Monsieur Halter, arrêtez de comparer les électeurs du FN avec les égorgeurs islamistes

Publié le 27 juin 2014 - par - 1 955 vues
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http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/06/24/amis-et-freres-juifs-ne-quittez-pas-la-france-ce-n-est-pas-la-solution_4444118_3232.html

Oui, Monsieur, Marek Halter, d’accord sur le fond, bien sûr. Mais pas sur l’amalgame FN/Musulmans (les djihadistes sont des musulmans, oui ou non ?) que vous faites à l’image des relativistes désormais au pouvoir en France.

pierre arletteLes gens qui ont voté FN il y a peu en ont marre, comprenez-vous cette chose simple, Monsieur Halter ? Il en ont assez d’être peu à peu réduits à la portion congrue d’une République qui les violente, les malaxe, les tord et les maintient, pour mieux les contraindre à accepter le pire, dans l’addiction aux jeux du cirque. Comment une intelligence comme la vôtre peut-elle, d’un trait de plume relativiste, mettre dans le même sac des citoyens dont aucun, à ma connaissance, n’a défilé dans les rues de sa ville en tendant le bras devant une tribune, et la phalange réellement assassine qui croît et se multiplie sous leurs yeux ? Comment pouvez-vous mettre dans le même sac à jeter en Seine des gens respectueux de la Loi au point de crier au secours tandis qu’ils se noient, et ceux qui brûlent d’imposer la leur, de Loi, et vous savez parfaitement de laquelle je parle ?

Les Juifs quittent la France parce qu’ils ne s’y sentent plus protégés. Allons, Monsieur Halter, cessez d’exhumer les fantômes d’une extrême-droite maurrassienne grenouillant en coulisse pour une prise de pouvoir en chemises brunes. Les cimetières ont depuis longtemps fait le plein de cette troupe-là. En revanche, l’air de nos villes et de nos campagnes s’empuantit d’un remugle dont vous savez pertinemment l’origine. Cette arrivée, en rafales violentes, d’un orage noircissant le ciel, vous l’appelez djihadisme. C’est votre droit. Le mien est de vous dire que c’est là un peu réducteur au milieu de ce qui est pour toute conscience en éveil, le plus grand danger que nous ayons connu, vous le Juif et moi le Chrétien, depuis que la France, notre France commune, existe.

Vous datez les choses. Philippe Auguste, 1791. Fort bien. Ajoutez-y Crémieux* et vous serez plus proche de nous tous dans le temps. Songez à ce qu’était encore notre pays dans les années 60, lorsque les Séfarades quittant l’Algérie en compagnie de quelques chrétiens, rejoignirent les Askhénazes dans un pays qui donna à tous, dans un contexte de guerre civile, l’égalité des droits, des chances et des moyens. La France forte, Monsieur Halter, oh certes pas aimée de tous, mais suffisamment sûre d’elle pour digérer l’un des drames les plus poignants de son Histoire.

Ce pays n’est plus, et vous le savez très bien. Les Français sont malheureux parce que mal gouvernés, voire pour un nombre croissant d’entre eux, laissés à l’abandon. Ne faites pas semblant de l’ignorer. Les positions que vous prenez sont confortables. Elles ménagent un peu tout le monde, sauf la vraie, profonde, obscure misère dans laquelle trop de nos compatriotes sont relégués. Ce sont ces gens-là, méprisés, chassés de leurs quartiers, considérés comme des sous-chiens (ça, vous ne l’avez pas relevé en son temps, c’est fort dommage) de quatrième catégorie, crevant de solitude dans des provinces devenues déserts affectifs, raillés par ceux-là mêmes qui feraient mieux de les écouter vraiment, qui demandent qu’on les sorte de la merde.

Comprenez-vous cela, Monsieur Halter ? N’avez-vous pas l’impression, en les mettant au niveau des barbares, des assassins d’enfants, des décapiteurs, lapidateurs, prêcheurs de mort et autres prophètes de cauchemar, de les enfoncer un peu plus encore dans leur marasme ? Comment pouvez-vous parler ainsi à ceux de vos compatriotes qui n’ont pas eu, comme vous ou comme moi, la chance d’éviter le drame social qui de toute part les force tels des chevreuils face à la meute ? Comment pouvez-vous les traiter aussi mal ?

Vous avez autre chose à faire, par votre voix puissante, et écoutée. Secouez les mollusques qui nous précipitent dans le mur, au lieu d’accabler des braves gens en grand désarroi. Cessez quelques minutes d’être un pur esprit pour descendre au niveau d’un peuple que vous condamnez, par vos paroles, à la passivité mortifère ou à une dangereuse violence équivalente à celle qui lui est faite jour après jour.

Sommez le pouvoir qui vous caresse dans le sens de la barbe (pas d’amalgame, Monsieur Halter, rassurez-vous) de faire tout bonnement son devoir. Mettez-le devant ses responsabilités. Piquez au vif ces gens qui semblent attendre un vrai bain de sang pour prendre enfin les décisions évidentes qui s’imposent d’ores et déjà à tous. Une guerre nous est faite, ouvertement. Soyez en première ligne pour en dénoncer les mécanismes. N’ayez pas peur des mots. Ils sont ceux que les gens stigmatisés aujourd’hui par votre discours attendent d’un Français lucide, qu’il soit Juif, Chrétien, Musulman ou autre.

Il y a une trentaine d’années, nous avons défilé ensemble devant la frontière du Cambodge verrouillée par les Vietnamiens vainqueurs de Pol Pot, demandant qu’on ouvrît ce pays devenu camp d’extermination aux secours internationaux. Les « Khmers Rouges » sont de retour, sous des bannières annonçant, dans une langue différente, le pire pour tous ceux qui ne partagent pas leur philosophie. Ces oripeaux, il va falloir les leur arracher des mains, Monsieur Halter, ça aussi, vous le savez mieux que quiconque.

Très sincèrement, ce n’est pas en jetant au fossé tant et tant de patriotes sincères et de républicains convaincus que vous faciliterez les choses. Je crains qu’au contraire, en divisant un peu plus un pays à bout de souffle, vous ne donniez à nos ennemis communs les armes dont ils vont avoir besoin pour nous écraser, vous et moi, dans le même élan.

Alain Dubos (Volontaire « santé » pour la Guerre des 6 Jours en Juin 67)

Le décret Crémieux donna aux Juifs d’Algérie, en 1870, des droits parfaitement identiques à ceux des Français de métropole. 

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