Mémorial Charles Martel (4) : leurs énormes mensonges historiques

Publié le 28 mai 2015 - par - 1 222 vues
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Bataille-Poitiers

Après avoir montré le scandaleux parti-pris pro-musulman et anti-Charles Martel du mémorial consacré à ce dernier, après avoir montré qui était la nazie Sigrid Hunke, la source de certains des propos figurant sur les planches du musée de plein air, il nous faut dénoncer les erreurs ou plutôt les mensonges historiques, très nombreux, trop nombreux, dans ce mémorial payé par le contribuable.

On notera d’abord nos sources, faisant partie de LA bibliographie faisant autorité sur Charles Martel et Poitiers.

Jean Deviosse, Charles Martel, Paris, Tallandier, 2006

Victor Davis Hanson, Carnage et Culture. Les Grandes batailles qui ont fait l’Occident, Paris, Flammarion, 2002, p. 173-212 le chapitre intitulé « Infanterie terrestre. Poitiers, 11 octobre 732 » (1) complément bibliographique à télécharger en fin d’article.

Charles Martel un pillard, opportuniste qui aurait tiré parti de la bataille de Poitiers pour obtenir une légitimité indue ?

Réponse de Sylvain Goughenheim, dans « Regards sur le Moyen Age. 40 Histoires médiévales » paru à Paris, Tallandier, 2009, p. 13-21;  rééd. « Le Moyen Age en questions« , Paris, Tallandier, 2012, p. 13-22.

En 714, à la mort de son père Pépin d’Austrasie, « prince des Francs », Charles Martel doit lutter trois ans contre les nobles qui contestent la dynastie des Pippinides. Il fait la preuve de ses capacités militaires, en triomphant des Frisons en 716 et 717, puis d’une coalition entre Neustrie et Aquitaine en 719 près de Cambrai – ces succès lui ont valu le surnom de « Martel ». Dès cette date il porte le titre de Duc et Prince des Francs. En 732, le duc d’Aquitaine, Eudes, menacé par les incursions musulmanes l’appelle à l’aide alors que Charles se bat tous les ans, ou peu s’en faut, contre les Frisons ou les Saxons.

Les Arabo-musulmans n’auraient été que des pillards sans importance ? Réponse de Sylvain Goughenheim :

En 718 des troupes arabo-berbères occupent Narbonne et la Septimanie; de là elles mènent plusieurs raids en Gaule. Malgré une lourde défaite en 721 devant Toulouse défendue par le duc d’Aquitaine Eudes, également vainqueur près de Carcassonne, elles s’emparent de Nîmes et vont jusqu’en Bourgogne piller les cités de Sens, Autun et Beaune en 725. Cette efficacité militaire n’est pas sans rappeler les grandes victoires des débuts de l’expansion musulmane.

[…]

Les armées dressent des camps, envoient des  éclaireurs et l’on sait que les Arabes avaient divisé leurs forces en deux: une partie traversa les Pyrénées depuis Pampelune, une autre vint par voie de mer, depuis la région de Tarragone, et débarqua près de Narbonne. Cette double manoeuvre, comme le rang de l’homme qui la conduisait, laissent penser que l’opération débordait du cadre de la simple razzia et pouvait avoir des buts plus vastes que la seule recherche d’un butin. Nul doute que l’affaire ait été jugée d’importance par les Francs, sinon Charles Martel n’aurait pas abandonné ses combats au nord-est. Son armée était d’ailleurs composée à la fois d’Austrasiens, de Neustriens et de Burgondes, formant donc une coalition à la mesure de l’ampleur de l’attaque.

[…]

L’expédition d’Abd al-Rahman eut lieu à partir d’avril-mai 731 et dura plusieurs mois. La bataille de Poitiers aurait donc eu lieu au mois de Ramâdan 114 ou 115 soit en octobre-novembre 732 ou 733. Les premiers combats importants se produisirent au débouché des Pyrénées. Furent prises dans la foulée les cités d’Oloron, Bayonne, Auch, Saint-Sever, Dax. Eudes d’Aquitaine fut écrasé sur la Garonne et Bordeaux est alors investie. Des combats se déroulent ensuite sur la Dordogne: Agen, Périgueux, Angoulême sont prises. Selon l’Anonyme de Cordoue et le Continuateur de Frédégaire, l’objectif des envahisseurs était la ville de Tours et sa basilique Saint-Martin, sanctuaire des Francs.

[…]

La guerre du Haut Moyen Âge est une guerre de pillages et de coups de main. Les sources arabes parlent d’ « expédition », terme qui rappelle celui de « razzia », le mode habituel de combat dans la péninsule arabique. Les objectifs ne sont pas précisés: s’agissait-il d’une simple incursion ou d’un projet de conquête de l’Aquitaine voire de la Gaule ? Après tout l’étonnante prise  de l’Espagne était récente et pouvait autoriser d’autres ambitions; une partie des armées arabes est d’ailleurs allée jusqu’en Bourgogne. Il semble que l’idéologie du jihad ait été présente chez les combattants, ou, du moins, parmi les chroniqueurs comme le montre le terme de « martyrs »

[…]

On a enfin fait valoir qu’Abd al-Rahman voulait châtier Eudes d’Aquitaine, coupable de s’être allié à un chef berbère révolté, Munizza. Auquel cas la campagne de 732 aurait été une opération de représailles de la part d’Abd al-Rahman, que ses succès inauguraux entraînèrent vers le nord.

Faisons un sort à ce qu’écrit Salah Guemriche  dans le Nouvel Observateur, où il développe ce qui est synthétisé sur le site. Il prend en partie ses informations dans le livre honnête et bien informé de Jean Deviosse et il lui fait dire le contraire de ce qu’écrit Deviosse : 

« le chef franc, connu de son vivant comme le plus grand « spoliateur des biens de l’Église », n’a jamais bouté les Arabes hors de « France »

Les accusations lancées contre Charles Martel datent du IXe siècle et de l’archevêque de Reims Hincmar régent du royaume sous Charles le Chauve. Les sources contemporaines de Charles Martel ne lancent pas de telles accusations.

Plusieurs historiens ont travaillé sur la question de la « spoliation » et conclu à la négative. C’est leur thèse que reprend Deviosse p. 185 : « Charles Martel n’a pas entrepris la sécularisation des biens ecclésiastiques, pas plus qu’il ne les a usurpés. »

Ce que Charles Martel a fait – comme tous ses prédécesseurs – c’est qu’il a utilisé une partie des richesses de l’Eglise pour financer ses besoins politiques et militaires : récupération de la dîme par exemple, prélèvements sur certains revenus fonciers. Mais l’Eglise de l’époque demeure la première fortune foncière de Gaule !

Pour le reste, si le territoire concerné ne s’appelait pas encore la France, c’était la Gaule franco-gallo-romaine et c’est le même territoire donc ça ne change rien.

Personne n’a jamais prétendu que Charles Martel avait chassé définitivement les Arabes de France, tout le monde sait que Narbonne a été reprise par Pepin le bref en 759 et c’est là que les derniers réduits arabes de Septimanie ont été délogés ; on sait également qu’il y a eu entre 890 et 973 notamment à la Garde Freinet des implantations musulmanes qui servaient de repère fortifié et de base de départ de razzias. Ce qui d’ailleurs montre qu’il y avait bien occupation militaire. Mais cela ne change rien à l’importance de la bataille de Poitiers, qui a obligé les Arabo-musulmans à « redescendre » vers le sud, renonçant ainsi, de fait, à occuper l’ensemble du territoire qui allait devenir la France et qu’ils voulaient traiter comme ils l’avaient fait de l’Espagne.

Sur le reste des accusations contre Charles Martel il y aurait de quoi écrire un livre, mais ce qui saute aux yeux c’est que Guemriche n’est pas du tout un historien :

  • Il ne fait aucune critique des documents des VIIIe-IXe siècles qu’il prend au pied de la lettre lorsqu’elles attaquent Charles Martel
  • Il prend appui sur Al Maqqari qui est mort en 1632 ! et qui reprenait un texte écrit par Ibn Hayyan lui-même mort en 1076
  • Il s’appuie sur des historiens du XIXe siècle (Léonard a publié en 1801, Sabatier en 1854) dont les travaux sont eux-mêmes fort peu scientifiques et largement dépassés. Plus personne ne s’appuie sur eux.
  • Le conflit entre Charles Martel et l’évêque d’Orléans Eucher est largement politique : les évêques du temps sont des hommes politiques des « defensor civitatis » selon l’expression en vigueur. Eucher a vraisemblablement participé à un complot contre Charles Martel ou était inséré dans un réseau de « Grands » hostile au maire du palais.

Quant aux assertions fantaisistes qui émaillent le mémorial, faisons-leur un sort rapide :

Les Arabo-musulmans auraient tout inventé ?

Je vous renvoie cette fois à l’excellent Les racines de notre Europe sont-elles chrétiennes ou musulmanes ? Par Guy Rachet (editions Jean Picollec). Quelques pistes, en vrac :

– Contrairement à ce que prétendent les islamomanes, l’ogive aurait été empruntée par les architectes de l’Orient musulman aux Européens, sans doute grâce aux Croisés qui ont utilisé largement ce type de voûte dans leurs châteaux en terre sainte.

– L’algèbre et l’Inde : L’influence des Grecs, à partir du IIIème siècle avant notre ère sur le développement de l’art, de la pensée et de la science de l’Inde ne fait aucun doute. Al-Khawarizmi a connu les Eléments d’Euclide qui se trouvent au départ de ses travaux. On sait par ailleurs que les 7 livres des Arithmétiques de Diophante ont été traduites en arabe dans la deuxième moitié du IXème siècle.

– Ce qui fait l’originalité de l’architecture musulmane en Iran et au-delà […] trouve son origine dans l’architecture sassanide qui l’a héritée de la Mésopotamie de l’époque parthe.

– Les architectes arabo-musulmans, terme général dans lequel on doit englober des Berbères, des Syriens, des Egyptiens, parmi lesquels nombreux encore étaient les chrétiens, des Ibères convertis, vont fonder un art et surtout une architecture originale.

Enfin pour tout savoir sur la façon dont les hommes du Moyen Age ont redécouvert les textes grecs antiques, il faut lire l’incontournable Aristote au Mont-Saint-Michel, de Sylvain Gouguenheim que j’avais interviewé en 2008 :

http://ripostelaique.com/Interview-de-Sylvain-Gouguenheim.html

Le passage sur Cordoue, tiré de Hunke, parle de 17 universités de 50 hôpitaux, ce qui est complètement délirant pour l’époque !

Que dire également des 10 millions d’habitants qui seraient censés habiter l’Aquitaine quand il semble que mille ans plus tard, la France tout entière, en 1789,  était peuplée de 25 millions d’habitants ?

Que dire de « l’agriculture prospère » de la dite Aquitaine quand elle était ruinée et le pays dévasté par les incessants raids sarrasins et la mobilisation incessante des hommes en âge de combattre ?

Quant à parler d’ennemis jurés pour  Eudes d’Aquitaine et Charles Martel ce ne sont là aussi que mensonges éhontés ! Si Charles ne s’était pas porté au secours d’Eudes lors du siège de Toulouse (extraordinaire victoire du Duc D’Aquitaine qu’on oublie de mentionner, grâce à laquelle, aussi, sans doute, nous ne sommes pas musulmans…), Eudes ne lui en a pas tenu rigueur et est venu l’épauler à Poitiers où ses hommes ont joué un rôle décisif. Il est évident que face au péril islamique, l’union était la priorité ! C’est longtemps après la bataille que Charles Martel a oeuvré pour se rendre maître du nord de l’Aquitaine, et cela n’a rien à voir avec ce qui nous occupe ici. Il a imposé son autorité aux fils du défunt Eudes, mais leur a laissé la direction du duché. Pour la petite histoire les Carolingiens (Charlemagne, Louis le Pieux, Charles le Chauve) n’arrivèrent jamais à bien contrôler l’Aquitaine…

Enfin, évoquer la rivalité Eudes-Charles sans insister sur ce qui les unit, le christianisme, élément fédérateur de deux rivaux contre l’obscurantisme musulman, c’est de la malhonnêteté.

A suivre… prochain article à propos des responsables de cet inacceptable mémorial.

Vous trouverez ci-dessous, à télécharger, une bibliographie sérieuse sur Charles Martel et la bataille de Poitiers,  établie par Sylvain Gouguenheim, et on ajoutera au dossier l’excellent article de Laurent Wetzel, paru sur Polemia :

http://www.polemia.com/charles-martel-et-la-bataille-de-poitiers-mythe-ou-realite/

Christine Tasin 

(1) On pourra en savoir plus sur les sources officielles et dignes de foi en téléchargeant cette petite synthèse établie par Sylvain Gouguenheim Sources-de-nos-connaissances-sur-la-bataille-de-Poitiers. A comparer avec les sources de l’auteur de l‘article mensonger du Nouvel observateur, Salah Guemriche,  écrivain algérien qui a été, également, consultant pour la réalisation du mémorial… on ne se lassera pas de le répéter !

http://resistancerepublicaine.eu/2015/memorial-de-charles-martel-4-leurs-mensonges-historiques/

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