Moi, Nicolas Gardères, avocat de Riposte Laïque, « antipatriote et pro-islam »

Publié le 16 juin 2014 - par - 3 747 vues
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GarderesIl ressort de courriels que m’a fait passer Pierre Cassen, que certains lecteurs de Riposte Laïque sont outrés que je puisse intervenir en défense de plusieurs de ses contributeurs (actuellement Josiane Filio et Caroline Alamachère) poursuivis devant la justice pénale.

Je serais, en effet, selon lesdits lecteurs, « antipatriote » et « pro-islam ».

J’accepte bien volontiers ces qualificatifs.

Je suis antipatriote au sens où je n’entretiens aucune passion romantique pour ce pays (ni pour aucun autre). J’aime pourtant la France, pour la large liberté qu’elle permet à tous d’exercer, et dont la défense constitue le socle de mon engagement professionnel, intellectuel et politique.

Je suis pro-islam au sens où je n’entretiens aucune haine à l’encontre des musulmans ni aucune peur à leur égard. Je suis également pro-juif et pro-catholique en ce sens. Cependant, athée, la foi et les religions me paraissent exotiques ou infantiles, mythologiques. Féministe, les violences faites aux femmes au nom de la religion me sont insupportables. Libertaire, l’empire de contraintes que constituent les prescriptions religieuses me paraît profondément antihumaniste et arriéré.

Je ne me suis jamais caché du fait que je ne partageais pas le combat de Riposte Laïque. Je ne crois pas au Coran ou à l’Oumma comme blocs immarcescibles. Je ne crois pas à la guerre de religions. Je ne crois pas que ceux qu’on appelle « les musulmans de France » constituent une entité homogène, solidaire et désireuse de saper les valeurs humanistes, libérales et universalistes de la France. Je ne crois pas que « les musulmans de France » se définissent, en majorité, comme étant en premier lieu «  musulmans ». Je connais des avocats, des épiciers, des profs, des tenanciers de kébabs, des ouvriers, des entrepreneurs, des sans-papiers, des chômeurs, des riches, des pauvres, des électeurs de gauche, des électeurs de droite, des athées, tous « musulmans », mais je ne connais finalement que très peu de musulmans.

Pour autant, je suis fier d’assurer la défense judiciaire de Riposte Laïque et de ses contributeurs, comme je le suis d’assurer celle de Serge Ayoub ou de Richard Roudier.

C’est dans ce type d’affaires, en lien direct avec les libertés les plus fondamentales (expression, association), que j’ai le mieux le sentiment d’exercer toute la plénitude de ma profession d’avocat.

Je pense faire parfaitement honneur à ma robe, et à tous mes confrères martyrisés, hier ici et ailleurs aujourd’hui, quand je défends des individus dont je ne partage pas les idées, mais qui nécessitent mon secours.

Comme je l’ai dit et écrit à de nombreuses reprises, je pense que la liberté est un bloc et qu’il est impossible de restreindre la liberté de certains (les « salauds* » que je défends) sans porter atteinte à la liberté de tous.

Mon combat judicaire est donc également un combat politique et intellectuel.

Riposte Laïque m’a désigné, avec d’autres, comme son avocat, pour mes compétences professionnelles et indépendamment de nos opinions politiques divergentes.

Tant qu’elle m’accordera sa confiance, je la défendrai avec ardeur, au nom de la liberté.

Nicolas Gardères

* J’ai rencontré ces derniers temps énormément de « salauds ». Des individus qu’une réflexion essentialiste (un peu celle de Riposte Laïque d’ailleurs, mon bon Pierre Cassen) identifierait paresseusement au mal. J’ai surtout vu des gens (chez Riposte Laïque : Guy Sauvage, Josiane Filio, Caroline Alamachère et donc Pierre Cassen) sincères, inquiets et éloignés de l’image de fanatiques racistes qu’on leur attribue. Leur sincérité ne change strictement rien à nos profonds désaccords, mais je me refuse à les rejeter en dehors de l’humanité, à faire d’eux des « monstres » qu’ils ne sont pas.

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