Millas : à quand la compassion assistée ?

Publié le 18 décembre 2017 - par - 17 commentaires - 1 174 vues
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Un accident a tué 5 adolescents en blessant une vingtaine d’autres ; il s’agit d’un drame insurmontable pour les géniteurs de ces enfants, leurs fratries et d’une manière générale pour leurs parents et amis. Cependant rien de tragique, ni notre ressenti de la mort, ni notre conception de la responsabilité sociale ne sont affectés par cette rencontre hasardeuse d’un car scolaire et d’un train.

Que nous soyons bouleversés, que la vue des images nous incite à tenter de nous substituer par la pensée, aux acteurs, vivants ou décédés de ce fait-divers ne devrait pas occulter la réalité du message politico-médiatique véhiculé depuis par les médias. Plus encore qu’une indécente et coutumière récupération, le tapage spontané et univoque est part et conséquence du conditionnement que nous subissons.

Parmi ces impératifs sublimés de la doxa sociale-libérale est celui de partager la peine, de s’émouvoir de concert, comme si l’effroyable déchirement pouvait, particulièrement dans les premières dizaines d’heures, être atténué par quoi que ce soit ! Nous voici commis à croire que notre regard, démultiplié à million, d’images du lieu, de tôles déchiquetées, de corps floutés, voire de visages, est une réponse collective pourvoyeuse de compassion, qu’ainsi s’exprime une proximité émotionnelle et une solidarité affective, consolatrices…

L’Être cher est disparu et l’on ne peut encore le croire, toute l’âme de la mère, du père se braque dans une dénégation infinie, qui hurle et se tait, voudrait relancer le temps en arrière ; douleur immémoriale qui coule dans le cœur d’une source incandescente qui semble inextinguible. Déjà dans la cache la plus intime de soi, se forme, doit se former, la certitude de l’absence éternelle.

La primordiale annonce politique fut celle de la mise en place de « cellules de soutien psychologique », c’est aujourd’hui devenu la norme de faire assister les victimes ou témoins d’événements violents par des structures dont les membres, sous l’autorité départemental et théorique d’un psychiatre, ne sont pas médecins. Cet assistanat sous son apparence bienveillante et oint de la garantie d’objectivité administrative est le signe d’un affaiblissement moral des individus, de la réduction des solidarités familiales, ou autres, de la faiblesse du tissu social, mais, c’est aussi l’expression d’une volonté politique d’un usage de la puissance publique  au service d’une idéologie de l’encadrement de toutes les activités, pulsions et sentiments humains.

Que cela fasse hurler le monde clos des psy, qui décrivent mais ne guérissent jamais, qui se cooptent et sont les seuls juges de leurs activités, ne change rien à la réalité, l’assistanat psychologique est une minorisation des individus, une mise en tutelle de l’expression naturelle de leur douleur, un encadrement intrusif du cheminement mental.

La mort, l’impondérable, la souffrance, le risque, l’injustice, le remord, la disparition, les regrets, l’inéluctable font partie de la vie, tout traitement psychologique des traumatismes intérieurs en résultant est un masque, un carcan antalgique, qui  va annihiler l’usage des défenses internes et faciliter la délégation qui s’oppose à la mobilisation des propres ressources de l’individu. Quelle que puisse être l’efficacité immédiate des « cellules de soutien psychologique »,  elles sont une altération de l’intime, la perte d’une parcelle de son soi.

Il y a aussi des germes inquiétants dans cette pratique ; à quand des « cellules de soutien psychologique » pour les pompiers ou médecins, les militaires ? Puis ensuite pour les reporters, les croque-morts, et enfin pour les souteneurs eux-mêmes…

Et dans ce monde totalitaire de la transparence diffractée et de la psychiatrisation des réponses sociales, craignons de nous retrouver tous, résistants et vigilants, face à l’homme au papillon sur l’épaule.

Gérard Couvert

Commentaires à chaud

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Notifiez de
J. Elsé

Les psy, c’est comme les gens de pôle emploi : s’ils obtiennent des résultats, ils scient la branche qui les nourrit !

Eclair

Je ne vois pas ce qu’un informaticien peut connaitre à la détresse psy. Article sans objet. Bien sûr qu’il faut des cellules psychologiques!

Dominique Grandmaison

Qui te dis que cet informaticien n’a pas aussi des ressources en psycho. Je suis musicien et j’ai fait une thérapie de type psycho-analytique avec divan et tout et tout . Cela me donne tout de même un peu de clairvoyance dans les comportements humains que d’autres non pas . Par exemple, je pense voir chez toi une carence qui remonte à ton enfance .Très peu probable que ta mère et ton père ,surtout ta mère , t’ait donné toute l’attention dont tu avais besoin. Tu ressembles donc à un panier percé qu’on ne eut jamais remplir.

cirrus

Les psy se nourrissent du malaise de notre époque. Pas étonnant qu’ils ne veuillent pas y mettre fin, dans l’ensemble : https://ripostelaique.com/les-psy-ont-peur-de-marine-le-pen-et-bhl-aussi.html
Si les patriotes étaient au pouvoir, les psys auraient moins de clientèle…
L’industrie de la compassion arrange aussi le pouvoir, en maintenant des attitudes paternalistes.

dufaitrez

Fort bien écrit d’abord !
La Compassion universelle nous submerge ! (Hier, accident de train aux USA à la Une !)
Déplacement de Ministres, tous Médias aux affûts, interviews débiles, alors que l’on ne sait rien !… (« L’enquête le dira « ).
« La prise charge psycho » qui cherche à expliquer l’inexplicable, à détraumatiser les traumatismes, à instrumentaliser le cognitif, BREF, à se donner bonne Conscience !
Faits à explorer, mais les seuls guérisseurs !
L’explication vaut Rédemption !
Pensez-y !

resistance

Je me souviens de la colère froide de ma fille , lors de sa première chimio , quand une  » psy » s’est précipitée vers elle pour lui proposer son  » aide  » . Ma fille lui a répondu  » non merci  » , mais la psy s’est acharnée à chaque chimio , au point que ma fille excédée lui a lancé  » qu’est ce que vous pensez m’apprendre ? Vous savez ce que je ressens dans mon corps ,?? Vous voulez m’apprendre comment je vais mourir ?  » Je vous dis , c’est simplement de l’indécence et de la mégalo… lire la suite

resistance

Dans la nature , quand il y a un cadavre , les vautours se précipitent . Dans notre vie de tous les jours , dès qu’il y a un drame une tragédie , les cellules psys se précipitent , comme les vautours . Mais prenons garde , ces vautours psychologiques sont dangereux , ils anéantissent , avec leur venin politiquement correct , toutes les émotions normales telles que révolte , colère , rage …. Qui peut croire que ces psychos bricolos puissent apporter la moindre chose aux parents désepérés , qui peut croire que ceux qui ont appris dans des… lire la suite

Trop méchant

Ah ! Enfin un papier sur ce sujet ! Merci Gérard Couvert. A croire effectivement que l’état prétend maintenant se substituer à l’entourage dans sa fonction solidaire et consolatrice. Ce qui m’horripile le plus c’est le ton mielleux et faussement compatissant des journaleux télévisés nous annonçant la ènième « cellule de soutien psychologique » mise en place pour des individus n’ayant même pas été directement blessés ni même témoins de tel ou tel fait divers. Etre un camarade de classe d’un gosse mort dans un accident suffit. Comme si le gamin n’avait personne à qui causer en rentrant chez lui. On nous… lire la suite

bailey

justement, après ce drame. j’en parlé à ma famille. en leurs disant,que ,maintenant,dés qu’il y a un accident grave. c’est « cellules psy ». ils infantilisent,de plus en plus, les gens avec ça.

Laurent Droit

Bravo Gérard Couvert pour cet article pertinent qui met l’accent sur un sujet qui semble agacer de plus en plus nos compatriotes. Ces cellules psychologiques sont une insulte à l’homme. C’est aussi une façon d’utiliser les imbéciles qui ont fait des études de psycho, incapables de faire autre chose, et qui sont en masse au chômage la plupart du temps. Personne n’a besoin d’un psy pour le diminuer mentalement. Les enfants, les adolescents ont des amis, des familles. C’est auprès d’eux qu’ils peuvent être soutenus, consolés et encouragés à surmonter l’épreuve. Pas des fonctionnaires du ciboulot qui n’en ont rien… lire la suite

Versaline

Nous forgeons la génération bougies, fleurs et bisounours pour que dans le temps elle ne puisse plus se rebeller, ni avoir le sens critique et qu’elle annhilie peu à peu sa capacité à réfléchir. Nos aïeux élevés « à la dure » ont eu le mérite d’avoir la personnalité et le caractère qui leur ont permis de traverser avec courage et détermination les épreuves de l’histoire comme les guerres en ne baissant jamais les bras et en ayant toujours la force de s’en sortir seuls ! Cette génération assistée qui pleure à la moindre épreuve s’affaiblira peu à peu et perdra ce… lire la suite

Laurent Droit

Je suis tout à fait d’accord avec vous, Versaline, et je n’aurais pas dit mieux.

nathanael

vos aïeux ont été utilisé comme chair à canon par des généraux et des politiques imbus d’eux mêmes et par des industriels en 14:18 ; ils auraient un peu plus réfléchi, ils se seraient peut-être révolté contre cette bêtise. En 40, ils semblent avoir mieux compris puisque beaucoup collaboraient plus ou moins. La fable de la résistance française a été écrite par de Gaulle.

Pierre978

Bravo Versaline !!! Vous avez totalement compris le but de l’opération psy à chaque fois qu’il y a un événement majeur. Les psychologues font des dégâts sur le comportement des gens. Effectivement, ce n’est pas étonnant de voir les bisounours agglutinés sur les leur d’un drame avec les bougies, nounours, les pleurs, vous n’aurez pas ma haine etc…. de véritables larves, des crétins qui vont se prendre une déculottée bientôt ! Mon fils a été obligé de voir un psy pendant des années en tant qu’adulte handicapé, je navais pas le choix, sinon je perdais la garde de mon fils.… lire la suite

guimi

je suis toujours révolté par l’ annonce de ces cellules. Je pense que si j’ étais exposé à l’ effroyable peine de perdre un enfant je serais rempli de haine pour tous ces faiseurs de cirque.

Labbé Pierre

C’est bien de préciser que c’est à chaud. Toutes ces balivernes, ça fait froid dans le dos.

a.aneto.

C’est exactement cela, la puissance publique jusque dans l’intime!
Un grand merci à toutes les équipes médicales, techniques et une pensée particulière à ceux qui s’occupent des corps démantelés.