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Missive à la gente Léonore Moncond’huy, qui n’aime point les aéroplanes

 

« La climatologie est un art divinatoire visant à déduire du comportement humain l’avenir climatique de la Terre, dans l’idée de prescrire à chacun des actions de pénitence ».

(Benoît Rittaud, « Le Mythe climatique »).

« Le réchauffement climatique est une invention défendue par les Nations Unies pour créer un nouvel ordre mondial autoritaire… »                          (Maurice Newman, homme politique australien).

 

Vous avez, Madame, un patronyme qui fleure bon l’ancienne France : Léonore Moncond’huy.

Bénissez le Ciel – si vous y croyez ? – d’être née avant que les harpies féministes ne veuillent nous imposer l’écriture inclusive  car « Ma-conne-d’huy » sonnerait assurément moins bien !

Le 28 juin 2020, vous  remportiez (grâce aux abstentions dues au Coronavirus)  les élections municipales de Poitiers, face au maire sortant Alain Claeys. Investie par « Europe Écologie Les Verts », et soutenue par le Parti communiste, vous mettiez fin à quarante-trois ans de gouvernance socialiste et deveniez ainsi la première  donzelle maire de la ville. Vous auriez pu entrer dans l’histoire puisque, avec vous, Poitiers passait du rose au vert… pastèque : vert à l’extérieur et rouge à l’intérieur.

Il est dit que la bonne et belle ville de Poitiers, où je naquis par hasard, n’a rien à envier à cette grande boutique appelée « Galeries Lafayette » (1) car il s’y passe toujours quelque chose.

Citons, juste pour mémoire, sachant que vous n’êtes point pictavienne de naissance :

La « bataille de Poitiers », appelée par les Arabes « bataille du Pavé des Martyrs » ( معركة بلاط الشهداء). En 732, Charles Martel infligea une cuisante défaite à l’armée omeyade d’Abd al-Rahman, calife-gouverneur d’al-Andalus. Abd al-Rahman fut tué durant la bataille.

Plus tard, Poitiers fut embellie, modernisée et fortifiée par Aliénor d’Aquitaine. Elle y mourut en avril 1204. La ville sera prise par Philippe Auguste en août de la même année.

C’est encore à Poitiers que Jeanne d’Arc fut examinée, en 1429, par les théologiens  et par des matrones – pour vérifier sa virginité – avant de recevoir le commandement de l’ost royal.

Plus  anecdotique, Poitiers a été la capitale de… la Belgique : lors de la « bataille de France » le gouvernement belge s’installe précipitamment en France : c’est Poitiers qui, le 23 mai 1940, est choisie et qui accueille les ministres belges en fuite. Le Gouvernement belge décide, le 26 mai,  de poursuivre la lutte « quoi qu’il advienne », soutenu par les parlementaires réunis à Limoges. Ces derniers  votent, le 31 mai, la motion refusant la capitulation du roi (intervenue le 28 mai). Un repli sur l’Angleterre est évoqué dès le 14 juin, et a lieu le 18 juin.

                Et puis, juste pour faire une transition avec le sujet qui me préoccupe aujourd’hui, citons Lise de Baissac qui, dans la région de Poitiers, mit sur pied le réseau de Résistance  « Artist », qui exfiltrait les pilotes anglais abattus, balisait les atterrissages nocturnes et récupérait  les largages d’armes. Une femme courageuse, héroïque, qui n’avait rien, elle, contre les avions (et les rêves d’enfants).

Je dois, Madame, vous dire ici ma reconnaissance : depuis qu’en pleine pandémie, tout le Royaume – assigné à résidence – s’ennuyait à périr, l’élection de représentants de votre parti à la tête de grandes villes nous procure, chaque semaine ou presque, moult distractions :

L’un d’entre eux veut supprimer les sapins de Noël (lesquels sont remplacés par des arbres en planches…de résineux), un autre veut interdire le tour vélocipédique du Royaume. Certes, cette attraction, qui plaît tant au vulgum pecus, est suspecte : les coureurs y sont parfois plus dopés de substances hallucinogènes que les « babas-cools » soixante-huitards dont vous descendez en droite ligne. De plus, ils appellent leur engin « la petite reine » : c’est à désespérer d’avoir guillotiné un roi et tué la monarchie de droit divin ! Une autre finance sur des deniers publics une mosquée avec la bénédiction du Grand Mamamouchi ottoman Recep Tayyip Erdoğan. Tel autre veut imposer des menus « végans » dans les cantines, des vélos électriques partout, des limitations à 30 km/heure…

Je croyais naïvement que votre inventivité s’arrêterait là, car, après tout, vous ne faisiez que singer les  amish de Pennsylvanie, sans leurs contraintes de vie et sans leurs convictions religieuses qui sont éminemment respectables. Et à Poitiers, il ne se passait donc rien ?

                Je m’attendais  pourtant à ce que le célèbre « Fururoscope », la grande attraction locale, soit rebaptisé « Déclinoscope ». Qu’on puisse y voir tous les représentants des énergies renouvelables, écoresponsables, décarbonées, alternatives, etc., que les restaurants sur place proposent des repas à base de boulgour, quinoa, rutabaga et autres légumes oubliés et redécouverts (2), le tout arrosé au jus de carotte labellisé « bio » issu du « commerce équitable ». Qu’on puisse profiter de conférences sur les grands écologistes de gauche qui ont bien réussi le retour à la terre dans leur pays : je pense, par exemple, à Mao Zédong et à la fertilisation – certes forcée – des plaines de Mandchourie ; ou à Pol Pot qui a si bien dépollué les villes en forçant leurs habitants à aller travailler dans les rizières ; ou encore à cet écolo allemand, végétarien et buveur d’eau, un certain Adolf Hitler.

Comme je suis, depuis toujours, un vrai écologiste de droite (3), je trouvais excessifs les gens qui vous traitaient de « Khmers verts », de sectaires bornés, ou d’ayatollahs de l’écologie.

Et puis, telle la Pythie, vous vous êtes exprimée, Madame, pour nous  dire qu’il fallait changer les rêves des enfants, pour que ces petits morveux arrêtent de regarder voler les aéroplanes.

J’ai aussitôt pensé aux propos du franc-maçon Mexandeau, ministre du baron de Jarnac, qui, en 1981, voulait initier les enfants au socialisme dès l’âge de trois ans. La gauche ne fera-t-elle donc jamais la différence entre un enfant d’homo sapiens et un singe apprivoisé ? C’est souvent le rêve de l’enfant qui motive ses choix de vie, qui structure son mental, qui en fait un homme libre !

Souffrez que je vous raconte, brièvement, l’histoire d’un galopin aussi turbulent que rêveur.

Fils d’un officier parachutiste, il aimait regarder voler les aéronefs d’un petit aérodrome près de Tarbes. Ses héros s’appelaient Guynemer, Mermoz, Saint-Exupéry, Lindbergh… L’Aéropostale de Didier Dorat – cette aventure totale – le faisait  rêver. Et, bien avant la dictature des féministes, il admirait aussi les aviatrices célèbres : Maryse Bastié, Raymonde de Laroche, Adrienne Bolland, Hélène Boucher, Jacqueline Auriol (4), Valérie André, et tant d’autres qui n’aspiraient pas à castrer les hommes au nom de la parité, des quotas, ou de l’égalité hommes/femmes.

Adolescent, après un passage chez les  « enfants de troupe », il fonda avec un ami un club d’aéromodélisme dans son pensionnat de Bayonne. Mais c’est chez les parachutistes qu’il allait découvrir la troisième dimension, à bord de Transall, de vieux Noratlas, sous un parachute ou lors d’héliportages. Il fit ensuite du parachutisme sportif. Puis, vers la trentaine, avec d’autres, il s’amusa à réinventer les « faucheurs de Marguerites » à bord de castaplanes faites de bric et de broc à partir de chariots accrochés sous des deltaplanes : l’ULM pendulaire naissait. Comme il n’existait pas encore de brevet, il fallait passer le « Théorique planeur ». C’est à cette époque que, dans un club de Charente-Maritime, il fit la connaissance des descendants d’Henri Mignet, père du « HM 14 » (5), communément appelé « Pou-du-Ciel ». Henri Mignet est le pape de l’aviation populaire ; c’est en 1934 qu’il publia les plans de son « HM 14 » dans un livre culte intitulé « Le sport de l’air ».

L’éternel gamin se souvient encore avec émotion de son vol, en 1983, sur le prototype du HM 1000 « Balerit » piloté par Pierre Mignet, le fils d’Henri et dont ses amis, Alain et Philippe Mignet étaient les concepteurs. C’est à cette époque qu’il passa deux brevets de pilote d’ULM : pendulaire et multiaxes.  Ensuite, il devint président d’un para-club, pendant plus de dix ans, puis d’un club de parapente durant douze ans. Entre temps, il s’initia aussi au paramoteur dont il obtint le brevet.

Le gamin – toujours rêveur et mal dans son époque – est maintenant « à l’automne de sa vie » (comme disent les poètes et les cuistres). Les affres du temps lui ont donné la calvitie bedonnante d’un notaire de province, mais il n’est pas devenu un notable assagi et rangé. Mentalement, il est resté le parachutiste « félin et manœuvrier » (6) qu’il était à 20 ans. La carapace et la forme physique s’en sont allées mais, à 71 ans, il pratique encore – trop peu à son goût – le parapente.

De son métier de cadre dans le secteur tertiaire, il ne lui reste pas grand-chose, mais il doit aux sports de l’air quelques-uns des plus beaux moments de son existence.

Le bilan de sa passion n’a pourtant rien de glorieux, rien d’exceptionnel non plus :

Il n’a pas été pilote de vrais aéroplanes ; il n’a jamais eu les moyens de s’acheter le « HM 14 » dont il a longtemps rêvé ; il aura eu un ULM pendulaire poussif, deux paramoteurs et dix ou douze voiles de parachute ou de parapente.

Il totalise deux diplômes de moniteur fédéral (FFP et FELA (7)), trois brevets de pilote d’ULM (pendulaire, multiaxes et paramoteur), et environ 3 000 vols sous voilures souples.

Il n’a jamais gagné un centime de ses activités – totalement bénévoles – pour lesquelles il a sacrifié moult week-ends. Sa seule fierté est la « médaille d’argent de la Jeunesse et des Sports » obtenue après plus de trente années au service des sports aériens. Fierté sans gloriole, simplement parce que cette décoration, on ne la donne pas à n’importe qui, contrairement à des « hochets » ô combien plus prestigieux… Fierté, aussi, parce qu’elle récompense une passion et un acte gratuit.

Il pense souvent à ses voyages, à ses moments de bonheur, à la chance qu’il a eu de voler dans l’Atlas marocain, en Andalousie, dans la  Sierra Nevada ou dans les pics d’Europe…

Je ne sais pas, Madame, si l’écolo tristounet est capable de ressentir, de comprendre cela, perché sur son vélo électrique ? Je ne sais pas, mais j’en doute. Sait-il seulement ce qu’est une passion, lui qui prétend « sauver la planète » mais ne sait pas l’aimer ?

Avant  de conclure, j’allais oublier de vous dire que ce gamin turbulent, que je connais bien, aime aussi les destinations lointaines en avion, les motos qui pétaradent, les voitures de grosses cylindrées, les 4×4, les femmes qui ressemblent à des femmes, la bonne table, les bons vins et le whisky « single malt ». Je le crois donc totalement, irrémédiablement, irrécupérable.

Vous êtes trentenaire, Madame, et vous avez la suffisance  arrogante d’une génération trop gâtée et pétrie de certitudes. Peut-être jugerez-vous que cette missive émane d’un vieux barbon ?

Aussi permettez-moi, pour conclure, de plagier le grand Corneille :

                « Marquise  si mon visage / A quelques traits un peu vieux/

                                Souvenez-vous qu’à mon âge / Vous ne vaudrez guère mieux ! »

Il est même probable que le vôtre sera fané, flétri, buriné par les aigreurs d’une vie triste et sans véritables plaisirs, avec pour seules préoccupations, de refréner, d’interdire voire de détruire les bonheurs  simples et la joie de vivre des gens qui ne pensent pas comme vous.

Je ne vous salue point, Madame, ce serait pure hypocrisie de ma part.

Cédric de Valfrancisque   

1)-  Du nom du marquis de La Fayette, aristocrate franc-maçon dont le pays a fait un grand homme pour avoir trahi le roi Louis XVI, puis la Révolution, puis Napoléon, puis Louis XVIII, puis Charles X…

2)- Quand on y a goûté on comprend mieux  pourquoi ils ont été oubliés !

3)- La véritable écologie s’apparente au conservatisme, elle était donc, initialement, de droite avant d’être récupérée par les gauches, des socialistes aux islamo-gauchistes.

4)- Qu’il eut le privilège de rencontrer à Marrakech en 1995.

5)- « HM » pour Henri Mignet et  « 14 » parce que c’était son 14e prototype.

6)- Selon la formule chère au général Marcel Bigeard.

7)- Fédération Française de Parachutisme et Fédération Européenne de Loisirs Aériens.