Monsieur Goasguen intègre la grande famille des manieurs de ciseaux

En interdisant à Pierre Cassen et Christine Tasin (auteurs du pertinent ouvrage « La faute du bobo Jocelyn ») de participer au Salon du B’nai B’rith, Monsieur le député Claude Goasguen fait une entrée fort remarquée dans la catégorie historiquement calibrée des censeurs.
Censeur littéraire et censeur politique. Par là compagnon de route de ceux qui pensèrent un jour avoir fait taire Diderot, Brassens, Apollinaire, Céline, Balzac, Flaubert, Voltaire, Clavel, Manet, le gentil Pierre Perret même et, avec eux, la cohorte à vrai dire innombrable des mal-pensants, des mal-disants, des mal-vivants et autres marginaux brutalement écartés du débat public pour faute grave.
S’il est légitime, pour une culture et, au-delà d’elle, pour une civilisation, de réprimer le mensonge tueur qui, par exemple, répand l’idée qu’Auschwitz est une invention de publicitaires en mal de parts de marché, il est parfaitement ridicule, grotesque et en fin de compte malhonnête de clore le bec des quelques uns qui, aujourd’hui, amènent la preuve, par la réalité et/ou par la fiction, de notre soumission programmée à un ordre moral, religieux et politique totalement étranger à ce que nous sommes depuis une vingtaine de siècles.
En écoutant les voix de ceux pour qui la France est une serpillère sur quoi n’importe quel ressortissant de n’importe quelle nation peut venir s’essuyer les pieds, en obéissant, le doigt sur la couture du pantalon, à des fossoyeurs dont le souci le plus pressant semble être de boucher le trou au fond duquel nous sommes en cours d’ensevelissement,  en refusant de laisser s’exprimer le chœur des lucides qui, jour après jour, se fait signal d’alarme pour la sauvegarde de nos libertés essentielles, Monsieur Goasguen coud, avec d’autres, le suaire asphyxiant qui peu à peu recouvre notre malheureux pays.
L’absence d’une réaction officielle à ce mauvais coup préparé à l’extérieur de nos frontières et donné à l’intérieur par des gens pour qui le simple mot France fait figure de vomitif, est un symptôme de plus dans la pathologie accablant nos gouvernants. Tristesse et colère sourdent de cette pénombre où, avant toute chose, il s’agit de niveler la pensée, de contraindre les âmes, de purger les mémoires et de border le lit du futur maître. On se frotte les yeux pour se persuader qu’une telle vilénie peut arriver dans la France de 2011, dans ce pays où la perspective d’égorger les Juifs, de violer les blanches, de massacrer les flics après les avoir châtrés, de virer les Français de chez eux entre autres gracieusetés, peut s’étaler, vociférante et en totale impunité, dans les rues, sur les ondes, partout où la faillite de l’État ouvre en grand le bordel dont nous sommes, de propriétaires, devenus simples clients de passage.
Voici donc revenu le temps de la censure, le fait est avéré. Le fait qu’elle réintègre ses espaces préférés par les portes du 16è arrondissement de Paris n’est pas anodin. On est là entre gens de culture appréciant le calme, le silence, l’ordre, la lumière tamisée sous les moulures des plafonds, tous ces trésors que les les ploucs analphabètes de la périphérie, entêtés de vacarme et de chienlit, ne peuvent imaginer qu’en rêve. Surtout pas de vagues entre Auteuil et Passy, on ne veut voir qu’une tête ; celle qui dit merci pour les bienfaits du Progrès et la vertu des puissants  ! Monsieur Goasguen y veille, siestez en paix braves gens des beaux quartiers, Pierre Cassen et Christine Tasin ne viendront pas vous tirer de votre douce somnolence à bonne distance des kalachnikovs .
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil ».  En disant cela, René Char, poète censuré, pensait sans doute à Michel-Ange et à Villon, à Munch et à Baudelaire, que l’on tenta de tenir eux aussi en laisse et de museler.
On sait le résultat! Alors, « l’espoir luit » (Verlaine).
Alain Dubos
 

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