Montée du FN : peut-on crier au feu quand on a tout fait pour l’allumer ?

L’affolement qui  suit l’annonce de la poussée du score de Marine Le Pen dans les sondages et des résultats du FN aux  cantonales est sidérant ! On s’agite, on tire des plans sur la comète : «  Comment contrer le risque de l’arrivée de Marine Le Pen au second tour des élections de 2012 ? ». Pourquoi Mélenchon crie-t-il haut et fort : « Sortons les  fachos des quartiers populaires » ? Ne voit-il pas qu’il n’y a plus de risque de fascisme, et ce depuis longtemps et qu’à crier au loup, il va être la prochaine  victime? Car un projet va naître dans la tête des 2 partis les plus puissants de notre pays : réduire les candidatures à la présidentielle, à droite comme à gauche. A droite, tous avec Sarko, et  à gauche tous derrière une seule tête, celle du candidat(e) PS. Parti  de gauche, PC, écolos, NPA etc.. garderont leurs projets, leurs idées, on va tenter de les sommer de rentrer  à la niche avant même le début de la campagne, et Mélenchon devra mettre son programme  à la trappe et ce serait fort dommage pour l’évolution des idées à gauche! On  accuse d’attiser les peurs, mais qui attise les peurs ? N’est-ce pas ceux qui au lieu d’écouter et d’analyser ce que dit Marine Le Pen et de la contrer par des idées, des arguments, s’écrient : « Extrême droite, vite rassemblons-nous devant la vilaine  louve noire, juste bonne à sauter comme le suggère courtoisement Régis Jauffret dans libération ».

Marine Le Pen ? Bonne à sauter ! » | Atlantico

Sont-ils si peu sûrs d’eux, de leurs candidats,  de leur possibilité de convaincre les Français pour s’évertuer à agiter les insultes et le chiffon du retour des années 30  ? C’est pitoyable !

Ce qu’il faut analyser aujourd’hui c’est pourquoi il y a une révolte, que signifie-t-elle et pourquoi  cette révolte peut se manifester par un vote en faveur de Marine Le Pen ? Qui en porte la responsabilité ?

D’abord tous ceux qui ont provoqué la désespérance morale des Français. Les historiens et les sociologues qui depuis 30 ans les ont sommé de battre leur coulpe avec des invectives maintes fois  répétées : esclavagistes, colonialistes, pétainistes, collaborationnistes, racistes. Ils ont transformé le peuple français en un ramassis de Français honteux, héritiers d’une espèce de péché originel et devant  maintenant payer une dette d’un héritage dont on ne retient que le passif.  On a  opposé depuis 30 ans des Français, forcément coupables, à un autre  peuple français forcément victime, creusant ainsi un sillon, empêchant toute intégration et tout rapprochement entre des composantes d’une  nation française en évolution. A ce peuple héritant d’un statut de victime on a tout permis et tout pardonné :  niquer la France, insulter les Céfrans,  certains à gauche sont allés  jusqu’à justifier des actes plus graves comme les incendies de voitures ou de crèches, de gymnases, de  bâtiments publics ( bourgeois souvent bien calfeutrés dans leurs résidences avec codes digitaux et garages sécurisés). Alors les pauvres des quartiers très pauvres ne se reconnaissent plus dans ces avis bien pensants de gens se disant de gauche.

Rappelons-nous Marie George Buffet jugeant anodin qu’on siffle la marseillaise dans le stade de France, rajoutant à notre honte une claque politique. La gauche ne devait-elle pas être vigilante là-dessus ? Ne devait-elle pas exiger le respect de l’ensemble de la nation, y compris de ses symboles,  et assumer notre héritage en mettant aussi en valeur ce qui devait l’être? Nos sociologues et historiens n‘auraient-ils pas dû  analyser avec objectivité  les suites de l’histoire post-coloniale ? Ne se devaient-ils pas de montrer à quel point les peuples libérés de nos « ancêtres colonisateurs » s’étaient fait  floués par les dirigeants et les clans qui se sont emparés du pouvoir et des richesses dans ces pays par la suite ? Dans l’Algérie des années 90, la terrible guerre, civile celle-là,   avec ses milliers de morts et toutes ses femmes assassinées parce qu’elles refusaient le voile islamique, ne devait-elle pas relativiser les fautes ? Aujourd’hui les évènements de l’autre côté de la méditerranée prouvent bien, qu’après le départ de la puissance colonisatrice le mieux-être et la liberté des peuples n’a pas été le souci premier des forces politiques qui ont ensuite assumé le pouvoir. L’oppression policière, les arrestations arbitraires, les tortures révélées et dénoncées aujourd’hui ne montrent-elles pas une  facette peu glorieuse du post- colonialisme?

Désespérance sociale bien sûr, nos élus dans leur globalité ont laissé fuir, en anticipant souvent par des actes ou des choix politiques inconscients, la perte de tout notre potentiel industriel. Etait-ce judicieux de justifier  la politique mondialiste dite «  inéluctable », d’ encourager  sans retenue une immigration mal maîtrisée, alourdissant ainsi les problèmes de tous ceux que le chômage touchaient de plein fouet ? Les immigrés chômeurs n’étant pas, bien sûr, les responsables du chômage, mais surtout des victimes supplémentaires, sur notre territoire, que nous devons prendre en charge. Laisser entendre que la crise  atteint surtout les Français issus de l’immigration c’est ne pas voir la réalité française. La crise  touche tout le monde et c’est de tout le monde dont il faut s’occuper aujourd’hui. Quels emplois proposés demain à l’ensemble de la jeunesse et de la population active vivant sur le sol de France ? La gauche peut-elle nous assurer que demain elle sera réellement en mesure de résoudre le problème de l’emploi, mieux que M Le Pen en continuant de donner des papiers à tous les clandestins, et en donnant satisfaction à tous les candidats à l’exil dans notre pays  comme l’affirment certains? Si oui, alors, elle doit dire clairement  comment elle va procéder. Pour loger, fournir du travail, aider financièrement les familles, comme on aide tout le monde dans notre pays. Avec quel budget pourra-t-on financer les aides sociales de notre pays en crise? C’est en argumentant de façon crédible sur ces points fondamentaux que les politiques pourront contrer Marine Le Pen.

Désespérance dans le domaine des libertés, surtout pour les femmes. En laissant les islamistes propager des idées religieuses intégristes à l’opposé de nos valeurs républicaines, en leur abandonnant des quartiers entiers et le sort des jeunes filles et des femmes musulmanes on a stoppé net un mouvement féministe libérateur commencé dans les années 70.  Permettre que les islamistes imposent dans nos espaces publics l’image  attristante et/ou provocatrice de certaines tenues a signé l’abandon définitif de la laïcité. Ne nous étonnons donc pas si c’est dans les régions où les islamistes sont les plus actifs que Marine Le Pen  fait son meilleur score! Les Français n’accepteront jamais que l’on mette les femmes sous des voiles et dans des « cases de vie à part  de notre société », une forme de société d’apartheid, comme on le fait dans les pays les plus réactionnaires du moyen orient, de même ils n’accepteront jamais que l’image d’une certaine France ressemble à celle de l’Arabie Saoudite ou de l’Iran. Et une grande majorité de Français n’acceptera pas, non plus, que l’on finance les lieux de culte, quels qu’ils soient,  avec l’argent public.

Ces Français désespérés ont-ils raison de voir en le FN la solution miracle et dans Marine  Le Pen une sorte de femme providentielle? Beaucoup  disent aujourd’hui :  «  Marine Le Pen pose les bonnes questions mais n’apporte pas les bonnes réponses ». Si elle ne propose pas les bonnes réponses alors c’est aux autres partis d’y réfléchir.  En faire un bouc émissaire, se montrer grossier  ou insulter bêtement les français qui votent pour son parti  me semblent montrer plus une position de faiblesse que de fermeté et d’intelligence. Quel est le meilleur moyen de ramener les  nombreux abstentionnistes  vers le chemin des urnes ?   Les partis inquiets de la montée du FN doivent  convaincre de la justesse de leurs analyses et du réalisme des solutions qu’ils mettront en place  dans le futur. C’est par la pertinence des idées qu’il faudra convaincre les Français. Quant aux électeurs du FN, ce n’est pas en les insultant, ou en usant de propos salaces et sexistes contre Marine Le Pen, qu’on les ramènera vers  des chemins qu’on souhaiterait  plus « républicains ».

Chantal Crabère

 

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