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Mélenchon : une caricature talentueuse de la gauche du déni


Lundi sur TF1, Jean -Luc Mélenchon a fait le show.  Indéniablement. A quoi cela a-t-il tenu ? Sans doute au fait qu’il est capable de manier le sérieux et l’humour, d’affecter le bon sens solide comme de se réclamer des grands principes républicains, et même de se laisser aller à des envolées patriotiques, longtemps absentes des discours de gauche. C’est un tribun, il faut le lui reconnaître.

Lundi soir, il a su parler de la presse sans se montrer par trop injurieux, et a abandonné le terrain de l’agressivité où s’est parfois aventurée Marine Le Pen.  A se démarquer, parfois avec légèreté d’un Benoît Hamon, son jumeau politique. A faire  tout autant l’éloge de la vertu que le blâme du vice, suivez mon regard. A ignorer Macron l’élève fayot, comme le ferait un maître de classe intègre.  Et même , et c’est le seul, à se payer le luxe d’être d’accord avec Marine Le Pen.

Ceci est pour la forme. Qu’en est-il du fond ?

Dans tous les domaines  où l’idéologie de la gauche est la plus inflexible, la plus monolithique, la plus bornée, Jean-Luc Mélenchon, hélas, est dans une consternante continuité.

Le naufrage de l’Education Nationale ? De quel naufrage parle-t-on ? Sortir de l’école sans savoir lire, sans savoir écrire, sans savoir compter, ça existe peut-être, dit Mélanchon en substance. Mais les trois à la fois ça doit être rare, conclut-il, pince-sans-rire. La dernière remarque est juste. Ce serait bien le moins après dix ans de scolarité minimum, et elle met les rieurs de son côté.

Mais cela n’est pas à la hauteur des inquiétudes que l’état de l’école peut légitimement susciter. Inutile de renforcer l’apprentissage du français puisque l’enseignement se fait dans cette langue, déclare Mélenchon, ancien ministre délégué de l’enseignement professionnel auprès de Jack Lang, ministre de l’éducation Nationale. Position  par ailleurs qui est celle de l’actuelle locataire de la rue de Grenelle elle-même. Ce qui révèle tragiquement soit la méconnaissance profonde de la maîtrise d’une langue maternelle soit le mépris de celle-ci.

La solution pour l’école ? Davantage de personnels, enseignants mais aussi médicaux. Rien de neuf. La seule solution pour la gauche,  syndicats en tête, ne peut être que quantitative. Rien n’a jamais prouvé que les problèmes de l’école viennent d’un nombre insuffisant de personnels mais c’est la seule piste que la gauche envisage de suivre. D’autres réformes remettraient en cause leur vision du monde.

Quid de la laïcité ? Comme tous les autres candidats, Jean-Luc Mélenchon est pour. La suite,  prévisible, ne se fait pas attendre. A condition, tonne-t-il en se tournant vers Marine Le Pen, de ne pas la prendre comme prétexte pour stigmatiser l’Islam. Avec un tel candidat, on se contentera d’interdire les crèches.

Qu’en est-il de l’insécurité, autre sujet qui a le don de mettre la gauche particulièrement mal à l’aise ?

La première insécurité est la délinquance des cols blancs et il convient de pourchasser les fraudeurs du fisc, déclare fermement le candidat,  et si celui-ci  avait voulu  parodier Poutine, il aurait pu ajouter… jusque dans les chiottes. Fort bien.

Sauf que quand on parle d’insécurité, ce n’est pas de cela qu’il s’agit mais de celle qui pourrit la vie des Français au quotidien, qui s’accélère et s’aggrave chaque jour. La première réaction du candidat est donc de dévier le sujet.

Sinon pour en revenir au sujet proprement dit, Mélenchon nous fait encore le coup du rétablissement de  la police de proximité. Quand on voit l’état d’ensauvagement de notre pays – la place manque pour citer tous les exemples – on a du mal à admettre le sérieux d’une telle proposition. C’est une façon à peine déguisée de vouloir  réduire la police à une sorte de voisin débonnaire qui tirera paternellement les oreilles des galopins.

Autant proposer de désarmer la police, comme le réclame le NPA. Ce sera plus honnête.

La solution au terrorisme ? Supprimer les guerres ! Voilà une déclaration qu’une Miss France ne désavouerait pas. Comment y parvenir ? Par le dialogue. Mettons-nous autour d’une table et discutons. Bon sang, mais c’est bien sûr !

Dans ces cas-là, on dit généralement : no comment.  Il paraît que DAESH agite déjà le drapeau blanc.

En clair, Jean-Luc Mélenchon, est tout simplement dans le déni. Capable de  déplacer des foules et de soulever l’enthousiasme, aux questions angoissantes auxquelles la France d’aujourd’hui est confrontée, il ne peut apporter que de vieilles recettes.   Qu’il arrive assez haut dans le classement des candidats les plus convaincants de l’émission, n’est qu’un sujet d’inquiétude et de consternation de plus.

Florence Labbé