires, où le vivre ensemble se redéfinit en fonction de ce qui différencie les individus, de ce qui les éloigne les uns des autres. Plutôt que de concevoir la laïcité comme un principe qui réunit les citoyens par delà leurs particularismes, nos dirigeants s’attellent à détruire peu à peu et de façon irrémédiable les fondements de notre unité nationale. Dans ce contexte pour le moins inquiétant le port du voile comme les tenues sans équivoque de nos barbus locaux s’incrustent encore plus facilement dans le paysage urbain.

Marseille, ancrée depuis des années dans le multiculturalisme va devenir la capitale européenne de la culture en 2013. On peut imaginer aisément que les nombreuses associations cultuelles y trouveront leur place sous couvert d’organisations à caractère culturel. Marseille deviendra bientôt un grand patchwork communautaire à l’instar de ces villes anglo-saxonnes devenues des terreaux fertiles pour tous les intégrismes religieux. On y voit déjà à l’oeuvre les prêcheurs d’un islam radical qui répand la barbe, le voile et la burqa partout où c’est possible et qui encouragent les familles musulmanes à réclamer de la viande halal pour leurs enfants dans les cantines scolaires.

De la difficulté de s’opposer au voile dans les milieux militants marseillais

Parler du voile n’est pas chose facile dans la plupart des milieux de gauche. En général, la sphère militante est un terrain hostile à ce genre de débat. A Marseille, le voile est un sujet tabou qu’il est préférable d’éviter quand on s’y oppose, si on ne veut pas se faire traiter de raciste. Heurter ainsi les bonnes consciences de gauche devient un véritable parcours du combattant et par expérience je peux dire que la répression idéologique est bien organisée. Se dire féministe et fustiger la burqa, passe encore, mais condamner de la même façon le voile n’est pas politiquement correct. On dépasse les bornes. On est forcément un traître, quelqu’un de peu fréquentable, voire une taupe d’extrême droite.

Quand le Collectif “Droits des Femmes” qui regroupe une quarantaine d’organisations de gauche met un point d’honneur à prononcer le mot laïcité, c’est pour mieux border le problème du voile dans les limites de la lutte contre les discriminations. S’il est de bon ton de combattre les violences faites aux femmes en condamnant tous les intégrismes religieux, affirmer que le voile est un facteur de régression en terme d’égalité des sexes et qu’il faudrait l’interdire en France, c’est se mettre en porte-à-faux avec toute la mouvance féministe de la ville adepte de Caroline Fourest. Je me suis entendue ainsi traitée publiquement de tous les noms pour avoir publié une interview de Monia Haddaoui (la mère de Ghofrane lapidée dans un terrain vague de Marseille en 2004) dans ce “torchon indigeste” qu’est Riposte Laïque. Collaborer à ce journal qualifié d’”anti-laïque” m’a valu les pires ennuis et j’ai préféré, au bout du compte, m’éloigner de ce milieu cloisonné où défendre les valeurs républicaines et émettre l’idée que l’Etat pourrait légiférer sur le voile est une véritable gageure.

Je dois me féliciter, néanmoins, d’avoir rencontré quelques féministes
réellement laïques, des militantes exemplaires comme Esther Fouchier, présidente de Forum Femmes Méditerranée. Cette dernière vit dans les quartiers nord de Marseille. Elle anime son association, organise des initiatives et des débats avec une réelle compréhension de la gravité de l’offensive islamiste à Marseille, et avec la volonté de la combattre, au nom de la défense des droits des femmes.

Du côté des jeunes militants de l’UMP, nous avons pu constater, lors d’une intervention de Pierre Cassen, invité au nom de Riposte Laïque, que le port de la burqa ne pose guère de problèmes, pas plus que le voile. La laïcité, pour certains, c’est le respect de toutes les croyances et il est normal d’afficher publiquement ses convictions religieuses car la religion est une référence identitaire. Dans la mesure où les femmes qui s’enferment dans leur prison de tissu le font par choix, il n’y a aucune raison de trouver cela inacceptable. Cela fait partie des libertés individuelles, il ne faut surtout pas en faire une affaire d’Etat. Ce furent, en résumé, les arguments que nous avons entendus lorsque les jeunes UMP présents dans la salle prirent la parole au sujet du voile.

A gauche comme à droite la prolifération du voile islamique n’alarme guère les militants Marseillais. Avec la construction de la grande Mosquée, les musulmans radicaux prendront leurs marques en occupant toujours davantage l’espace public. Les voiles, les barbus en burnous, les burqas et les restaurants halal prendront des allures de cliché local pour les touristes en mal d’exotisme. Dans un tel paysage, on peut se demander comment les responsables politiques pourront, dans cinq ans, présenter Marseille comme la première Capitale européenne de la Culture ?

Marseille est une grande ville très animée, un grand bazar urbain où circule une population dense et hétéroclite. On y entend des langues différentes, on y trouve tout un panel de couleurs, d’odeurs et de lumières renvoyées comme un miroir par les eaux du vieux port. La vie associative y est tout aussi intense et tout aussi complexe. Gaston Defferre était réputé pour sa politique clientéliste, rien ne semble avoir changé depuis sa disparition. La droite tient la ville, avec Jean-Claude Gaudin, le seul maire UMP d’une grande ville qui ait échappé au dernier naufrage des municipales. Le Parti socialiste tient la Région avec Michel Vauzelle, et le Conseil Général est présidé par Jean-Noël Guérini, qui tient d’autre part la fédération des Bouches-du-Rhône du PS.

Cette ville a une très forte tradition sociale, avec des gros bastions syndicaux. Ici, la grève commence souvent avant les autres et finit après. Malgré cela, le camp des laïques ne pèse pas lourd entre une kyrielle d’associations qui se regardent souvent en chiens de faïence, plutôt que de s’unir face à la gravité de l’offensive islamiste de plus en plus visible dans la cité phocéenne.

Il faut revenir sur l’affaire de la Grande Mosquée pour comprendre l’ampleur du désastre. La seule force d’opposition à la construction de cette grande Mosquée est venue d’extrême droite. Le MNR, le Mouvement pour la France et le Front National sont montés au créneau en déposant trois requêtes au Tribunal administratif contre la ville de Marseille ce qui annula dans un premier temps le bail emphytéotique accordé pour la somme modique de trois cents euros par mois à l’association cultuelle “La Mosquée de Marseille”. Aucune organisation laïque n’a été capable de montrer le bout de son nez dans cette affaire.

Il est vrai qu’à Marseille aucune structure de défense de la laïcité ne paraît vouloir réellement mobiliser la population. Peut-être la solution viendra-t-elle des mouvements de défense des droits des femmes, où un réel potentiel existe. Mais il faudra, pour cela, que les républicaines sachent faire entendre leur discours face aux communautaristes et aux avocates du relativisme culturel. Contre un fascisme politico-religieux qui s’affiche de plus en plus, il faudra rassembler, par delà les clivages gauche-droite, les laïques, les féministes et les républicains attachés aux valeurs issues de la pensée libre des Lumières et qui sont le ciment de notre démocratie.

Brigitte Bré Bayle

Chapitre 6 de “Les dessous du voile”, éditions Riposte Laïque

Pour commander le livre :

https://ripostelaique.com/acheter-nos-livres#ancre8

Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.

Lire Aussi