Mohamed Sifaoui le miséricordieux

Publié le 21 septembre 2009 - par
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Ce sieur, connu désormais mondialement (BBC etc.: http://www.mohamed-sifaoui.com ) s’en est donc pris vertement et à plusieurs reprises à Pierre Cassen de Riposte laïque (c’est-à-dire traité de raciste et… d’extrême droite, of course : http://www.mohamed-sifaoui.com et http://www.mohamed-sifaoui.com/article-36161651.html ), parce qu’il aurait laissé écrire ou écrit lui-même un article de Lucette Jeanpierre critiquant la façon dont le ramadan mal maîtrisé peut susciter des désagréments : des-musulmans-vivant-en-France.html .

Il s’avère que Courrier International vient de traduire un article de Abdel-Moneim Said paru dans Al Ahram Weekly et intitulé « Les excès du ramadan »
les-exces-du-ramadan où il est fait état de quelques troubles mentionnés par Lucette : Monsieur Sifaoui va-t-il se fendre de deux lettres dispendieuses de formules es anti-racisme, l’une à l’encontre d’Al Ahram, l’autre de Courrier International ?… On verra bien. Le ridicule ne tue plus.

Imaginons maintenant que Lucette ait écrit quelque chose sur des jeunes faisant la rumba pendant un mois jusqu’à tard, elle aurait été immanquablement traité de ringarde, suppôt lepeniste bien sûr, mais raciste anti-jeunes ? Pas sûr… parce que quand même ce serait pousser un peu loin le bouchon que Monsieur Sifaoui, le miséricordieux, s’empresse pourtant d’effectuer. Mais allons voir sur son blog, lui qui se vante souvent d’être le nouveau Voltaire : parle-t-il de ces Marocains emprisonnés récemment parce qu’ils avaient manifesté leur refus de se voir imposer le ramadan ? Que nenni ! Non non non monsieur Sifaoui es sciences coraniques, ne perd pas son temps à de telles peccadilles, il n’a d’ailleurs pas répondu non plus à l’article de Pascal Mohamed Hilout M-Sifaoui-le-coup-du-racisme-cela.html qui en avait assez que Monsieur Sifaoui le miséricordieux le traite de façon méprisante dans divers articles.

Cela me rappelle ce propos de l’auteur d’ « Al Keida dans le texte », auteur très sciences po, réputé etc, (Gilles Kepel) qui considérait que le texte d’Al Keida, était très pauvre, que ses intellectuels n’avaient que « trois neurones » qu’ils ne connaissaient rien au « vrai » islam (true islam disent nos amis anglophones), bref, tout plein de considérations ampoulées alors que les textes d’Al Keida montrent une connaissance approfondie de la sunna, c’est-à-dire des différentes annotations et commentaires sur diverses batailles qui peuvent faire office de corpus général non quelconque lorsqu’il s’agit d’aller combattre l’ennemi désigné.

Mais en disant cela, nous prenons très au sérieux les propos islamistes au lieu de les dénigrer en les traitant d’ignares manipulés par le champ militaro-industriel qui aurait refusé de tuer Ben Laden tant il sert son intérêt. Il est vrai que, à la différence par exemple d’un Matthieu Kassowitz qui vient de rejoindre la cohorte des idiots utiles à propos du 11 septembre (debat-11-septembre-avec-mathieu-kas_news ) le sieur Sifaoui ne dénie pas à l’islamisme sa volonté de vilain en propre et non pas seulement au figuré, néanmoins il va se draper dans la toge pourtant trop grande de connaisseur es islam pour tomber à bras raccourcis sur toute critique qui prétend que Ben Laden lit correctement l’islam (coran+sunna), et qui s’en prend certaines pratiques musulmanes. Pourquoi ? Sans doute parce que monsieur Sifaoui veut apparaître non seulement comme un grand savant islamique qui sait mieux que tout le monde ce qui est réellement écrit en islam, mais il veut apparaître aussi comme un grand laïc qui sait mieux que tout le monde distinguer le politique du religieux : mieux que tout le monde, c’est-à-dire mieux que toutes ces contrées qui ont fait de l’islam la religion d’État, sans d’ailleurs qu’elles soient considérées comme extrémistes, du moins officiellement, par la plupart des grandes puissances.

Qu’il s’agisse de l’Algérie, de l’Arabie Saoudite, du Maroc, etc., aucun de ces trois pays, dont l’islam est religion d’État, n’est critiqué aux USA, en France, du moins officiellement, alors que leur vision de la séparation des pouvoirs laisse franchement à désirer, du moins selon une conception morphologique (et plus seulement européenne) de l’État de Droit, autrement dit selon une perception universalisable de ce qui semble nécessaire pour une bonne gouvernance des affaires humaines. Certes, monsieur Sifaoui peut dénier à ces pays le droit de se réclamer de l’islam, il n’empêche que ces pays, et divers autres pays qui les reconnaissent, ne voient pas la même chose, pour le moment en tout cas : ils considèrent, au contraire, que leur islam s’avère parfaitement authentique, or, précisément, pourquoi ne pas leur dénier ce fait ?…

Pourquoi vouloir faire croire à tout prix que ces pays n’ont rien compris à l’islam ? Pourquoi souligner dans un récent interview que l’islam sunnite n’a pas de clergé et donc que l’islam n’appartiendrait à personne alors que précisément celui qui dit l’islam dans le sunnisme c’est le Commandeur des Croyants ? C’est-à-dire précisément celui qui tient le pouvoir temporel et donc spirituel, ce qui implique de dicter l’interprétation officielle du moment. Sauf que monsieur Sifaoui et beaucoup d’autres avec lui, véhiculent une vision éthérée, idéaliste, de l’islam, vision qui a toujours existé d’ailleurs, et qui a sans cesse mis en avant le côté égalitariste et multiracial de l’islam, sauf que ceci n’est qu’une utopie qui n’a jamais eu une once d’existence sinon dans les rebellions qui furent toujours écrasées.

Monsieur Sifaoui veut en fomenter une autre, libre à lui, mais qu’il permette également que d’autres doutent de sa stratégie prétendant préserver la virginité de l’islam ; ce qui ne veut pas dire qu’il faille œuvrer à la façon d’un Vincent Geisser stipulant que toute volonté de réformer l’islam ferait œuvre de néocolonialisme. Pourquoi en effet dénier l’effort de certains cherchant à rendre compatible islam et démocratie, jusqu’à non seulement mettre en cause quelques versets et hadiths tendancieux, mais aussi le repenser comme tente de le faire Pascal Mohamed Hilout ? Sauf qu’une telle gestuelle implique la possibilité d’une discussion réelle, à bâtons rompus, au-delà des injonctions et des diabolisations.

Monsieur Sifaoui est bien loin d’un tel dialogue. Puisque sa verve actuelle fait bien plutôt penser à un inquisiteur qu’à un réformateur.

Lucien Samir Oulahbib

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