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Molière africain : avec Sopo en Trissotin et Obono en Armande, Debbouze ?

Certes, ami Jamel, il ne fait aucun doute que si Molière revenait parmi nous, il ne manquerait pas d’exiger d’être reconnu comme enfant du Basoutoland. Pour le moins.

http://www.parismatch.com/People/Jamel-Debbouze-Si-Moliere-se-reincarnait-il-serait-africain-1533404

Mais en vérité, de quelle Afrique d’après vous ? Laissons le hasard de ses rencontres posthumes en décider. Ainsi peut-on l’imaginer émergeant tongs aux pieds du lac Tchad ou descendu du Kilimandjaro en vélo-cross, jouant de la vielle de gambe pour des ramasseurs de dattes de Ouargla ou ondulant du bassin aux côtés des charmeurs de serpents de la Place Jema-el-Fna. Quoi encore ? Allez, otage culturel de la famille Bongo ou carrément nommé ministre de la Comédie franco-algérienne par le Président Bouteflika balbutiant ses dernières paroles. Soyons fous, Jamel, ce n’est pas vous qui nous en voudrez.

Sidi Molière ben Poquelin donc. En boubou ? Sarouel ? Qami ? Barbe de quatre jours façon Muslim Frangin, ou longue traine frisée serpentant jusqu’au poitrail dans des senteurs de mouton ressassé, refuge pour divers saprophytes plus ou moins urticants ? Tranchons : pagne zoulou, sagaie, crâne de gazelle pré-pubère sur la tête, et voici le Diafoirus du Malade Imaginaire recyclé par les héritiers de Mandela pour son entrée à Versailles.

Versailles où, dominant de toute leur sculpturale négritude les Précieuses Ridicules (Pécresse, Morano, NKM) évidemment livides et bobos stupides, l’attendent des Femmes Savantes en sueur oestrogénique, impatientes de se frotter à Dominique Sopo en Trissotin. Rokhaya Diallo dans le rôle de Philaminte, Danièle Obono en Armande, nous sommes aux aurores de ce qui sera bientôt l’Encyclopédie, version de Fondouk-el-Khadjaj (frontière Tunisie-Libye).

La blanchitude dépose très vite les armes. L’esprit griot irradie les ors du château, la connaissance innée des guérisseurs malenke déferle sur la Cour pétrifiée, on va bientôt inventer la pénicilline pour un Médecin malgré lui conduit à introduire à pleins clystères du sirop d’orgeat et de la bourrah 40° dans le fondement royal.

C’est l’acmé (ton doux regard se voile…). Rideau ?

Pas encore. Il nous manque le principal, l’essentiel, l’irréfragable. Vous ne pouvez pas ne pas avoir deviné.

Tartuffe.

Et qui d’après vous pour séduire une Elmire de Bobo-Dioulasso et hisser l’Afrique au firmament de la comédie française ?

Frère Tarik, bien sûr, peu Avare de ses fluides vitaux, tout juste débauché du Casino de Kinshasa après la tournée triomphale du Cocu magnifique dans la Péninsule Arabique.

Il EST le rôle, le dévot-pas-moins-homme, et comme il s’agit sur son modèle de gens qui pratiquent assez naturellement le coït sous toutes ses formes et un peu n’importe où, notre black-Molière le fait passer à l’acte entre les lavabos des toilettes du Trianon, sous les encouragements d’une phalange de Misanthropes boko-haram gavés d’amour par les petites esclaves sexuelles chrétiennes de L’École des Femmes.

De l’art premier. Oui, ami Debouzze (les morts ?) que je souhaite ovationner un jour en grand mammamouchi du Bourgeois gentilhomme (un oxymore vous concernant), dans ces conditions seulement, nous demandons en effet, les Français et moi-même, à voir ce que donnerait un Poquelin de Ouarzazate ou de Guinée-Bissau.

Avec un bémol cependant : la logique voulant que le Roi-Soleil accompagne le retour au monde de son protégé, le créateur du Code Noir risquerait bien de ne pas être tout à fait d’accord et là, sur fond de Psyché en tumulte, grosse Jalousie du Barbouillé et bonjour Le dépit amoureux.  

Conclusion : et si, au lieu d’élucubrations sur des fantasmes post-coloniaux sans le moindre intérêt, on foutait tout simplement la paix aux génies éternels de notre très ancienne, très remarquable et très blanche culture ?

Jean Sobieski