Municipales : ne compter que sur le peuple

Publié le 19 mars 2008 - par
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Certes, nous assistons avec ces élections municipales à un vote sanction pour la droite et une victoire pour la gauche, surtout pour le PS qui la domine. De nombreuses villes ont été gagnées par la gauche, mais sous quel tropique ? Martine Aubry (PS) parle à Lille de « La victoire de nos valeurs » (celles supposées de la gauche bien sûr), elle parle du meilleur score du PS depuis au moins un siècle, mais omet de resituer son propos dans le contexte d’une mobilisation de l’électorat désespérément faible, de 44, 42 %, qui efface d’un trait l’autosatisfaction qui prévaut ici et ce collage entre les valeurs du PS d’aujourd’hui et ce supposé élan à gauche des électeurs.

Vincent Peillon, un des plus fidèles soutiens de Ségolène Royal explique, dans le journal Le Monde du 17 mars dernier, la stratégie à venir du PS : « des alliances avec la gauche, et ensuite, ouvrir vers ceux et celles qui ne se reconnaissent pas dans la politique conduite par la droite de Nicolas Sarkozy. C’est le cas de beaucoup de militants et de responsables du MoDem, qui ont d’ailleurs fait leur choix dans beaucoup de collectivités locales, soit au premier tour, soit au second. » C’est-à-dire une alliance avec une partie de la droite, même dite modérée, et peut-être, sur les grands choix de société, pas si modérée que ça, qui indique combien la perspective d’un projet politique à gauche est largement hypothéquée au niveau des valeurs de référence qui l’ont longtemps caractérisées.

La gauche a gagné sur ses valeurs dit-on! Mais des valeurs sans morale.
D’ailleurs, ne faut-il pas lire aussi ce glissement à droite de la gauche, à travers le fait que ce sont les socialistes et les Verts qui ont infligé au PCF ses plus cinglants revers, en choisissant de se maintenir dans certaines villes au second tour, pour faire tomber plusieurs bastions du communisme municipal, comme Aubervilliers et Montreuil.

Le cas le plus symbolique est sans doute celui de Montreuil (Seine-Saint-Denis), où bien que devancée de sept points au premier tour, la sénatrice verte Dominique Voynet a détrôné le maire sortant PCF Jean-Pierre Brard, en place depuis 24 ans. »Cette victoire est la victoire d’une nouvelle gauche, celle de la gauche de demain », veut croire Dominique Voynet . Mais de quoi parle donc l’ex-ministre de l’Environnement, en réalité elle semble bien avoir bénéficié non seulement du report des voix de l’extrême gauche, du MoDem, mais même d’une partie de la droite, soucieuse d’en finir avec le « système Brard. » Madame Voynet ne fera croire à personne qu’elle n’avait pas imaginer pouvoir compter sur ce type de montage pour faire tomber la mairie communiste, en la jetant en pâture à ceux qui pouvaient voir ici une occasion inédite de « casser du communiste »

On continuera de s’interroger sur cette nouvelle gauche qui se profilerait derrière ces manœuvres vis-à-vis desquelles les Verts ne sont pas en reste. Toujours en Seine-Saint-Denis, le PCF a dû faire face à une offensive en règle des socialistes locaux qui, faisant voler en éclats l’union de la gauche, lui ont ravi la présidence du Conseil général. Dans un éditorial publié lundi dans l’Humanité, Pierre Laurent (naïvement…) déplore que « les velléités d’accords au centre, dont on voit l’impasse qu’ils constitueraient » dit-il, « n’aient pas disparu de la tête de certains dirigeants socialistes. »

Pierre Laurent à l’art de l’euphémisme, car il n’ignore tout de même pas que ceux qui ont joué la division aux municipales partout où ils ont pu faire mordre la poussière aux communistes, y compris en étant élus avec les voix du MoDem, demain change d’un millimètre cette stratégie de dérive à droite, non seulement sur le plan des pratiques politiques mais aussi sur le fond.

La responsabilité morale du PCF victime de la réal politique

Encore, le scrutin municipal et cantonal a montré pour le PCF que l’avenir de la gauche passe par « de vrais projets de changement » et une « pratique politique nouvelle », toujours selon l’éditorialiste du journal l’Humanité. On sera d’accord avec lui, sauf que, la vraie question serait de savoir si le PCF est prêt enfin à faire jouer son identité révolutionnaire dans ce cas jusqu’à la rupture, au sein de cette gauche qui de DSK à Ségolène Royal a tout oublié du peuple et de ses intérêts, occasion pour le PCF de commencer peut-être à se reconstruire sur une base saine et vraie.

On sait que c’est lui qui continue, depuis le tournant de la rigueur de 1983, quasiment au lendemain de la victoire de la gauche sur un projet de changement de société en 1981 auquel le dos était alors tourné, à donner au PS un label de parti de gauche, alors que les masques dans les faits sont largement tombés. Mais le risque est important que rien ne puisse changer de ce côté, malheureusement, car ce qui obsède tous les partis jusqu’au PCF, ce sont les agencements électoraux entre les forces politiques qui font et défont les petits ou grands pouvoirs politiques à tous les niveaux et qui, à force d’être défendus avant tout, ont fini de tuer tout sens des choses, risquant d’emporter au passage la politique et la démocratie.

D’ailleurs, à gauche comme à droite, les spécialistes de la carte électorale analysent depuis lundi matin, calculette en main, les résultats obtenus dans toute la France, dans la perspective des sénatoriales prochaines. Car ces élections municipales et cantonales auront un impact certain sur l’équilibre politique du Sénat, où l’on est élus par les grands électeurs au compte desquels de très nombreux élus locaux, lors du renouvellement du tiers de la Chambre haute en septembre. Un Sénat, où on se livre aux échanges classiques de bons procédés pour s’entre-élire, où la politique au sens noble du terme, des enjeux de société, est pour l’essentiel marginalisée.

Tous ces calculs politiciens fond peu avancer la cause du bien commun et renvoient la République à pas grand-chose, le peuple dans tout ça totalement ignoré lorsqu’il n’est pas purement et simplement méprisé. La gauche à travers cet examen montre qu’elle n’a pas plus gagné sur des valeurs de progrès ces élections qu’elle ne compte gouverner demain dans le sens d’une nouvelle émancipation humaine, redonnant à la politique ses lettres de noblesse et à notre République laïque et sociale un peu de sens.

Sarkozy DSK ou Ségolène, une même religion d’Etat, le libéralisme

Mardi, à la fin d’un discours devant des élus et des habitants de Haute-Savoie, au Petit-Bornand, Nicolas Sarkozy, à propos de sa politique de réformes, a notamment estimé que la conjoncture économique internationale actuelle devait « encourager » ces changements et non conduire la France et les Français à se « recroqueviller » sur eux-mêmes. Pour rajouter, « Ce n’est pas une question d’idéologie, ce n’est pas une question de politique, ce n’est même pas une question de gauche ou de droite, c’est une question de bon sens.  » Une façon d’écraser toute idée de projet alternatif à sa politique mais malheureusement pas sans raison, car la gauche à la même religion que l’UMP, celle du libéralisme, religion d’Etat, comme fin de l’histoire annoncée.

Si les possibilités de l’homme sont sur un autre axe historique, la représentation politique du peuple, le parti qui pourrait en permettre le rassemblement pour d’autres choix n’existe pas aujourd’hui. La crise du politique c’est d’abord cette crise là, cette crise du rapport entre le peuple et la démocratie qui ne sert, semble-t-il, qu’à faire barrage aux aspirations populaires à travers le filtre des partis en l’état, à travers y compris leurs diverses combinaisons dès qu’il est question d’enjeux électoraux. Ce problème de représentation du peuple, le NON au Traité constitutionnel de mai 2005 l’a mis en évidence, majoritaire dans le pays malgré la puissance de feu idéologique de la droite et du PS qui étaient pour, tous les éditorialistes des grands médias avec, bizarrement….

La crise est encore un peu plus à son comble aujourd’hui depuis l’adoption du Traité de Lisbonne par voie parlementaire, bafouant le peuple, le PS ne saisissant pas l’opportunité de s’opposer à la méthode pour permettre un référendum, se faisant bien au contraire sur le fond totalement complice de cette nouvelle étape, dans l’établissement en Europe du libéralisme mondialisé.

Ces élections locales, aux montages victorieux douteux, ne sont pas moins méprisantes pour le peuple, alors que la victoire de la gauche ne saurait cacher l’étendue considérable de l’abstentionnisme, la plus importante depuis 50 ans, spécialement dans les quartiers populaires, où l‘on ne se sent pas plus d’atomes crochus avec la droite qu’avec cette gauche décolorée, dépersonnalisée. Mais comment pourrait-il s’y retrouver, ce peuple? Même le PCF a composé avec le Modem à Aubagne pour gagner ! Les cartes sont brouillées, alors que la gauche, menée par le PS à la victoire probablement demain, risque bien d’aller comme un seul homme gouverner, toutes tendances confondues avec le Modem en plus, quoi que certains en disent. Où est passée la gauche décidément…

La laïcité économique, ou le droit de rompre avec la politique du plus fort

Il n’y a pour les gens qui font le peuple des humbles, ceux qui dégustent depuis quelques années tous gouvernements confondus, pas de quoi rire décidément ici, car « le bout du tunnel », selon l’expression consacrée de Raymond Barre lorsqu’il était le Premier ministre du Président Giscard d’Estaing, n’est pas plus pour demain qu’hier. Rien n’est à attendre, si le peuple lui-même ne s’en mêle pas pour de bon, afin de pousser la laïcité, ce grand principe égalitaire, jusqu’au bout, jusqu’à remettre en question cette religion d’Etat au service des plus riches, ce libéralisme qui l’éreinte, et reprendre ainsi ce qui lui appartient à bras le corps, la politique, la démocratie et la république !

Guylain Chevrier

Historien

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