Me voilà accusé d’appeler à voter Le Pen dans Riposte Laïque… par un homme qui n’a pas d’ordinateur !

T’appelles à voter Le Pen ?

Hier matin, je recevais un appel sur mon portable. C’était un proche, très proche, un membre de la famille de mon père qui appelait. Ce très proche parent me demande, ex abrupto : « Alain, c’est toi qui a écrit un article signé Alain Rubin, sur Marine Le Pen, dans Riposte Laïque ? ».

Je lui réponds : Pourquoi ? Je n’ai pas écrit d’article sur Marine Le Pen. Par contre, j’ai écrit un tout récent article, au sujet de la candidature Hollande, et dans ce texte, je parle d’elle, mais ce n’est pas un article sur Marine Le Pen. Tu l’as lu ?

–          Non, me répond-il, mais on m’a appelé, on m’a dit : tu as vu ce qu’Alain a écrit ? Il appelle à voter Marine Le Pen.

–          Tu l’as lu, cet article ?

–          Non, mais on me l’a lu.

–          On t’a lu que j’appelle à voter Marine Le Pen ?! On te l’a lu entièrement ? Dans cet article, je n’appelle pas à voter Marine Le Pen. Je m’interroge d’ailleurs sur tous les candidats, elle comme les autres. J’ai donc parlé d’elle, en quelques lignes, deux ou trois sur un article qui doit faire pas loin de trois pages. La concernant, je soulève le problème des façons contestables qu’utilisent certains pour la combattre. Mais je n’ai absolument pas donné de consignes à son sujet, pour ce qui concerne le vote. « On » t’a donc menti. Dans cet article, j’ai surtout voulu montrer, que François Hollande est entouré de gens qui sont prêts aux pires extrémités contre le Juif en tant que nation. J’ai voulu amener la réflexion sur le fait qu’il est entouré de personnages inquiétants, tous prêts, par lacheté, à laisser égorger Israël, voire même à le souhaiter, pour certains d’entre eux…Si on te l’a lu entièrement, tu auras noté que je cite l’ancien ministre Védrine, comme un de ces personnages particulièrement dangereux.

–          Ouais, y a des côtés antisémites chez Hollande

–          Des « côtés » antisémites, tu crois ? Je ne parlais pas de « côtés antisémites », dans sa candidature. Ce ne sont d’ailleurs pas des côtés antisémites, chez lui, en tant que personne. C’est son équipe et les choix stratégiques qui sont les siens, qui sont antisémites. Ce n’est pas un problème de sentiments et de « côtés ». J’ai donc voulu montrer, à tord ou à raison, que son équipe est antisémite, qu’elle est fortement proHamas, et pour l’essentiel pro destruction d’Israël.

–          Tu appelles à voter Le Pen ?!

–          Non ! Je n’appelais pas et je n’appelles pas à voter pour elle. Dans ce texte, je posais la question : Au mois d’avril, tenant compte des paramètres actuels, que pourra voter un Juif ? Si tu veux, je te l’envoie. Tu pourras lire l’article et tu te feras ton opinion. Après, tu me diras si on t’a bien lu mon article ou si on t’a raconté des balivernes.

Et que me répond ce parent, -que depuis cinquante ans je considérais et que je continue de considérer comme plus qu’un parent, comme un ami, malgré des désaccords, pour certains réels, pour d’autres, parfaitement imaginaires ou fantasmatiques, comme celui relatif à mon prétendu appel à voter pour la présidente du Front national- quand je lui propose de lui adresser le texte qu’on lui a lu :

–          Non, chacun vit sa vie. Tu as fait ton choix, salut. D’ailleurs, je n’ai pas d’ordinateur.

Comme j’insiste encore, que je lui propose de lui poster l’article, pour qu’il le lise lui-même, pour se faire une opinion sur ce que j’ai réellement écrit, je reçois un nouveau non catégorique. « on lui a lu mon article », ça lui suffit.

La lecture d’un texte, qu’il n’a pas sous les yeux, lui est suffisant pour se faire son opinion.  Je suis condamné.

Et ce proche, -qui jurerait solennellement sur « leur morale et la notre », de Trotski, ce proche qui dénonce toujours avec conviction les procès truqués de Moscou des années trente et ceux des années cinquante à Prague et à Budapest, -les fameuses impostures judiciaires de la bureaucratie moscovite-, cet homme qui prêterait publiquement et sincèrement serment sur le « programme de la Quatrième internationale » : qu’il est pour le libre débat, qu’il est pour les soviets élus et révocables réalisant la démocratie la plus complète, qu’il est pour l’échange intellectuel, sans menace, et que les désaccords n’imposent pas de devenir des ennemis à vie ; ce proche qui jurerait aussi et le croirait également : que pour chaque accusation on doit prévoir et donner le droit de réponse à l’accusé- ce proche qui pense toujours croire ce qu’il dit, cet ami, déclinera cette anodine proposition : celle de recevoir, par la poste, le texte qui ferait scandale, selon ses amis de parti qui lui ont téléphoné, pour lui faire part de leur émotion et de leur indignation.

 Conclusion, peut-être provisoire : Il leur fait confiance, aveuglément. Ils ont forcément raison. Ils sont « le Parti », n’est-ce pas ? Et s’ils se trompaient, et s’ils mentaient ou manipulaient, ce serait terrible…

« Minuit dans le siècle »*1 n’en finit pas de mourir.  « Il est minuit dans le siècle » menace toujours l’humanité !

Cela, c’est moi qui le rajoute, mais c’est le fond du refus de lire de la première à la dernière ligne l’objet du scandale. Autrement, pourquoi me téléphoner, pour ensuite refuser de se faire, par soi même, une opinion raisonnée et motivée ?

Bon sang ne saurait mentir. L’organisation ne saurait se tromper. Il raccroche, refusant que je lui poste l’objet du litige.

Il mourra donc un jour, sans savoir ce que j’ai réellement écrit et voulu expliquer. Je vais tout de même lui poster, l’objet du scandale artificiel. Je me refuse à penser : Qu’il vive cent vingt ans, en se disant à lui-même : « Alors ça, j’aurai jamais cru que mon cousin appelle à voter Le Pen…».

 Ce dialogue est réel. Je n’ai pas caricaturé

Ce dialogue est aussi à l’image de la situation du pays. Elle est celle d’une nation au bord du gouffre, ou plutôt, au bord de plusieurs gouffres.

Quels sont ces gouffres qui nous menacent ? :

 

  • à l’ordre du jour il y a : la destruction rapide des vestiges encore actifs de la démocratie politique, par la dictature rampante de la charia. C’est un des gouffres, celui que le « on », qui lui a lu mon article, refuse obstinément de voir.

 

  • La dislocation des restes de souveraineté démocratique, par la soumission à la bureaucratie bruxelloise et à ses prolongements « privés », les agences de notation, la non-restauration de la Banque de France ainsi que la poursuite du démantèlement de la souveraineté monétaire de l’État, sont un autre gouffre.

 

Ces deux gouffres ne font plus qu’un, lorsqu’on trouve judicieux d’aller demander à l’Émir du Qatar les liquidités qui font défaut ici où là, ou lorsque l’actuelle directrice du FMI explique : que le capital financier, -qui est l’impérialisme émergent du 21ème siècle issu de la rente pétrolière-, cet impérialisme d’exportation du capital financier, appelé aussi « finance islamique », pourrait sauver nos collectivités territoriales en manque de moyens pour continuer leurs missions nécessaires.

Certains, comme ce proche, qui ont fait campagne en 1980, pour défendre les militants trotskistes du PST d’Iran (parti socialiste des travailleurs- Quatrième internationale), menacés de la potence par les tribunaux et les bourreaux de Khomeyni, veulent toujours se convaincre que la direction de leur parti a raison.

Non, veulent-ils se persuader, -en fermant obstinément les yeux sur ce qu’ils voient eux-mêmes chaque jour-, les risques de destruction de la démocratie politique, par l’islamisation croissante, ne sont que fantasmes et que préjugés xénophobes.

Ces préjugés, ânonnent-ils, sont aussi dangereux que l’était la dénonciation raciste de « l’enjuivement de la société française », dénoncé dans les années trente, par des organisations qui se retrouveront aux côtés du nazisme en 1940.

 

Zeus rend aveugle ou fou ceux qu’il veut perdre.

 

Aveugles et sourds volontaires, ils cherchent à nier la réalité quotidienne. Ils tentent de se convaincre, et cherchent à convaincre les autres : que les salafistes ne sont, dans nos banlieues, que de pittoresques personnages, rien d’autre. Ils ne seraient que des équivalents islamiques, de nos Juifs hassidiques, vous savez, ces étranges et nostalgiques porteurs de « payèss » (papillotes), de streimel et de bas blancs, tout droit venus du passé des steit’l des Karpathes et de Pologne orientale.

 

Le quotidien des populations -chrétiennes du Nigeria, ou musulmanes pas assez musulmanes du Darfour- n’aurait rien à voir avec la montée des niqab, ni avec celle de l’insolence provocatrice des « soldats » du djihad que recrutait Forza Alizzane, que recrutent toujours quelques autres groupements djihadistes sévissant dans notre pays.

 

Les 166 tués dans le dernier attentat accompli dans la grande cité du nord du Nigeria n’aurait aucun rapport avec ce que nous vivons et avec les problèmes de ce pays.

 Puissent-ils avoir raison. Puissé-je avoir tort.

 

Alain Rubin

 

*1 Il est « Minuit dans le siècle ». Je crois que c’est l’ancien partisan de Trotski, Victor Serge, bolchevique de la première heure de la révolution russe de 1917, militant -en Russie même- de l’opposition bolchevique-léniniste des années vingt-trente, combattant de la première heure contre le despotisme et la violence de la bureaucratie usurpatrice, qui aura cette formule, pour qualifier la contre-révolution la plus brutale agissant sous les mots d’ordre de la révolution et de l’égalité sociale qu’elle étranglait de toute ses forces.

« Minuit dans le siècle », reprendra aussi Trotski, au moment des impostures judiciaires des années 1936-1938, qui enverront à la mort des dizaines de milliers de socialistes et de communistes, qui expédieront vers les glaces du goulag, pour y devenir forçat, des millions d’ouvriers et de paysans des différentes républiques prétendument socialistes et soviétiques.

image_pdf
0
0