Mourad Boudjellal, mini-dictateur de buvette halal, politise le rugby

De toutes les dérives verbales (pas seulement) provoquées par l’émergence, en France, d’une génération de maires patriotes, celle de Mourad Boudjellal, propriétaire du Racing Club de Toulon me parait être la plus emblématique d’un glissement, par à-coups, de notre société vers l’arbitraire.

Passons sur le grotesque d’un Claude Lelouch se demandant s’il ferait jouer un acteur pris sur le fait avec un bulletin de vote bleu marine. La suffisance proverbiale du personnage trouve là sa limite, qui est aussi celle de sa courte vue aggravée par l’âge. Jetons un voile charitable sur la glose d’un Olivier Py, petite volaille frileuse découvrant qu’une bonne part de ses festivaliers avignonnais a glissé le dit bulletin dans l’urne, moyennant quoi je doute fort qu’il en fasse la traque pour leur interdire de payer le droit d’assister à ses spectacles. Il faut bien vivre, tout de même. Oublions ça, et d’autres foucades du même lamentable calibre. C’est du rugby qu’il sera question ici.

Un sport de rude fraternité, qui, de tous temps, a su gommer les différences d’origine, de classe, de croyance et de couleur de peau pour mêler dans sa furie ordonnée des garçons que rien ou presque ne prédisposait à s’approprier, ensemble, un ballon ovale. Giraudoux a mis là-dessus des mots admirables :  « huit joueurs forts et actifs, deux légers et rusés, quatre grands rapides, et un dernier, modèle de flegme et de sang-froid. Le rugby, c’est la proportion idéale entre les hommes. »  Pas de politique là-dedans. Boudjellal en a décidé autrement.

En annulant un match prévu contre Béziers, l’été prochain, sous prétexte que Robert Ménard en est devenu le maire, le duce de la rade, sans doute tenant d’une vision des rapports humains héritée de son ascendance maghrébine, se place résolument dans la catégorie grossissant chaque jour des assassins du sport. Et du sien en particulier. A-t-il seulement demandé leur avis à ses joueurs ? Leur solidarité personnelle et collective envers des camarades jouant pour une ville en profonde détresse a-t-elle été mise sur la table du vestiaire ? De quel droit, en vérité, un dirigeant de club peut-il se permettre de revenir sur un engagement pris publiquement, comme un vulgaire récidiviste niant le flagrant délit qui l’accable ? Par quel prodige d’égotisme exaspéré parvient-on ainsi à faire de sa propre ville, via l’équipe qui en porte les couleurs, le juge et le bourreau de voisins moins fortunés à qui il était simplement question de donner un coup de main ? Quel capital de mépris pour la démocratie autorise  ce riche industriel à traiter de cette manière les citoyens d’une des trois villes les plus pauvres de France ?

Boudjellal tombe le masque. Pouce abaissé, il ordonne qu’on achève la bête. Le sport ? Rien sans la brume politique qui en estompe chaque jour un peu plus les contours. Le fric ? C’est lui qui l’a, et crève à ses pieds si tu en manques. La démocratie ? Il s’en fout comme de son premier joueur Fidjien achetable-consommable-jetable. La morale ? Vous pouvez répéter, s’il vous plait ? La justice ? Bon, ça va comme ça, maintenant !

C’est nul. Mais cela suffit pour corrompre définitivement un sport déjà branlant sur ses bases. Pris en otage (à Toulon) par un mini-dictateur de buvette halal, soumis ailleurs et dans maints endroits à de la magouille professionnalisée aussi opaque que ses règles en perpétuel changement, dépouillé de ce qui faisait sa noblesse et pratiqué, au haut niveau, par les pâles, interchangeables et muets héritiers d’un sacré paquet de grandes gueules notoires, le rugby français rejoint, dans le cloaque, la sinistre phalange d’un désastre sud-africain encore tout frais dans les mémoires. Conduisant fouet en main l’attelage, crachant sur tout ce qui contrarie son projet obsessionnel d’une multi-culture transcendant tout le reste, Mourad Boudjellal fonce en ricanant vers la fosse commune où sera bientôt inhumé, par des gens comme lui, ce qui fut longtemps, épargné par les dogmes au flanc de son village, le plus beau et le plus exaltant sport du monde.

Jean Sobieski  

2 Avril, 11h15 : un renfort pour lui, Najat Belkacem nommée aux Sports. Le cortège funèbre s’étoffe et le roi du Maroc se ressert une rasade de Black Label.

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