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Musulmanes de France, débarrassez-nous de votre immonde voile !

Madame,

Mettons les choses au point : je ne vous aime pas. Je vous croise quotidiennement dans les rues, le portable collé à l’oreille (ou plutôt au répugnant tissu qui l’escamote), vous devez donc être au courant. Vous avez entendu que vos sœurs en Algérie sont en train de se révolter ? Si votre sinistre paravent cachait un grain de discernement, vous vous empresseriez de les imiter.
J’ai été très étonnée d’apprendre pourquoi vous portez une guérite sur la caboche. C’est pour ne pas tenter les hommes ! J’ai peine à le croire. Vous êtes moche. Hideuse. Sur ce point, je vous rassure, vous pouvez vous en débarrasser sans attendre, aucune crainte à avoir. Vous ne tentez pas, vous repoussez. Ce calfeutrage est une invention de ceux qui ont imaginé la charia et affirment que les femmes doivent se cacher pour ne pas pousser les hommes au péché. Quel canular ! Sauf qu’il y a longtemps que je n’ai plus envie de rire.

Au cas où, dans votre portable, vous n’écouteriez que du Chaâbi  ou du Malouf, je vous informe que sous le hashtag « Les prisonnières du voile en Algérie », vos sœurs dénoncent le port du camouflage comme instrument d’oppression. Elles ont le soutien de Djemila Benhabib, écrivaine et conférencière, qui explique la conception de cette campagne qui, depuis le début de ce mois, a fait son apparition sur les réseaux sociaux, attestant de la montée d’une révolte plus que justifiée dans la société algérienne. Vos sœurs, dotées d’entendement elles, ont lancé une campagne d’émancipation vestimentaire rappelant celle de l’Iran, et celle qui couve en Arabie Saoudite. Même si en Algérie, le port de ce colmatage relève, en principe, d’un choix personnel, elles dénoncent aujourd’hui un diktat social qui les contraint à porter ce harnachement aussi inconfortable que peu hygiénique et encore moins esthétique.

Je soutiens la campagne contre le port du hijab en Algérie. Je lève mon chapeau à toutes celles qui osent exister et revendiquer leur liberté. Je vous aime, a-t-elle noté sur son compte Twitter.

Journaliste, écrivaine et conférencière algéro-canadienne, elle est également marraine de l’observatoire de la laïcité de Saint-Denis. Son profil affiche plus de 30.000 abonnés. Elle est aussi vice-présidente de la Fondation Raïf Badawi, du nom du blogueur saoudien condamné à 10 ans de prison et à 1.000 coups de fouets – autres règle sordide de votre religion qui n’en est pas une – pour insulte à l’islam, et dont la femme Ensaf, réfugiée à Québec, est devenue une amie.

Notre société opprime les femmes. Le hijab fait partie d’un processus de déshumanisation de la société, parce qu’il fait des femmes des sortes d’agglomérats – type sacs poubelles – et des hommes des frustrés. Je refuse que ma société, celle dans laquelle j’ai grandi, arrive à ce degré de déshumanisation, explique-t-elle. Bien entendu, le hijab n’est pas prescrit par la loi, mais en réalité la contrainte sociale est incroyable ! Les femmes finissent par le porter sous la pression de la rue, de la famille et de la société.

Curieusement, vos sœurs bâchées ne me donnent jamais l’impression d’être opprimées, elles sont arrogantes et trop bruyantes.
C’est le travail de sape de l’islamisme, ces trente dernières années, qui a fait en sorte que malgré l’absence de loi, le port du hijab s’est généralisé, dit Djemila. En enjeu politique de premier ordre.

Ce qui l’a convaincue d’adhérer à ce mouvement et le soutenir, c’est un reportage de la chaîne algérienne al-Chourouk, plutôt islamiste, relatant le suicide de dizaines de femmes algériennes à l’aide de leur bardage grotesque.
La mixité est diabolisée et la ségrégation des sexes fait son chemin. Résultat, l’inceste règne dans les familles. Certaines relations sexuelles sont peut-être consentantes, mais l’homme se tire une fois le procédé accompli, et la femme se retrouve seule. Et comme le tabou de la virginité reste présent, elles finissent par se suicider.

Sur les réseaux sociaux, Djemila a posté une photo d’elle flanquée du drapeau algérien et d’un panneau sur lequel il est écrit : Moi, Algérienne, contre le hijab en trois langues, arabe, anglais et français.

Elle a publié quelques messages s’exprimant sur la question.
Celia : Cela n’existe pas une femme qui se voile par choix. Même si personne ne l’y oblige, il y a tout un environnement social ou familial qui l’y pousse. Aucune femme au monde n’a envie de s’enterrer sous des mètres de tissu, quoi qu’elle dise.
Sarah, qui s’est vue imposer le hijab par son père : il m’a forcée à le porter à 13 ans, il m’a menacée de me sortir de l’école et me marier. Je l’ai haï, pensé même au suicide. J’ai 27 ans maintenant et je suis toujours forcée de le porter.

Un tweet des Femmes insoumises s’insurge contre ces incohérences : Vous criez que porter le voile est une liberté, mais faites vivre l’enfer à celles qui le retirent. Je suis pour la libération des femmes et en harmonie avec une revendication légitime qui me touche.

Pour Djemila, toutes ces femmes, en Algérie, au Moyen-Orient et en Iran sont mobilisées pour une libération de leur corps et la liberté d’aller tête nue. Si elles se sentent rattachées à un collectif, ça va leur donner de l’espoir, de la force pour tenir tête au frère, à l’oncle et même à la mère, parce que dans ces pays, les mères sont souvent dans le camp des oppresseurs.

Pour l’heure, cette amorce de révolte contre l’avancée du voile en Algérie connait un prélude de soutien masculin. Certains Algériens ont posté sur les réseaux sociaux des photos de leur tête couverte du hijab, en signe de solidarité.
Ce que je ne comprends toujours pas, c’est qu’au lieu d’être soumises et opprimées, vous êtes si arrogantes partout là où je vous rencontre ! Vous poussez pour être les premières dans le métro, dans les magasins, vous parlez trop fort (pardon : vous braillez), et vous nous traitez de racistes à la moindre observation. Je n’évoquerai pas ici vos mesures d’hygiène défaillantes, souhaitant rester courtoise. Vous polluez le paysage de la France, telles des besaces de couleur sombre.

Vous nous imposez votre religion. Le voile ne fait pas partie de notre culture. La prolifération de vos affreuses garnitures s’étend à tout notre territoire et à toutes nos banlieues dans une volonté de marquage de l’espace public. Nous sommes nombreux à ressentir une overdose face à cette islamisation, face à vos toitures abominables qui s’imposent à notre champ visuel. D’autant plus que ce hideux blindage se décline dans plusieurs variantes : hijabs, burkinis, abri-caisson spécial Décathlon pour les activités sportives, mantilles pour toutes petites filles.

Nous sommes chez nous, vous ne pouvez nous imposer la vision d’un symbole aussi polluant que vos harnais. Je vous l’interdis. Ce n’est pas à vous, venus profiter des largesses et des avantages de notre pays de décider de notre façon de vivre et de vouloir changer les lois selon votre soi-disant croyance liberticide et criminelle. Cet attelage est une pure et simple provocation, un manque de respect et une insulte pour toutes les femmes qui ont tant lutté pour leur émancipation.

Débarrassez-vous de cet immonde caparaçon et vous verrez : soudain vous serez acceptées !

Anne Schubert