Mots croisés : un débat passionnant sur le voile intégral

La République a au moins cela de formidable : elle permet à des citoyens totalement opposés de confronter leurs idées, de les mettre à l’épreuve. Ainsi, nous pouvons accoucher d’une nouvelle pensée. M. Yves Calvi est actuellement, pour moi, un des meilleurs obstétriciens du débat public. Rien que pour les beaux bébés intellectuels, issus des discussions qu’il anime, je ne regrette pas de payer la taxe pour l’audiovisuel. Avec lui, le service public a un sens et un contenu.
De plus, grâce à internet, nous avons aujourd’hui la chance de pouvoir regarder à loisir les émissions que nous n’avons pas pu suivre à l’heure de leur diffusion. Et c’est ainsi que je vous invite à regarder l’émission « Mots croisés » du 29 juin 2009, dont je fais ici une analyse critique(1)
Le plateau était équilibré : trois femmes faisait face à trois hommes. Mais le sujet controversé du voile intégral en France a fait que la ligne de partage ne soit pas celle-ci. En effet, à l’issue de ce débat, la vraie fracture qui s’est finalement dessinée passait entre :
– des militantes et des militants bien engagés pour la dignité des femmes, pour l’égalité, pour l’émancipation et, d’autre part,
– deux enseignants de « haut vol » pour qui la confusion et la dilution des valeurs fondamentales tiennent lieu de paradigme. Ils se sont révélés comme des chercheurs de coupables, toujours hors de la communauté musulmane. Et ils trouvent bien ces coupables dans le camps de la République, même si elle n’y est absolument pour rien dans le voilement des femmes. Ils n’ont pas hésité à culpabiliser les citoyennes et citoyens qu’ils avaient face à eux et qui ne veulent plus supporter que des femmes s’enveloppent de linceuls noirs avant de s’exhiber sur la place publique.
Les deux enseignants, M. Mahmoud Doua (université de Bordeaux) et M. Raphaël Liogier, directeur de l’Observatoire du religieux et professeur des universités à l’I.E.P., se sont montré particulièrement retors pour éviter d’attribuer à l’islam la responsabilité qui lui incombe dans cette mascarade que représente le voile intégral et les burqas. Mais avouons que les autres intervenants du débat ont aussi observé une sorte de réserve gênée : tout le monde a finalement pris le discours de Sarkozy pour parole d’évangiles. A Versailles, le chanoine du Latran a subjugué les élus et les téléspectateurs. Il nous a expliqué que n’étions pas face un problème religieux… Amen ! Nous y croyons tous !
Et voila comment le principal responsable, l’islam, s’en est finalement trouvé dédouané. C’est comme s’il n’y était pour rien dans cette horreur ambulante qu’on rencontre, plus ou moins nombreuse, aussi bien en Arabie, en Iran, en Afghanistan qu’en Algérie, au Maroc et parmi les musulmans ou convertis de France et d’Europe. Pouvons-nous un instant oublier que toute cette conception du corps de la femme nous est parvenue d’Arabie, terre de prédilection de cette religion misogyne et liberticide à souhait ? Il nous faut beaucoup d’hypocrisie pour souscrire à cette amnésie maladive qui a fini par atteindre le plus haut sommet de l’Etat français.
Rappelons tout de même un fait religieux et historique que personne au monde ne peut plus se payer le luxe d’ignorer ; surtout pas M. Doua et M. Liogier, chef de l’Observatoire du religieux : Mahomet jouissait d’au moins neufs femmes qu’il se devait de soustraire au regard des misérables, ne pouvant parfois même pas fonder un foyer et qui restaient dans la cour de la mosquée sur laquelle donnaient les appartements privés du prophète.
Voilà l’origine du malheur des femmes musulmanes que ma mère marocaine a aussi subi. Mes parents n’avaient aucune attache, ni islamiste ni intégriste : ils étaient des Marocains tout à fait ordinaires. Ceux qui nous amusent aujourd’hui avec des notions ad-hoc comme « islamisme », « intégrisme » et autres « ismes » doivent aller se rhabiller et se poser la question si Mahomet est islamiste ou pas. Ce somnifère ne peut avoir d’effet que sur ceux qui aiment à s’illusionner, à écouter des histoires à dormir debout.
N’en déplaise à Sarko & Tribu des Béni-Oui-Oui, le voile, qu’il soit rideau ou habit, est bel et bien islamique, bel et bien religieux, prescrit par le coran pour dissimuler les musulmanes uniquement. C’est bien l’imprécision du coran, qui, contrairement au papyrus égyptiens, ne contient aucune illustration, qui laisse libre cours à toutes les fantaisies vestimentaires. Le voile est aussi paulinien, prescrit uniquement aux chrétiennes. C’est à une vision islamique, totalement archaïque, que nous devons faire face aujourd’hui. Il ne sert plus à rien de louvoyer, de tourner autour du pot sacré. Il nous faut être de bonne foi, lucides et y aller tout de go. Voiles, burqas et tchadors, je vous hais !
Examinons maintenant la mécanique des discours qu’ont tenus nos deux enseignants.

Mahmoud Doua ou le linceul intégral comme espace de liberté

Soulignons d’abord que M. Doua ne se présente pas uniquement comme enseignant, mais aussi comme musulman et membre de l’UOIF. Par ailleurs, il nous a indiqué qu’il connaissait des filles intégralement voilées, qu’il arrivait à leur parler et à démonter leur discours religieux grâce à ses argumentations théologiques. Mais cela ne nous regarde pas, puisqu’il s’agit de considérer s’il est acceptable ou pas d’admettre en France que des femmes entièrement voilées puissent partager l’espace public qui nous est commun.
Monsieur Doua utilise l’esquive que l’observateur avisé du religieux, M. Liogier, avait résumé par la formule rhétorique du « oui, bien sûr, mais… ». Sauf que notre chercheur accusait les républicains d’en user face aux musulmans. M. Doua, vous l’aurez bien compris, est certes contre le port du voile intégral, mais il nous dit clairement qu’il faut laisser la liberté aux musulmanes de s’habiller comme elles l’entendent. Il se présente donc comme quelqu’un des plus attachés à la liberté et à la laïcité, tant que l’ordre public n’est pas menacé. Cette liberté et cette laïcité sont si larges d’esprit chez cet intellectuel musulman qu’elles incluent les prisons ambulantes des musulmanes. Il n’y a pas meilleur procédé pour pervertir et enfin corrompre les notions les plus fondamentales de la République, tout en faisant semblant d’y être très attaché.
Sur le plateau de télévision, c’est un autre musulman, M. Abdennour Bidar, qui a rappelé à M. Doua que la liberté était liée à des devoirs, dont celui de mettre de côté une partie de ce qui nous différencie afin de rendre l’espace public partageable. Refuser de montrer son visage à l’autre est un flagrant refus du vivre-ensemble dans cet espace. Nous ne sommes nullement obligés d’inclure ceux qui, sans vergogne, nous excluent, a-t-il conclu.
Ce que M. Bidar n’a pas fait remarquer c’est que le voile, quelle que soit sa taille, imprime à l’espace public et visuel sa marque distinctive, séparatiste dans tous les cas. Le voile islamique nous dit une chose que tout le monde entend et que tout le monde comprend très bien, mais à laquelle nous faisons les sourds et restons comme interloqués, sans voix : « M’avez-vous remarqué ? Moi, voile islamique, je balise le corps des femmes qui vous resteront à tout jamais inaccessibles ; à moins que vous ne vous convertissiez à la vision du monde et des êtres telle que définie par l’islam qui m’a donné une légitimation céleste, alors qu’elle n’était que coutumière auparavant ».
Le voile islamique nous dévoile et nous révèle d’abord à nous-mêmes : par lâcheté et par hypocrisie, nous sommes finalement devenus sourds à cet appel au secours des musulmanes, à tout jamais condamnées par la religion à s’auto reproduire en rond, au sein du clan et de la communauté. Si, de tout temps, tout le monde soupçonnait et soupçonne qu’il est difficile si ce n’est impossible de construire un réel vivre-ensemble avec les musulmanes, il est venu le temps d’expliciter que c’est l’islam lui-même qui leur prescrit l’isolement, plus ou moins total, mais toujours perceptible à l’œil nu, décelable par le premier venu, si tant est il a un cœur pour voir.
Mais y a-t-il encore parmi nous des êtres doués de courage pour faire ce constat, pour entendre et pour s’indigner à l’aide de mots simples, clairs et nets ? Je vous le demande.
Comme bien des religieux musulmans, M. Doua s’est évertué à pervertir l’entendement : avec un aplomb déconcertant, il nous dit en quelque sorte, puisque vous acceptez l’extrême dévoilement, vous devez aussi acceptez l’extrême voilement. Il n’a pas précisé si c’est à Vénissieux ou à l’université de Bordeaux qu’il a vu des femmes totalement nues déambuler à côté des étudiantes totalement voilées.
Je crains qu’il n’ait été à tout jamais perturbé par les odalisques du Louvres ou celles du Musée d’Orsay. Leur réalisme a probablement provoqué chez lui une confusion des sens. Ainsi ne fait-il plus de différence entre la réalité et sa représentation picturale, photographique, plastique et cinématographique. Mais il se peut aussi qu’il soit encore prisonnier de la confusion islamique qui n’a jamais su distinguer entre beauté du nu et porno. C’est que les musulmans n’ont jamais eu à méditer ni à discuter sereinement ce bel aspect de l’héritage gréco-romain : l’adoration avouée qu’il a toujours vouée aux Vénus et Apollon et à son expression artistique qui a fait l’originalité de la culture occidentale.

L’opposition farouche à l’Occident est profondément ancrée dans une haine viscérale et ancestrale que voue l’islam (et ses héritiers), dès ses débuts, aux Vénus, au féminin, à l’autre, totalement autre, qui l’habite et le torture : Allât (féminin d’Allah), Al-`Uzza (la Puissante), entre autres sublimes divinités ont terriblement fait ombrage à Allah, divinité, parmi d’autres dans l’antiquité arabique. Cette antiquité était tribale et décentralisée avant de conquérir le monde au nom d’Allah, de l’Un, de l’Unique. Le coran est donc un beau mythe fondateur d’un empire aujourd’hui malade et en bonne partie déchu. Mes coreligionnaires ne se sont pas encore résignés à le considérer comme tel pour passer du Mythe au Logos, pour fonder enfin des démocraties en place et lieux des théocraties qui les soumettent. Ils ne veulent surtout pas rétablir, à sa juste place, la douce moitié de notre humanité. Ils persistent à s’auto-mutiler, se privent d’émancipation et se coupent toujours un peu plus du reste de l’humanité.
M. Doua fait semblant de ne pas accepter le port du voile intégral tout en lui accolant des qualificatifs très flatteurs : « c’est une éthique d’habillement », dit-il. Il s’avise immédiatement et admet, dans la même phrase, « qu’elle est portée par une pratique patriarcale d’Arabie ». Comme c’est souvent le cas dans le coran, M. Doua dit une chose et son contraire : chacun y trouvera donc les propos (et la lecture) qu’il est venu chercher. Embrouiller les esprits, voilà le résultat de cet opportunisme changeant au gré du vent et de l’air du temps. D’ailleurs, M. Doua voudrait qu’on accepte ce qu’il appelle « les aberrations de cette société » où il a subrepticement mis sur le même pied d’égalité la représentation du nu et la réalité des burqas, chantée sur le mode « éthique ».
Et pour mieux mener la République et les républicains en bateau, M. Doua rappelle qu’il n’y a rien de précis dans le coran sur le voile et qu’il n’y a pas d’habit canonique. Le malheur est qu’il a raison : la République ne saura jamais à quel saint musulman se vouer. C’est que l’islam=Coran+Mahomet est un vrai souk pour ne pas dire plus. Il n’autorisait pas le dessin, afin que son flou verbale continue à faire autorité. Et comme ses héritiers n’ont jamais décidé de désigner un « pape » qui pourrait préciser une position officielle, nous sommes donc livrés au bon vouloir des diverses organisations islamiques et à quelques personnages médiatiques qui changent de discours dès que c’est nécessaire : ils mutent en fonction du rapport de force. Si l’Eglise a hérité de l’organisation de Rome, l’islam a bel et bien hérité de l’organisation en commandos des tribus d’Arabie.
D’ailleurs, M. Doua nous invite à un certain laisser-allez pour s’y octroyer le rôle d’interprète et d’exégète progressiste : « Laissez aux musulmans, aux associatifs musulmans [le soin] de résoudre ce problème [du voile intégral]. Je les connais ces femmes. J’arrive à déconstruire leur discours pour leur démontrer que leur interprétation est fausse ». Et puis, s’enhardissant, il affirme qu’il a même une lecture féministe du coran ! Nous sommes sauvés. M. Doua va certainement finir par dénoncer le veuvage à vie imposé aux neufs femmes que le prophète nous a léguées et que le coran avait élevées à la dignité de « mères des croyants » ! Les charlatans sont capables de tout repeindre à la couleur vert- islam : aussi bien le féminisme que l’existentialisme. Il faut dire que la récupération et le travestissement est un sport islamique qui ne date pas d’aujourd’hui.
Nous allons donc confier nos « brebis égarées » aux loups déguisés en pasteurs pour les conduire vers les beaux pâturages qui les attendent tout là-haut, près du ciel. Leur virginité sera reconstituée ad vitam aeternam pour être offerte à la virilité imaginaire des musulmans, parce que frustrée et donc jamais assouvie. Et c’est ainsi qu’on leur donne à penser que sous les voiles, ils trouveront des femmes pures, des vierges immaculées, sous scellés. Mais cela, notre anthropologue n’a pas osé l’expliquer au commun des Français qui aimerait tant savoir ce qui se trame dans l’imaginaire collectif de ses concitoyens musulmans.
La semaine prochaine, vous trouverez ici la suite qui sera consacrée au discours de M. Raphaël Liogier
Pascal Hilout
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(1) – Mots Croisés du 29 juin 2009

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