Mohamed Sifaoui ne supporte pas l’audace du discours de Pascal Hilout

Publié le 21 septembre 2009 - par
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J’ai été heureux de retrouver Riposte aujourd’hui 16 septembre.

J’étais vaguement au courant de la polémique R.L.- Sifaoui grâce à l’amabilité de Respublica, bien que je n’y sois plus abonné depuis la création de RL, ils me font profiter quelques fois de leurs bonnes pages.

Ainsi j’ai reçu le n°619 du 01/11/2009, j’y ai découvert l’article instructif de Monsieur Sifaoui.

Les généreux expéditeurs, compatissants, ne voulaient pas laisser un ancien abonné dans l’ignorance des attaques malveillantes que subit son nouveau journal.

Je passe sur les amabilités à l’égard de RL en particulier de Pierre, c’est la réaction d’un homme blessé dans sa foi. C’est un musulman convaincu, personne ne doute de sa sincérité, et pour un musulman on ne plaisante pas avec la religion. Les réactions du monde musulman aux caricatures du journal danois sur Mahomet en témoignent.

M. Sifaoui se présente comme très éclectique, il nous précise qu’il a de très bons amis chez les athées, humanistes, ou agnostiques ce qui est tout à son honneur, il ne cite pas les homosexuels, mais ne lui faisons pas l’injure de penser qu’il leur veut du mal.

Pour l’ignorant des choses de la foi musulmane que je suis, cette religion me semble bien compliquée à déchiffrer. J’ai conscience de n’en voir que l’écume médiatique, mais lorsque les faits sont répétitifs à ce point dans la durée et dans l’espace, comme l’atteinte aux droits de l’homme, il est normal que des interrogations naissent dans un esprit mal préparé.

Monsieur Sifaoui insiste beaucoup sur la différence fondamentale qu’il y a entre l’islam et l’islamisme, il ne faut pas confondre.

À partir d’un même livre, le Coran, il y a deux manière de comprendre, une bonne et une mauvaise.

Les talibans par exemple, dont c’est la mission d’étudier le Coran, comprennent mal.

En plus, ils en appliquent la loi : La charia, une loi divine, dont ils nous offrent en Afghanistan une expérience concrète, en situation.

Selon M. Sifaoui, dans le Coran il y a ce qui est écrit et ce qu’il faut comprendre.

Les talibans probablement nés braves types, après leurs passages dans les madrasas et les universités coraniques n’ont pas développé leurs esprits critiques, ils lisent donc ce livre au premier degré. Ils font du tort involontairement à la cause qu’ils servent avec trop d’ardeur.

Cette belle idée, en l’état, devient quasiment invendable en occident, même en promo.

Ils ne sont pas les seuls, il faut croire que les dirigeants de beaucoup de pays qui se réclament de l’islam n’y comprennent rien non plus.

Si Monsieur Sifaoui fustige les gens qui ont une mauvaise compréhension de l’islam, remarquons qu’il rate une occasion de nous indiquer les bons passages du Coran que nous ignorons. Il aurait fait œuvre pédagogique.

Plus gênant à mon avis est la charge contre notre ami Mohamed Pascal Hilout qu’il nomme aimablement le petit Mohamed de poche.

En somme, nous sommes devant deux comportements qui s’opposent.

Monsieur Sifaoui qui connaît bien les dérivent des extrémistes, leur met tout sur le dos pour dédouaner une religion de paix et d’amour, peut-être même pour le pardon des pêchers, mais là je ne suis pas certain de ne pas emprunter à la concurrence.

Je ne doute pas un seul instant qu’il soit contre la lapidation des femmes, contre la pendaison des homosexuels, contre la discrimination des femmes, favorable à leur accès à la culture et à l’enseignement.

Tarik Ramadan aussi déplore les dérives les plus voyantes, ça la fiche mal en occident, tous les deux acceptent de critiquer les applications de la charia, mais tous les deux sont persuadés qu’on ne peut pas amender une loi divine qui a vocation à devenir universelle.

Les lois dont les hommes de chaque pays se dotent pour organiser leur société, comme la laïcité par exemple, ne sont pas de vraies lois, mais des règlements intérieurs qui doivent rester à usage restreint.

Monsieur Hilout par contre va beaucoup plus loin, il nous dit que le vers est dans le fruit, que cette religion doit être réformée pour en éliminer tout ce qui peut provoquer les dérives fâcheuses dont nous sommes témoins.

Devant l’audace de notre ami, Monsieur Sifaoui, se laisse emporter par l’exécration de ce qu’il pense être une apostasie.

Son réflexe est une condamnation méprisante sans appel : pour qui se prend donc ce donneur de leçon ignorant, comment se permettre une critique envers le prophète, un homme simple certes, chamelier de son état, qui n’a jamais été présenté comme un érudit, mais tout de même, directement inspiré par dieu lui-même, ça compte.

On peut toujours ergoter sur son témoignage qui n’a pas été recueilli à chaud ; nous connaissons aujourd’hui la fragilité des témoignages, la confusion qui se produit quelquefois au bout d’un certain temps entre les songes et la réalité.

Monsieur Sifaoui un homme respectable qui a souffert des tourments que lui ont infligés les extrémistes en Algérie, reprend étonnamment leur intolérance à l’encontre d’un musulman seulement inspiré par ses études et un solide esprit critique.

Lorsque l’on connaît le sort réservé aux apostats dans certain pays, ont ce doute que ce petit Mohamed de poche aurait bien des ennuis si Monsieur Sifaoui exerçait un pouvoir dans un ministère de la vertu pour l’application de la loi divine.

Voyons le bon côté des choses, grâce à ce débat nous pouvons observer un panel de trois hommes de même confession qui me semble assez représentatif.

Un politique musulman Tarik Ramadan, en mission, qui utilise la religion comme outil dans un dessein hégémonique.

Un musulman M. Sifaoui a souffert du fanatisme religieux, il condamne le fanatisme mais pas la religion qui le produit.

Un musulman M. Hilout, pour qui la liberté de conscience, doit s’arrêter à la conscience de chacun, nul besoin d’en faire un étalage ostentatoire dans un dessein prosélyte, ni de s’imposer des contraintes quotidiennes hors d’âge.

Un dernier mot à propos des étiquettes sur la burqa et le voile que R.L. émet, je n’y suis pas favorable, je crains qu’il soit plus ressenti comme une provocation que comme un argument décisif pour renoncer à cette aberration.

Par contre bravo pour « Les dessous du voile » c’est un livre argumenté qui fait réfléchir.

Bravo pour la pétition sur la burqa, je l’ai signé des deux mains, nous sommes dans une république laïque, un état de droit, c’est une nécessité pour nos législateurs de veiller à écarter tout ce qui peut diviser une république une et indivisible. Ils ont le devoir de chercher à nous faire vivre tous en bonne harmonie.

Amicalement,

Guy Beaupin

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