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Masques : un travail à la chaîne bénévole qui ressemble à de l’esclavage

Depuis le début de la crise, certaines femmes cousent des masques, des blouses, des sur-blouses.

On dit que c’est admirable. Il est convenu de les encenser. Sur l’instant, c’est remarquable. Mais si elles se trompaient ?…

Particulièrement à Boboville, (le nom de la localité a été changé…) Ce sont souvent de bonnes bourgeoises désœuvrées, retraitées, qui se font ainsi mousser depuis le début à peu de frais, dans une sorte d’enthousiasme juvénile et inconscient. Cela leur donne bonne conscience. Faire des masques remplace le caté et est moins risqué que le bridge, qui s’est révélé contaminant.

Ces dames ne manquent pas de proclamer leur bonne action sur tous les toits et y reviennent en insistant, pour être sûres qu’on soit bien au courant et qu’on ait bien compris à quel point elles sont généreuses. Alors que la main gauche doit ignorer ce que donne la main droite et vice-versa.

Très fières d’elles, elles expliquent qu’elles ont désobéi au confinement pour se rencontrer devant la porte de l’hôpital pour y donner leurs masques.

Elles se mettent tellement en valeur qu’elles donnent des complexes à celles qui ne cousent pas, et qui se croient du coup obligées de s’en excuser, pas de machine à coudre, pas de don pour la couture…

Devant cette émulation pleine d’ego, on sent tout de suite que quelque chose ne va pas. On ne veut pas troubler la fête, mais ces femmes ne sont-elles pas des macroniennes invétérées qui veulent à tout prix empêcher Macron, pour lequel elles ont voté, de sombrer dans les multiples crises dues à son incompétence ?…

Mais voilà que des femmes d’autres villes viennent d’indiquer leur ras-le-bol : ouf, on respire mieux !… Le collectif « bas les masques » a même lancé une pétition. Partout maintenant des voix s’élèvent pour dire leur désaccord.

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/je-pense-avoir-donne-assez-de-ma-solidarite-sollicitees-pour-fabriquer-des-masques-des-couturieres-ne-veulent-plus-travailler-benevolement_3945377.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20200504-[lestitres-coldroite/titre3]

https://www.ladepeche.fr/2020/05/02/coronavirus-en-colere-des-couturieres-ne-veulent-plus-fabriquer-de-masques-gratuitement,8871171.php

L’une, à force de coudre, a cassé sa machine, l’autre se rend compte que cela lui coûte, car elle doit puiser dans ses stocks de tissus ou en acheter, une troisième ayant dit qu’elle y passe des heures et qu’elle aimerait bien être payée, s’est fait insulter.

L’État irresponsable n’a pas à masquer sa négligence en mettant les femmes en coupe réglée. Les femmes ne doivent pas prêter la main à cela.

« À Lille (Nord), la mairie a contacté toutes les couturières et retoucheuses de la ville pour leur proposer de fabriquer quatre à cinq masques par heure, kit fourni, souligne France Bleu Nord« On m’appelle, on me tutoie, et on me dit que j’ai la chance d’avoir été retenue et que je dois m’engager à produire un minimum de 50 masques en 48 heures maximum, raconte sur Facebook Claire Lefèvre, couturière originaire du Nord. »

« Mon cerveau a du mal à comprendre qu’on m’impose un rendement alors que je suis bénévole » explique une autre. 

La grande salle du conseil municipal de Lille a été convertie en atelier géant et Martine Aubry est à la manœuvre, on ne sait pas si les couturières ont droit au 35 heures, il y a probablement quelques dépassements, mais on se donne bonne conscience en disant que cela sort un peu les femmes de chez elles. C’est donc un confinement élastique qui règne à Lille…

À Montereau, en Seine-et-Marne, un atelier s’est monté. On y a mis un créneau le matin, un autre l’après-midi et un troisième en fin d’après-midi, car les organisateurs se sont engagés à fournir 20 000 masques pour le 11 mai.

Allô, l’inspection du travail ? Allô, l’Urssaf ? Allô, les prud’hommes ? L’État se dispense de tout cela. C’est si commode. Faites ce que je dis, pas ce que je fais. La législation ? Ce sera pour une autre fois. C’est bon pour les sans-dents.

À Segré-en-Anjou, on a ouvert un atelier « citoyen », de cet adjectif magnifique qu’on met à toutes les sauces, qui justifie tout et qui ne veut absolument rien dire, avec de la musique douce.

« Il y a cette espèce de fantasme de la femme ménagère qui prend plaisir à coudre et qui est là pour aider. Mais coudre des masques à la chaîne, c’est un travail d’usine », cite L’Obs (édition abonnés).

« L’État ne fait pas de stock de masques puis appelle à l’engagement, et s’approprie le travail gratuit des couturières. L’appropriation du travail gratuit, cela s’appelle de l’exploitation » dit une autre.

C’est de l’esclavagisme, résume l’une d’entre elles, qui avoue ne pas avoir trop réfléchi avant de se mettre à coudre car la cause lui semblait bonne.

Seules des femmes sont mises à contribution, une contribution qui leur pompe tout leur temps disponible.

Comme si les femmes étaient « taillables et corvéables à merci » comme du temps du servage. Un temps qui semble ressusciter pour certains. Les anciens démons ne sont jamais très loin.

Les femmes de Boboville ne contribuent-elles pas à cet esclavage ?… La réponse est oui. Les bonnes intentions n’excusent pas tout.

Ne pourraient-elles pas avoir une ombre de solidarité féminine avec celles qui protestent ? Elles ne semblent pas avoir besoin de salaire, elles, (encore que) mais aident à priver d’autres femmes de ce salaire dont elles auraient bien besoin en ces temps durs de chômage et de récession. Certaines des couturières ne savent pas de quoi elles vivront à la fin de la crise. Il est clair que les couturières indépendantes sont condamnées.

Nous n’avons pas à nous substituer à l’impéritie du gouvernement et encore moins à nous sentir coupables de quoi que ce soit (sauf pour ceux qui l’ont élu, ils peuvent se sentir coupables de cette élection).

Alors oui, coudre des masques, des blouses, des sur-blouses, c’est très bien si cela peut temporairement aider des soignants à se protéger. Mais pas à n’importe quel prix.

Pas au prix de priver d’autres femmes d’une reconnaissance ou d’un salaire. Pas au prix de contribuer à leur mise en esclavage.

Et surtout, pas au prix de contribuer à sauver Macron, Véran, Salomon, Cymes et toute la clique de leur imprévoyance criminelle en laissant croire que tous comptes faits, ils s’en tirent très bien.

L’enfer est souvent pavé de bonnes intentions.

Sophie Durand