Mon passé syndical m’a appris que les injures remplacent souvent un déficit d’argumentation

Publié le 9 novembre 2009 - par

“ Raciste ! ” L’invective est grave. Et se retrouve de plus en plus assénée dans les colonnes de RL à propos du voile — j’emploie le mot pour faire court, le débat étant en réalité beaucoup plus vaste à mon sens. Mes activités syndicales m’ont appris que les coups sous la ceinture révèlent chez l’adversaire un déficit d’argumentation. Réflexe reptilien certes, mais qui peut être dévastateur. En l’espèce, il m’apparaît que certains souhaiteraient bâillonner tel ou tel contributeur de RL en faisant tomber tout ou partie de ses écrits sous le coup de la loi 72-546 du 1er juillet 1972 relative à la lutte contre le racisme, et singulièrement son article 1er : “ Ceux qui, soit par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux publics, soit par des écrits, dessins ou tout autre support de l’écrit, de la parole ou de l’image vendus ou distribués auront provoqué à la discrimination, la haine, la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 2 000 à 300 000 francs ou de l’une de ces deux peines. ”

Remarque préliminaire pour détendre l’atmosphère : on se rassure en lisant “ à l’égard d’une personne (…) en raison de [sa] non-appartenance à (…) une religion déterminée ”. Ouf ! l’athée que je suis est tout aussi protégé par ladite loi. Qu’on se le dise !
Mais qu’est-ce donc que le racisme ? Une “ théorie selon laquelle certaines races seraient supérieures aux autres, exclusion résultant de cette façon de penser ” propose L’Internaute ; une “ idéologie qui affirme la supériorité d’un groupe racial sur les autres en préconisant, en particulier la séparation de ceux-ci à l’intérieur d’un pays (ségrégation) ou même leur élimination (génocide) ”, affirme Larousse dans le Dictionnaire des noms communs 1986. “ Le racisme est une idéologie consistant à hiérarchiser des groupes naturels humains, désignés souvent sous le terme de races, à partir d’attributs naturels, visibles ou non (physiques, psychiques, culturels, etc.), des caractéristiques morales ou intellectuelles s’appliquant à l’ensemble de ce groupe ”, lit-on sur Wikipedia. Toutes ces définitions, comme l’étymologie permettait de le pressentir, utilise le mot “ race ”. À ce stade, je vous invite à consulter la définition qu’en donne l’Académie française dans sa huitième édition

(http://www.cocoledico.com/dictionnaire/race,221552.xhtml), à laquelle je ne trouve rien à redire. Je vous invite particulièrement à noter l’ordre dans lequel le rédacteur a choisi de présenter les différents acceptions. Et notez aussi ceci : les anglophones utilisent l’expression human race pour désigner l’ensemble des femmes et des hommes de cette planète — vision quelque peu optimiste de l’humanité ou art so British de couper l’herbe sous le pied au racisme ? — quand le français parle de genre humain — appel à l’égalité des sexes ou mauvaise lecture de Darwin ?

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Pour établir combien il est de mauvaise foi (on excusera le choix peut-être tendancieux de l’expression dans le contexte) le procès en racisme à l’encontre de RL dans ce débat sur le voile quand il s’agit d’anticléricalisme, c’est-à-dire d’une “ opposition à l’influence et à l’ingérence [d’un] clergé dans la vie publique… ”, à en lire le Dictionnaire des noms communs de Larousse, “ … et politique ”, ajoute Encarta. Cet anticléricalisme, autant comme mécréant que comme républicain, je l’assume sans hésiter au côté de RL. Laïcité !

Filou

syndicaliste

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