Merci Daech d’avoir mis nos culs à nu !

Publié le 12 octobre 2014 - par - 3 246 vues
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iju-flag4Texte de Saïd Lakhal publié le 9 octobre 2014, en arabe, par Hesperess (premier site d’information au Maroc). Il est traduit par Pascal Hilout pour Riposte Laïque

Malgré la sauvagerie de ses crimes et la barbarie de ses méthodes, Daech (*) a mis les musulmans et les Arabes face au miroir et puis mis à découvert leurs parties honteuses (trou du cul est le sens premier du terme arabe awrah utilisé par l’auteur). Ils n’arrivent plus à les dissimuler malgré la soie des Indes et tous les maquillages de l’Indus.

Grâce à Daech, nos yeux s’ouvrent sur bien des sujets que nous – en tant que peuples, régimes et institutions de sécurité, de l’armée et du renseignement – avions cru réglés à notre avantage et puis bâti, par-dessus, notre expertise et notre supériorité.

Daech attire notre attention sur les illusions dont nous nous bercions et dans lesquelles nous nous vautrions naïvement, jusqu’à ce que cette organisation arrive, commettant des crimes barbares avec lesquels l’humanité avait cru rompre depuis des siècles. Daech a dessillé nos yeux et soulevé l’opercule qui obstruait notre entendement pour nous mettre face aux réalités suivantes :

  1. Chez les peuples arabes/islamiques prédominait la croyance pluriséculaire stipulant qu’Allah fait vaincre les musulmans contre leurs adversaires en les renforçant par des troupes invisibles à l’œil des incrédules. Cette crédulité a permis aux cheikhs(aux théoriciens) du jihad afghan d’imaginer d’invraisemblables chevauchées d’anges combattant les soviets et leurs terribles chars. Et c’est ainsi qu’aux mains des moujahidines afghans, des poignées de boue se transformaient en grenades destructrices. Mais voilà que Daech ébahit les cheikhs (les théoriciens) du jihad et laisse bouche-bée les faiseurs de miracles et les marchands du sang : des millions de soldats irakiens fuient Mossoul et toutes les régions que les combattants de Daech ont conquises sans aide divine et sans soutien des anges. La force de Daech est dans les bras de ses combattants et dans la sauvagerie de ses vidéos : décapitations, crucifixions d’enfants et des femmes transformées en esclaves.

  2. Notre héritage juridique (la charia) et notre pensée religieuse sont source de l’extrémisme, de l’abjecte sauvagerie et de la barbarie sanguinaire. Daech a tué des innocents, décapité, s’est emparé de femmes pour les vendre sur le marché des esclaves au nom de la religion, en se fondant sur la loi islamique héritée de l’âge de l’arriération (lit. de la bassesse : inhitât). En commettant ces crimes, Daech se nourrit de cet héritage juridique produit par nos grands imams et par nos transcripteurs les plus sûrs de hadiths (faits et gestes de Mahomet). Notre héritage est couteaux et épées dégoulinant encore et toujours de sang ; des têtes coupées pour des raisons politiques et de doctrine. Tout ce qu’a fait Daech, c’est dégainer les épées et leur restituer la gloire qui leur revient et leur fonction pratique. Notre héritage incite (invite) à l’égorgement et à la décapitation pour être proche d’Allah et obéir à ses ordres. Cet héritage juridique (la charia) est un réservoir qui ne tarit pas : il alimente de ses eaux toutes les tendances bellicistes et incite à la haine et à la sauvagerie.

  3. La défaite civilisationnelle qui atteint les musulmans et s’étire dans la durée est devenue un complexe psychique, culturel et confessionnel que les musulmans n’arrivent plus à digérer ni à en saisir les facteurs réels. Ici émerge le facteur confessionnel dans ses deux dimensions :

    – psychique (haine de l’Autre, son exécration et le rejet de ses productions intellectuelles et de ses expériences politiques) et

    – comportementale (décapitation, esclavage des femmes et destructions du patrimoine historique et de ses vestiges).

    Et c’est ainsi que revient à Daech le mérite de révéler notre inconscient collectif et notre penchant agressif et nos croyances destructrices.

  4. Notre incapacité complexée d’intégrer les acquis civilisationnels et de soutenir le pas de l’humanité vers plus de valeurs, a développé chez nous, de façon permanente, cette propension à la destruction et cette envie de faire couler le sang et de violer les femmes.

  5. Toutes les armes que nous accumulons, pour lesquelles nous dépensons, sans compter, des milliards de dollars (dépenses d’achat et d’entretien), sont uniquement protectrices,  efficaces et létales contre des citoyens démunis ; pour disperser des manifestants qui réclament pain et dignité. Mais ces armes se transforment en camelote face aux épées et aux fusils des organisations du type Daech. Des millions de soldats fuient, apeurés, devant Daech sans la moindre confrontation.

  6. Les armées bien équipées ne protègent pas les nations et leur honneur puisque qu’elles sont plus qu’incapables d’affronter les excités des Daechs. Le mérite revient donc à Daech d’avoir révélé le vrai visage et la fonction première de ces armées qui ne va pas au-delà de la protection des régimes face à leurs peuples assujettis et tenus en laisse.

  7. La protection des nations est dévolue aux Américains, seuls capables de les protéger de Daech, alors que nos grandes armées avec tout leur équipement militaire sont comme une bande de « zèbres qui se dispersent et fuient une lionne » (**) : un million de militaires de la région de Mossoul se sont débarrassés de leurs tenues militaires, abandonné leurs armes et ont fui, vils et apeurés, devant Daech.

  8. Daech, organisation d’une cinquantaine de milliers de combattants défait des centaines de milliers de l’armée régulière avant même qu’elle n’ait livré bataille. C’est une déconfiture morale avant d’être une défaite militaire. A propos de Daech, voit-on se confirmer la parole d’Allah : « Bien des groupes légers ont défait des troupes en nombre » ?
    Les Etats-Unis démontreront que Daech n’a pas vaincu avec l’autorisation d’Allah, mais grâce au défaitisme des armées et des régimes.

  9. L’Amérique croit et répond aux appels divins : « Si vous êtes appelés à la rescousse, vous gagnerez ! » (Coran). Les musulmans appellent les Etats-Unis à l’aide contre Daech, organisation qui représente l’islam et applique sa législation (la charia). S’il n’y avait pas les Etats-Unis, Daech (l’Etat islamique) étendrait sa domination sur toutes les terres d’islam. Merci donc à Daech qui a fini par acculer les musulmans à se démarquer de l’islam et de ce qu’ils en ont produit, de ce qu’ils ont accumulé comme fatwas invitant à trancher des cous, à razzier des femmes pour les réduire à l’esclavage, à violer des vierges et à déshonorer bien d’autres femmes. Merci à Daech d’avoir transformé les musulmans en victimes de leur propre législation (la charia) et de leur avoir fait goûter le venin qu’ils ont concocté. Et comme le dit si bien l’adage égyptien : « Celui qui cuisine du venin en goûtera ».

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(*) Daech : sigle signifiant « Etat islamique en Irak et au Levant » devenu « Etat islamique » après avoir désigné un calife, c’est à dire, un successeur à Mahomet.

(**) formule tirée du Coran qui comparait (et compare) les groupes qui se dispersaient à l’arrivée de Mahomet comme des « zèbres (lit. des ânes sauvages) qui se dispersent en fuyant une lionne».

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