Maurice Sansdent a la fièvre

Depuis quatre jours. Au début, un simple état grippal, mais qui décidément ne passe pas. Frissons, maux de tête, douleurs articulaires, soif intense. Paulette Sansdent a fini par appeler le médecin.

– Bonjour, je suis le docteur Aymeric Caron, de la faculté médico-pétrolière de Mosoul. Je suis très beau, parfaitement intelligent et je déteste le populaire mangeur de choucroute. Où est le malade ?

– Dans la chambre nuptiale, Docteur. Oh, je suis tellement inquiète.

– Allons, allons, comme le dit mon excellent ami Gérald Darmanin, « calmez-vous, ça va bien se passer« .

……..

– Je suis quand même mal fichu, Docteur. Qu’en pensez-vous ?

– Je tiens mon diagnostic. Vous êtes atteint d’une zoonose véhiculée par un insecte sub-tropical d’origine africaine.

– Aaaaaaaaargl. C’est grave ?

– Assez mais calmez-vous, ça va bien se passer. Il s’agit d’un moustique, le Velociveranus astrazeneco-pfizerus. Une teigne.

Paulette Sansdent s’évanouit. Le médecin la ranime à grands coups de torchon mouillé. Elle veut tout savoir.

– Vous aurez très mal pendant un mois, Monsieur Sansdent, à vous tordre. Cela dit, vous auriez pu avoir la malaria, forme cérébrale. Vous ne vous en tirez pas trop mal.

– Mais comment ça s’attrape, ce truc ?

– Par les femmes de ménage originaires de la huitième cataracte du Nil.

– Aïcha !!!! Je me disais, aussi. Une sans-papiers imposée par l’équipe municipale des Insoumis. C’est dur, vous savez, de vivre comme des bêtes, à l’étranger. Mais alors, le moustique…

– Il est ici, quelque part, chez vous. Une femelle, reproductrice ; douloureux, très douloureux.

– Mais il faut l’exterminer !

– Hors de question ! Espèce protégée dont je contrôle, au nom de l’État, l’habitus, la sexualité et même la tonalité musicale du vol. La vôtre est en si bémol majeur, une rareté. Son dard mesure un millimètre, sa toxine peut endommager la mémoire, le testicule gauche et le lobe de l’oreille, du même côté. Une femelle, normal.

– Vous nous faites une ordonnance !

– Il n’y a pas de traitement, sauf le Doliprane, comme pour la Covid, avec les résultats que l’on connaît.

– Un vaccin, alors ?

– En phase I d’étude. On l’aura dans un mois et demi, au lieu des dix ans réglementaires. Vous n’écoutez pas Patrick Cohen, à la télé ?

– Et si ça s’aggrave ?

– Couloir d’hôpital, à Berlin, parce qu’ici, il n’y a plus de service de réanimation depuis mai  2017.

– Seigneur ! Comment ça va finir, tout ça ?

– Au Rivotril. Calmez-vous, ça va bien se passer. Avec le déplacement de nuit en Seine-Sainte-Zorha, ça fait trois cent cinquante euros ou six mille dinars algériens. On paye en liquide et je ne fais pas de feuille de Sécu.

– Mais comment faire pour le remboursement ?

– Voyez avec la France. Leur nouveau consulat est à Bondy-lès-Burqas.

Jean Sobieski

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 Commentaires

  1. faire entrer aymeric caron à l’assemblée c’est criminel, je voterai même larem pour ça (dans cette circonscription (heureusement je n’y suis pas)

  2. bravo, bravissimo, Jaannot le Lapin a recopié ce texte édifiant.

    • Merci! L’humour à un peu de mal à se frayer un chemin en France, en ce moment.

  3. Ouf ! Quelle rigolade ! Ça fait du bien, merci mille fois, Jean, et recommencez, tant que le rire n’est pas encore interdit…

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