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Méthode syllabique : la défaite annoncée de Jean-Michel Blanquer

Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale, une des rares nominations intéressantes du petit Cron, doit faire face au refus de son administration d’appliquer ses directives ministérielles, principalement en ce qui concerne le retour de la méthode syllabique au CP.

Aujourd’hui, à l’entrée en 6e, plus de 50% des élèves sont des lecteurs approximatifs, pour ne pas dire plus. Mais les pédagogistes dont le saint patron reste Philippe Meirieu sont à tous les leviers de commandes de la rue de Grenelle.

Tous soutiennent la méthode globale qu’ils ont soigneusement rebaptisée semi-globale. Leur argument principal est celui du “sens”.

François-Xavier Bellamy dans Les déshérités, nous apprend que la méthode globale de lecture a été élaborée dans le sillage de Rousseau et de son Emile.

Au début du XXe siècle, Ovide Decroly la met au point. Elle consiste à s’appuyer sur l’intérêt de l’enfant pour les objets qui l’entourent. C’est la fameuse motivation. Il s’agit de ne plus imposer le processus déterminé par avance qu’il devait subir avec la méthode syllabique. Des générations d’enseignants vont utiliser la méthode globale en espérant éviter aux élèves de subir la discipline de l’apprentissage traditionnel du b-a = ba, considéré comme machinal et autoritaire.

Il n’était pas question dans le milieu éducatif de chercher une efficacité à la méthode ou de mesurer les acquis des élèves, mesure qui relevait de procédés antidémocratiques, selon quelques syndicats.

Pendant des années, les pédagogistes et l’immense majorité des enseignants en cours préparatoire ont donc refusé de comparer les méthodes de lecture. Ils voulaient bien évaluer la taille de la classe, l’âge de l’enfant entrant en CP, son milieu social, le diplôme du père et celui de la mère, le revenu des parents, mais pas la méthode. Un peu comme si, pour tester l’efficacité d’un traitement médical, on prenait en compte les dimensions de la chambre, le milieu social du malade, le diplôme du patient… mais surtout pas le médicament.

Les classements internationaux n’ont pas tenu compte de telles finesses. La France s’est retrouvée loin de la Finlande où la méthode syllabique est appliquée.

Qu’à cela ne tienne, si les évaluations se révélaient négatives, c’était tout simplement le signe que l’on n’était pas allé assez loin dans la méthode, que la langue était encore un outil trop coercitif et discriminatoire. Trop fasciste pour reprendre la phrase de Barthes: «la langue est fasciste» (phrase particulièrement absurde quand on sait ce que font de la langue les régimes fascistes qu’ils soient nazi, communiste, islamique).

Les pédagogos refusent, par idéologie – celle du progressisme – d’admettre que c’est à cause de la méthode globale que les élèves lisent mal et comprennent mal ce qu’ils lisent. Si le mot est photographié mentalement d’une manière incorrecte (principe de la lecture globale) adieu le sens de la phrase. La méthode syllabique (ou phonétique dans les querelles byzantines pour savoir si b-a=ba ou [b][a]=[ba]) part du simple pour aller vers le complexe. Méthode logique mais la logique n’est pas la qualité principale des décideurs pédagogiques.

C’est sans doute pour cela que 100 000 méthodes Boscher sont achetées par les parents et les grands-parents chaque année pour environ 800 000 élèves entrant en CP.

Derrière cette idéologie de déconstruction de l’apprentissage de la lecture – Gilles de Robien qui n’avait jamais pu s’imposer comme ministre de l’Education nationale comparait les pédagogos à des moniteurs d’auto-école chauffards – on retrouve toute la fine fleur de l’ancienne FEN (aujourd’hui Unsa et FSU – une machine tenue solidement en main par une nomenklatura en permanent déni de réalité) pour qui la méthode syllabique est une méthode réactionnaire d’apologistes de l’élitisme.

La débâcle de l’apprentissage de la lecture produit d’année en année un appauvrissement du vocabulaire, les choses les plus simples ne sont plus comprises. “Kiffer” remplace sans problème “aimer, estimer, apprécier, admirer, affectionner, adorer, chérir, aduler…”.

La méthode globale a également provoqué une déroute de l’orthographe. Déroute si importante que les pédagogos ont décrété que l’orthographe était discriminatoire.

Daniel Cohn-Bendit soutient que l’orthographe ne sert à rien d’autre qu’à asseoir la domination des plus savants. Pour lui, la plupart du temps, écrire en phonétique suffit pour se faire comprendre.

L’impression, pour reprendre une expression du sociologue Zygman Bauman, que la société devient liquide. Liquide dans la globalisation, liquide dans l’idéologie pour affronter les tempêtes, liquide moralement.

Et ni Jean-Michel Blanquer ni aucun autre (Gilles de Robien et Luc Ferry pourront lui en parler) ne réussira à la rendre un peu plus solide à partir de sa base qu’est l’école. J’apprécierais que l’avenir se moque de mon pessimisme.

Marcus Graven