Mes réflexions quand je vois un autocollant NPA recouvrir celui que je viens de coller pour Riposte Laïque…

Comme les autres signataires de la pétition lancée par la Riposte Laïque, avec des amis j’ai fait quelques poses d’autocollants : « non à la bourqua » et « vive la République laïque ».
Lundi soir, nous avons fait le tour de nos points de pose. Surprise, qui n’en était pas vraiment une, des autocollants avaient été arrachés et un, recouvert par… un autocollant NPA.
Il y avait de la place à droite, à gauche, au-dessus, au-dessous. Qu’un ou plusieurs militants NPA aient voulu faire connaître la présence physique de leur parti, quoi de plus naturel, mais est-ce que cela obligeait nos joyeux drilles du nouvel anticapitalisme à recoller sur l’autocollant « défendons la République laïque » ?
Cette bavure sectaire m’a fait me poser la question : C’est quoi ce nouvel anticapitalisme ?
Est-ce que ce ne serait pas, en réalité, à l’anticapitalisme classique, l’anticapitalisme du mouvement ouvrier, ce que fut au socialisme le néo socialisme des années trente quarante ? (1)
Il est en effet très particulier cet anticapitalisme qui éprouve le besoin de montrer qu’il n’est pas d’accord avec le mot d’ordre « défendons la République laïque », en le recouvrant de son sigle, afin de le faire disparaître aux yeux des citoyens.
A vrai dire, je ne suis pas du tout surpris par cette réaction NPA.
Après le second conflit mondial, la tendance de la Quatrième internationale – celle qui donnera naissance à la LCR et qui se sabordera en France pour devenir NPA – cette tendance se raccrochera de multiples façons à la bureaucratie de Moscou et à ses annexes.
En 1933, Léon Trotski avait pourtant prononcé la déchéance politique définitive des partis communistes officiels et du gouvernement de l’URSS. Par sa politique de division insensée, le stalinisme avait rendu possible la venue d’Hitler au pouvoir ; il avait participé activement à la création des conditions politiques qui allaient rendre possible la plus grande et meurtrière guerre de toute l’histoire humaine. C’est pourquoi le fondateur de l’armée rouge avait, à juste titre et non sans mal, convaincu ses amis politiques pour qu’ils rompent avec la troisième internationale, proclament et construisent la quatrième internationale. (2)
Après la seconde guerre mondiale, revenant sur l’analyse de Trotski, les hommes qui seront à l’origine de la LCR/NPA expliqueront que le socialisme sortirait de siècles de transition bureaucratiques, c’est-à-dire, pour l’essentiel, du stalinisme.
Quel « socialisme » pouvait bien sortir de siècles de transition bureaucratique et totalitaire, commencera-t-on à se demander dans les sections de la Quatrième internationale ?
Les militants de la Quatrième internationale allaient devoir principalement, -expliqueront les géniteurs politiques de LCR/NPA-, militer dans les rangs des partis staliniens et accepter, dans l’action pratique, la discipline quotidienne du stalinisme.
En 1956, en Hongrie, la première révolution ouvrière contre le stalinisme allait montrer ce qu’il en était vraiment, et de quel côté allaient se retrouver nos néo trotskistes avec leur théorie des siècles de transition bureaucratiques vers le socialisme.
A l’automne de 1956, dans le sillage du « printemps polonais » (l’élection de véritables conseils ouvriers dans les grandes usines polonaises, conseils indépendants de la bureaucratie du POUP (3), commencera la révolution hongroise des conseils ouvriers.
Csepel, le Billancourt de la classe ouvrière de Budapest se trouvera être le centre géographique et moral de ce mouvement d’organisation libre et révolutionnaire prenant la forme à Budapest d’un conseil central des délégués élus dans les usines, représentant tout le prolétariat de la capitale et sa proche banlieue. Le mouvement des conseils ouvriers élus et révocables par leurs électeurs croisera le destin d’hommes venus de l’appareil du parti communiste. Ces hommes lieront définitivement leur destin au sort de la classe ouvrière hongroise soulevée, en rompant totalement avec la bureaucratie de Moscou. En effet, le gouvernement formé par Imre Nagy, sorti peu avant des prisons, pour faire en Hongrie le même travail que Gomulka en Pologne, à savoir y réformer le stalinisme dans les limites du maintient du monopole politique du « parti », ce gouvernement affirmera tirer sa légitimité des conseils ouvriers élus et révocables et décidera de quitter immédiatement le pacte de Varsovie.
Le groupe de militants communistes réuni autour d’Imre Nagy, après avoir été kidnappé à sa sortie de l’ambassade de Yougoslavie à Budapest, subira un procès à huis clos, deux ans plus tard. A l’issue de cette tragique parodie de procès, tous ces hommes, (sauf un, l’ancien préfet de Budapest), seront condamnés à mort et pendus peu après.
Pour revenir au NPA, à l’époque, ses pères, mères et proches parents politiques, condamneront, d’une façon parfaitement jésuitique, les militants hongrois qui avaient, au péril de leur vie, choisi le camp de la classe ouvrière contre celui de la caste bureaucratique totalitaire. Leur soi-disant quatrième internationale ne dira évidemment pas qu’il était juste de pendre Nagy et ses compagnons de lutte. Non, elle écrira seulement, qu’à leur charge, on devait retenir : qu’ils étaient sortis du camp de classe en décidant que la Hongrie quittait le pacte de Varsovie, et en proclamant la neutralité du pays.
Quel rapport, ces événements tragiques hongrois, vieux de 53 ans, avec les autocollants NPA recouvrant ceux proclamant la défense de la République laïque ?
Quel rapport, j’y viens. Ce rapport est direct : Le stalinisme a perdu la boule ; il n’a plus sa boussole ; il est privé de ce que Maurice Thorez appelait « la pierre de touche de l’internationalisme prolétarien » , à savoir la solidarité inconditionnelle avec le gouvernement de l’union soviétique; il a perdu l’URSS bureaucratique et totalitaire qui a produit Poutine. Ses débris se cherchent désespérément un succédané ou un ersatz de « patrie des travailleurs », ailleurs, à défaut de la construire en France dans la suite de la grande révolution française. Cette patrie, ils se la sont trouvée. C’est la « révolution palestinienne ». Fini les badges de Lénine, c’est désormais le temps des keffiehs et des défilés bras dessus bras dessous avec des femmes voilées scandant « mort aux Juifs ! ». (4)

Au nom de cette patrie des travailleur par substitution, au nom de cette « révolution palestinienne qui serait devenue « le nouvel épicentre » de la révolution mondiale et de la lutte contre l’impérialisme (voir l’article du Monde diplomatique théorisant des rapports « nord-sud » structurés par la « centralité » de la cause palestinienne occultant tout le reste), on devrait accepter les contre-révolutions en Iran et au Soudan. On devrait accepter, en France, les revendications salafistes et celles de l’islamisme politique concernant le vêtement enfermement des femmes dont l’apparition publique serait une sorte de promenade de prisonnier.
On devrait faire semblant de croire qu’il s’agit d’une simple liberté de s’habiller comme on veut.
On devrait croire que légiférer contre la bourqua serait comme dans la Grèce des colonels lorsqu’on légiféra contre la minijupe *5…
Avec le vêtement féminin islamique, le salafisme et ses compagnons de route mettent en branle une action- revendication transitoire. Cette affirmation, -mise en pratique avec le port libre des uniformes de bagnard féminins saoudiens, iraniens et afghans-, est destinée à bouleverser progressivement tout l’édifice juridique issu de la révolution française.
Le recouvrement des femmes, de la tête aux pieds, jusqu’au bout des doigts, est imposé aux femmes afghanes, iraniennes et saoudiennes. Le revêtement enfermement « volontaire » vise, en France, de plus en plus de fillettes et de femmes musulmanes d’abord, puis, dans sa perspective stratégique, l’ensemble des femmes musulmanes et enfin les autres, comme le Hamas l’impose actuellement aux femmes gazaoui chrétiennes.
Au nom de l’imaginaire nouvelle patrie des travailleurs, aux basques de laquelle, stalinisme moribond et ex néo trotskisme NPA ont besoin de se raccrocher pour survivre, on devrait accepter en France, une variété de contre révolution particulièrement totalitaire, s’insinuant dans les différents domaines de la vie quotidienne. Celle-ci commençant à être régentée par la charia, en débutant par le vêtement féminin, en continuant par les relations professionnelles, le système bancaire, et enfin en terminant par l’ensemble des relations humaines. C’est d’ailleurs ce qu’écrit ouvertement la charte du Hamas, qui se définit comme un parti du djihad mondial visant l’ensemble des pays sur les différents continents.
Les exigences violentes, exacerbées, liées au ramadan, illustrent encore mon propos.
En 2008, à Bruxelles, un belge a failli payer de sa vie d’avoir osé boire une canette de bière sous les fenêtres d’un observant du ramadan. Quand la police est venue arrêter les deux agresseurs, le père s’est étonné : ben quoi ! J’étais en état de légitime défense, il (parlant de sa victime sur laquelle son fils s’était acharné à coups de planche cloutée) a offensé le prophète. Il a offensé le ramadan ! (en buvant sa canette de bière sous les fenêtres de l’assassin, un fidèle indigné !)
Cette année, un faubourg de Belgique a connu une émeute, une ville française a vu ses trois cinémas être fermés pour prévenir des incidents, parce que leur activité avait « contrarié » le ramadan précédent… et la techno parade a subi une descente massive et violente qui a décidé les organisateurs à l’interrompre plus tôt que prévu.
Si des groupes, voire des groupuscules néo nazis avaient fait le dizième et même le centième de tout cela, et si des groupes de catholiques traditionalistes avaient réclamé le millième de ce qu’exige par les moyens du fait accompli nos tenants de la mise en œuvre pure et simple de la charia par la méthode des revendications et des objectifs transitoires, NPA et Cie hurleraient. Ils crieraient «Alerte ! Alerte ! Halte au fascisme ! ». A tout le moins, ils défileraient sur le petit écran, pour y dénoncer « la bête dont la ventre est encore fécond ».
Pour cent fois plus, ils gardent un silence épais et poisseux. Plus grave, en collant des badges NPA sur des autocollants défendant la République laïque, ils affirment le contenu de ce qu’est en 2009 leur « camp de classe ». Ce n’est plus la bureaucratie de Moscou ni ses annexes. Ils montrent cyniquement que leur camp de classe ne se trouve pas du côté de la démocratie politique incarnée dans la République laïque mais de celui de l’islamisme politique, et que NPA, en effet cela veut bien dire : Nouveau Prosélyte Asservi.
Alain RUBIN
(1) Le néo socialisme est né, en France, au sein du parti socialiste SFIO. Exclus au congrès de Royan en 1935, les néo socialistes poursuivirent une évolution qui les fit rompre avec la démocratie politique comme cadre nécessaire à toute transformation sociale progressiste.
Sous l’occupation allemande, les « néos », comme on les appelait, rejoindront activement la collaboration, sous la houlette du RNDP de Marcel Déat.
(2) Trotski était tout sauf un sectaire. Quand de puissantes tendances vers la révolution prolétarienne se firent jour au sein du Parti socialiste ouvrier espagnol, le parti de Largo Caballero le chef du gouvernement du Front populaire en Espagne, Trotski essaiera de convaincre ses amis espagnols de devenir des membres et des militants du plus important parti ouvrier en Espagne, le PSOE. Il ne fut pas suivi par les trotskistes espagnols.
(3) POUP, parti ouvrier unifié, ce parti est le produit de la fusion forcée engagée après 1944 entre le PPS et le PPR.
Le PPS était un grand parti ouvrier, membre de la seconde internationale. Avant guerre il était le parti de Pilsudski, représentatif d’une bonne part de la nation polonaise.
Le PPR regroupera, à partir de 1943, les rares staliniens survivants de la liquidation du parti communiste polonais. Convoqué à Moscou en 1938, le comité central du PCP sera liquidé, une balle dans la nuque. Motifs de ces exécutions et de la dissolution du PCP qui s’en suivit : « luxembourgisme du PCP… avoir dirigé un parti devenu un repaire d’espions trotskistes, sionisme »
(4) Cette « révolution », via le Fatah et ses satellites stalino nationalistes, et via le Hamas, soutient démonstrativement ce qu’ils appellent, je cite : « le combat du peuple frère soudanais » et le gouvernement de Khartoum. En d’autres termes, la « révolution palestinienne » est solidaire de la contre révolution militaire islamiste qui a détruit le mouvement ouvrier au Soudan en 1974, et mène depuis 35 ans des guerres incessantes contre les populations, pour leur imposer la dictature de la charia.
Sous l’étendard de la charia, le petit djihad soudanais a fait plus de deux millions et demi de victimes et déplacés autant de Soudanais et de Darfouri. C’est avec ce « combat » que se solidarisent ostentatoirement Fatah et Hamas. Une authentique révolution la « révolution palestinienne », c’est évident.
En 2009, la nature ayant horreur du vide, surtout la nature politique, elle prend même le vide pour en faire un plein. C’est ainsi que nos ex néo trotskistes enfilent avec délectation, leurs petits pieds, dans les grands godillots troués de générations de dizaines de milliers de serviles fonctionnaires français stipendiés de la bureaucratie des satrapes moscovites, pour eux aussi déclarer noirs ce qui est blanc ou blanc ce qui est noir.
(5) La comparaison est tellement ridicule que je me suis demandé s’il fallait s’y attarder. Peut-on en effet, du point de vue de la liberté, du point de vue de la riposte à une mesure ou à un projet de loi liberticide, comparer les jeunes femmes grecques qui s’affirmèrent comme individualité propriétaire d’elle même et les militantes volontaires ou obligées du port de la bourqua ? Peut-on honnêtement comparer l’exigence des jeunes femmes grecques : se mettre en valeur, sans exiger des autres femmes qu’elles partagent vos goûts esthétiques, et le militantisme choisi ou imposé pour que progressivement, par capillarité, toutes les femmes, musulmanes d’abord, les autres ensuite, portent un vêtement noir ou marron, au nom d’un ordre moral transcendant s’imposant à chacune parce que ce serait une volonté de Dieu ? Comment oser qualifier de libre choix personnel, risquant d’être écrasé par un projet de loi « liberticide », une « liberté » qui n’est pas l’envie de s’habiller comme on veut mais au contraire est une exigence effectivement liberticide, elle, adressée à toutes les femmes, au nom de l’affirmation d’une norme divine universelle !
La liberté « vestimentaire » d’exiger par la vertu de l’exemple, la fin de la liberté « vestimentaire » des autres femmes, est-ce que c’est une liberté que la Démocratie doit protéger ?
Ce libre choix, qu’ose invoquer Ramadan, ses complices et ses comparses, consiste à pouvoir dire publiquement : mesdames, voici ce qui est bien ! Mesdames, voyez le vêtement que Dieu exige que vous portiez. C’est ce vêtement, que tôt ou tard vous devrez toutes porter !
Afghanistan, ordre « moral » taliban, Arabie Saoudite, rigorisme wahhabite, Iran, dictature de la police religieuse, nous voici, semblent-elles dire.
Une observation : la télévision, ces derniers jours, a montré et fait parler des femmes voilées de la tête jusqu’au bout des ongles et des orteils.
Volontaires, nous sommes volontaires pour suivre ce que veut Dieu répondent-elles aux reporters. Mais peut-être des paroles, des questions et des réponses m’ont-elles échappées. Je n’ai en effet pas entendu les journalistes demander à ces femmes ce qu’elles pensaient du statut de la femme en Iran, en Arabie saoudite et en Afghanistan, ces pays où le libre choix qu’elles revendiquent pour s’emprisonner n’est pas un choix personnel mais une obligation absolue, même pour des femmes étrangères de passage.
Je n’ai pas entendu ces femmes qui veulent que les députés français respectent leur « libre choix » se prononcer pour le libre choix des femmes de ces trois pays, enfermées malgré elles, de la naissance à la mort. Je ne les ai pas entendues revendiquer pour les femmes enfermées leur droit personnel de sortir de la prison vestimentaire. Leur démarche, à nos volontaires de la bourqua, c’est : donnez- nous ce que nous vous refusons aux femmes des pays d’islam!
Il faut énormément de jésuitisme, de tartuferie, d’auto aveuglement et/ou de connivence avec le système de dictature intériorisée, défendu par Ramadan et Cie, pour voir une mesure « liberticide » dans une loi s’opposant à la dictature rampante qui a pour but précis d’établir, même en France, par petites touches successives, la domination de la charia.

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