Mitterrand n’a jamais été un homme de gauche

mitterrandaagouvleMitterrand est mort il y a vingt ans et il est né il y a cent ans. Alors Tonton – pour les intimes, dont je ne suis pas ! –, on y a droit de long en large et en travers depuis plusieurs mois, à commencer par les livres venus grossir une légende artificielle qui ne trompe plus le peuple. Vous me direz, tout le monde n’a pas eu la chance d’être Clémenceau ou de Gaulle !

Parmi ces livres, se trouvent en bonne place les Lettres à Anne, adressées par l’intéressé à sa maîtresse secrète, Anne Pingeot. Parce qu’après l’avoir habillé en figure majeure de l’Histoire, voilà que ses adorateurs le rêvent en Flaubert, dont la correspondance est tout de même d’un autre niveau, si je me réfère aux quelques lettres que j’ai pu lire de l’ancien président.
Cependant, omission fortuite ou silence gêné, il est un livre consacré au sieur Mitterrand dont les médias ne se sont pas massivement fait l’écho : Mitterrand – entre Cagoule et Francisque (1935-1945), de François Gerber.. . Et pour cause puisqu’il écorne sensiblement la statue de ce commandeur de petite vertu.

Pour ceux qui l’ignorent, la Cagoule est une organisation secrète d’extrême droite des années 1930, responsable entre autres d’assassinats et d’attentats.
Quant à la Francisque, c’était la « distinction, la plus haute du régime de Vichy attribuée après une enquête sévère », précise Gerber. Mitterrand la reçoit au printemps 1943, ce qui signifie qu’il était un fidèle dudit régime. Même si, comme le rappelle l’auteur, il réécrira ultérieurement son passé en gommant certaines aspérités incompatibles avec son nouveau costume de résistant. Car Mitterrand a au moins une qualité : il est prévoyant !

L’ouvrage de Gerber remet donc quelques pendules à l’heure, non sans difficultés, comme il l’explique en introduction. Son travail, en effet vieux de quinze ans, fut d’abord entravé par « quelques éminences, informées de l’existence d’un projet qui leur apparaissait sacrilège au regard de la mission dont, en qualité d’anciens collaborateurs du président défunt ou de témoins supposés objectifs des événements, ils se sentaient investis. L’éditeur recula piteusement et se désolidarisa […]. Plusieurs de ses confrères, pressentis, se récusèrent avec le même empressement. » Par ailleurs, il précise que l’Institut François-Mitterrand n’a pas « répondu favorablement aux demandes d’accès qui lui ont été formulées », comme c’est étonnant !
Mais pourquoi un tel déchaînement alors que le livre de Pierre Péan –Une jeunesse française–, paru en 1994, racontait ce même passé ? C’est que, malgré de longues digressions et remarques partisanes – évoquant notamment « les généraux félons d’Alger » amnistiés par Mitterrand en 1982, et qu’on ne saurait pourtant accuser d’avoir trahi la France ; tout au plus de Gaulle, lequel avait lui-même trahi les Français d’Algérie, reconnaissons-le –, Gerber a fouillé très profondément dans les entrailles de l’icône socialiste. Son texte, virulent et non moins juste, va à contre-courant de la doxa mitterrandienne, laquelle règne encore solidement pour tenter de faire mentir la réalité.

Par exemple, dans la très sérieuse Encyclopédie Universalis, on peut lire que Mitterrand « se jette avec courage en 1943 » dans la Résistance – en fait, il a senti le vent tourner et compris que la guerre était perdue pour l’Allemagne – ; qu’il « est aux côtés du général de Gaulle en 1944 », alors que pour l’entourage du chef de la Résistance « l’utilité de ce jeune homme prétentieux leur semble discutable », souligne Gerber. Certes, il sera à la tête du MNPGD (Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés), mais il ne fera pas le coup de force comme d’autres résistants et surtout, il aura pendant un certain temps servi Vichy sans ambiguïté, quoi qu’en disent ses défenseurs.

Mitterrand rédigera d’ailleurs volontiers des articles dans les revues vichystes, étalant entre autres sa confiance en Laval. Il « se trouve sans doute à l’aise dans ce cercle intellectuel et amical qui contribue à la propagation de la pensée maréchaliste. »

Gerber évoque aussi des amitiés encombrantes, qui perdureront longtemps après la guerre, parce que Mitterrand « assume ses fidélités, envers et contre tous » : Eugène Schueller – fondateur de l’Oréal, important financier de la Cagoule et collaborateur, évidemment !  – ; René Bousquet – ancien Secrétaire général de la Police de Vichy, organisateur de la rafle du Vél’d’Hiv ! – ; André Bettencourt – directeur d’un journal collaborationniste, bien avant de diriger l’Oréal, auteur de cette sortie : « Les juifs, les pharisiens hypocrites n’espèrent plus. Pour eux l’affaire est terminée » ; ce qui ne l’empêchera pas de s’inventer plus tard des actes de résistance ! – ; Jean Védrine – le père d’Hubert, décoré lui aussi de la Francisque ! –, etc.

Que du beau linge ! Et dire que c’est ce même homme que les progressistes continuent d’aduler tandis qu’ils ont jadis agoni Giscard pour avoir accepté Maurice Papon comme ministre du Budget !

Si Mitterrand a sincèrement été séduit par les Croix-de-Feu du colonel de La Rocque – que l’auteur a l’honnêteté de ne pas caricaturer, car c’était un homme bien plus vertueux que nombre de ses détracteurs ! – et plus encore par l’Action française de Maurras – bien moins fréquentable à mon goût –, son revirement politique après guerre n’est pas à mettre sur le compte d’une prise de conscience. C’est un calcul : « trop intelligent pour ne pas comprendre qu’il a raté une marche de l’Histoire […] il a procédé différemment, espérant tracer sa route hors des sentiers gaullistes. » Dès lors, il n’aura de cesse de se tailler une image conforme à ses attentes, lesquelles seront satisfaites ce jour de mai 1981.

Maintenant, il est indéniable que Mitterrand fut une figure tant politique qu’historique du roman national, mais une figure pleine de duplicité, dont l’intelligence fut presqu’exclusivement tournée vers sa personne.

Avec le recul, on ne peut s’empêcher de penser que toute cette énergie mise au service de la tricherie aurait été plus judicieusement employée à servir la France ! De plus, elle est un échec car, à mesure que le temps passe, la nature de Mitterrand se dessine très nettement, sauf pour les naïfs et les dévots : une « absence totale de morale », écrit Gerber. Le malentendu est désormais évident : on a cru élire un homme de gauche, on n’a fait que mettre sur le trône un traître dans l’âme, sauf à sa propre cause.

Mitterrand avait en tout cas bien assimilé cette phrase de Talleyrand : « En politique, ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai. »

Charles Demassieux

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12 Commentaires

  1. Bien, très bien, excellent monsieur Demassieux, article de qualité mais arrivant des décennies trop tard. Vous auriez pu aussi parler d’une autre pointure, ministre de la Défense, celui sur qui Jospin avait fait lever le Secret Défense, mais que tonton s’est empressé de remettre le dossier sous le sceau du secret.
    Quand je pense que tous ces braves et dignes politiques se permettent de critiquer et de cracher sur le FN, il m’arrive certains soirs d’élections de me dire que le français est vraiment une brelle et qu’il mérite d’être pris pour ce qu’il est !

  2. ne pas oublier que le frère de mitterrand c’est marié avec la nièce d’Eugène deloncle, fondateur de la cagoule, belle famille n’est-ce pas,

  3. Il est exact que selon les écrits sur le Gal de Gaulle Mitterrand sentant le vent tourner a bien été à Londres rencontrer le chef de la résistance. Après 20 minutes de discussion, le gal de Gaulle comprit que Mitterrand désirait une responsabilité notamment pour lui-même. Il fut éconduit. En a-t-il gardé rancune par la suite mystère. Mais ses remarques sur le « vieux » en mai 68 peuvent le laisser penser.

  4. Profitons-en pur faire un rappel ; Mitterrand était Garde des Sceaux au moment des attentats à Alger 1957 et donc au moment de la bataille d’Alger…
    Aujourd’hui, alors que la bataille de Paris est commencée, que font les fils de Miterrand au pouvoir?où sont les millers de paras entrainés , qui est le nouveau colonel Trinquier qui fit merveille….?
    A la place de cela , on a des pauvres flics vendus par des syndicalistes carriéristes et planqués à des politiques qui ne les couvrent pas s’ils utilisent leurs armes!!!
    Français, si vous ne défendez pas vos flics maintenant, ils ne pourront pas vous défendre DEMAIN face aux hordes impies!!!!
    http://saintdenislabauneump.blogspot.fr/

    • ils ne peuvent déjà pas nous défendre aujourd’hui puisqu’ils ne peuvent pas se défendre eux-memes.

  5. un de mes amis ancien ministre disait de lui (qu’il avait bien connu dans tous les cas de figure) miterrand a manié de la francisque à la fauçille, l’image est très juste son épouse aussi elle alors a même été extrème droite…..c’est dire

    • extreme droite???? aujourd’hui quand on dit priorité aux Français on est exteeeeeeeeeeeme droaaaaaaaaaaaate. alors……

  6. miterrand ce triste sir très bien dénommé « le Rastignac des Charentes »

  7. Hélas toutes vérités n’est pas bonne à dire, nous le constatons tous les jours. C’est depuis Mitterand que notre pays est vraiment parti à la dérive. D’ailleurs j’ai le sentiment que nous ne sommes plus en France. Personnage d’une arrogance sans borne ce Mitterrand !

    • c’est quand meme Giscard qui a instauré le regroupement familial.
      apres miterrand on a eu chirac 1 puis chirac2 puis sarko…..et ça a continué de dégringoler.

    • A mon (humble) avis, la dérive a commencé au lendemain de mai 1968:les années 70 sont une véritable catastrophe, et ce, dans tous les domaines.
      Mitterrand arrive au pouvoir en 81, et s’est empressé de cueillir le fruit blet pour en activer le pourrissement.

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